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Jazz et Cor

Tom Varner

Partie 5

Par Jeffrey Agrell

Jazz et Cor

Tom Varner

Contrairement à la plupart des cornistes qui deviennent musiciens de jazz, Tom Varner n’est pas un transfuge de la tradition classique. Son intérêt pour le jazz est né très tôt et depuis, c’est presque toujours dans le contexte du jazz qu’il a joué de son instrument. Lorsque j’ai su qu’il avait enregistré son premier 33 tours, «Tom Varner Quartet» (Soul Note SN 1011), je lui ai écrit pour lui demander de dire ce qu’il pensait de ses expériences de corniste de jazz.

«Je joue du cor depuis l’âge de neuf ans. Lorsque j’entrai au collège dans le New Jersey, je jouais dans divers orchestres de jeunes régionaux, mais c’est à 15 ans que j’ai commencé à écouter du jazz. J’étais bien plus attiré par la liberté, la créativité et la spontanéité du musicien de jazz que par l’idée du corniste professionnel dans un orchestre, mais au début je me disais seulement: «Bon, je ne pourrai jamais faire ça à cause de mon instrument.»

Entre-temps je jouais des parties de trombone dans le big band de mon collège et écoutais presque exclusivement du jazz dès l’âge de 17 ans, Miles Davis, Freddie Hubbard, Monk et la musique «Fusion» de l’époque (1973-74). Petit à petit, je commençai à réaliser que je pourrais peut-être jouer du jazz sur le cor, surtout lorsque je découvris Julius Watkins. L’été suivant la fin de mes études au collège, j’ai travaillé dans un magasin de disques et comme la moitié de ma paye retournait dans la caisse de mon employeur, je commençais à mieux connaître la musique de John Coltrane, Miles encore, Ornette Colman, Charlie Parker et bien d’autres.

A Oberlin College, l’automne suivant, je ne fus pas autorisé à prendre des leçons particulières avec le professeur de cor de la faculté parce que je n’étais pas inscrit au conservatoire. A partir de ce moment, je décidai d’apprendre à jouer du jazz et surtout que je voulais improviser.

En janvier suivant (1976), j’ai fait la connaissance de Julius Watkins et j’ai étudié avec lui pendant quelques temps. Ce n’était pas un professeur très accroché, mais sa gentillesse et ses encouragements m’ont marqué pour longtemps, lorsque j’y repense. Nous étudiions des airs comme «Cherokee» ou «I Got Rhythm» et il m’expliquait ses propres méthodes pour surmonter les énormes difficultés du jazz sur le cor, comme la projection, l’articulation, comment surmonter les «glissades» musicales, etc. Il m’a montré certaines techniques de main dans le pavillon et de jeu dans le registre aigu pour résoudre certains problèmes.

En 1977, je m’inscrivis au New England Conservatory où je pouvais prendre des leçons particulières de cor, faire partie d’une section de jazz plus forte et vivre en milieu urbain. J’étudiais avec Peter Gordon et Thomas Newell qui m’aidèrent beaucoup pour mon jeu en général. Je suivais aussi des cours avec Ran Blake, George Russel et Jaki Byand. Je commençai à jouer et à diriger un groupe à Boston et, à la fin de mes études, je déménageai à New York où j’habite encore aujourd’hui, trois ans après.

Les groupes que j’ai dirigés n’avaient généralement pas de piano, juste cor, saxophone, basse et percussions. Le cor a tant de mal à percer à travers les percussions et la basse, de toutes façons, donc l’absence de piano laisse un certain vide pour le cor, et c’est un son que je préfère. Le principal problème que rencontre le corniste de jazz est, je crois, d’acquérir un sens fin, mais très fort, du swing, pour surmonter le son haché et la raideur de l’instrument... Lorsque je pris quelques leçons avec le saxophoniste Dave Leibman, il me dit: «Je ne sais rien du cor, mais ça c’est votre problème, pas le mien, il faut que ça «swingue» comme un saxophone.» Pour cela, il est très utile de transcrire et de s’exercer à des solos de saxophone ténor, ceux de Sonny Rolling et John Coltrane; également à des solos de trompette (par ex. Miles et Clifford Brown). C’est aussi très important d’apprendre à jouer des lignes sans employer la langue pour aucune note, la raideur provient en partie de la nécessité d’effectuer un coup de langue pour obtenir de la clarté. Il est utile de faire des gammes, de s’exercer aux modes, aux structures, etc. sans jeu de langue, tout comme travailler avec un métronome sur les mesures à 2 et 4 temps aide à sentir le rythme. Si ça peut vous intéresser, sachez que je joue la «séries N Conn 8D» avec une branche d’embouchure Lawson FB 114 et une embouchure Giardinelli C12. Certains musiciens préfèrent un triple cor (par ex. John Clark) ou un Sib-Fa aigu (Peter Gordon).

Je joue avec mon groupe environ une fois par mois. Même après avoir sorti mon disque, comme je suis jeune, peu connu, et à New York, cela m’est presque impossible d’obtenir des cachets pour mon groupe. Les studios et la scène de Broadway sont assez serrés, avec les économies que l’on fait en ce moment, et c’est très dur pour les nouveaux de trouver du travail. J’ai fini par me concentrer sur ma propre musique et par ne travailler que le jazz. Pour survivre, je travaille chez Zabon trois jours par semaine à faire cuire des croissants. Cet automne, je projette de jouer à Amsterdam et à Paris. L’Europe semble de bien des façons plus prometteuse pour le jazz. Par ailleurs, mon second album «Soul Note» devrait sortir prochainement, enregistré en direct avec la même instrumentation.

Le cor de jazz est certainement un domaine très ouvert, il y a beaucoup de chemin à parcourir pour tout le monde. Je crois que Julius a ouvert la porte à une vaste exploration et à une évolution qui ne fait que commencer. Je vais continuer à travailler, travailler pour devenir un vrai musicien de jazz, pour montrer que le cor peut être un instrument «dur» de première ligne dans le jazz, et pour toucher les gens de cette façon avec ma musique.»

Brass Bulletin 47, III / 1984 pages 55–57

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