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Steve Lewis, facteur de cor
La technologie du Nouveau Monde au service de l’artisanat de l’Ancien
Par Jeffrey Agrell
Steve Lewis
Cela prend souvent des années, voire des générations, pour qu’un nouvel instrument soit accepté et reconnu par les musiciens professionnels. Mais cela n’a pas été le cas pour Steve Lewis, fabricant de cors à Chicago, qui, depuis qu’il a ouvert son magasin il y a 8 ans, a vendu 111 cors à des étudiants avancés, des professeurs et des professionnels jouant dans les orchestres du monde entier. Il a fabriqué ses cinq premiers cors pour le Pittsburgh Symphony Orchestra, à la demande de son chef André Prévin. En effet, celui-ci demanda un jour à Dale Clevenger, cor solo du Chicago Symphony Orchestra, que faire pour obtenir de sa section de cors un son comparable à celui dudit orchestre. Clevenger lui répondit alors: «C’est à la fois une question de conception et d’instrument. La conception dépend de vous; pour ce qui est de l’instrument, il n’y a qu’un endroit, qu’un homme: Steve Lewis». A ce moment-là, Lewis n’avait pas encore fabriqué un seul cor! Mais peu après suivait une commande de quatre autres cors pour le Syracuse Symphony Orchestra…
Steve Lewis était venu à Chicago pour étudier le cor avec Dale Clevenger. Pour se faire un peu d’argent, il travaillait en même temps chez Schilke. Il eut la chance de travailler avec Jerry Lechniuk, un maître artisan qui avait appris son métier en Ukraine et en Pologne avant la deuxième guerre. Il apprit à Lewis comment fabriquer toutes les différentes parties d’un cor et comment les réparer. (Lewis put ainsi fabriquer six cors avant de quitter Schilke.) Cet apprentissage dura quatre ans, jusqu’à la mort de Lechniuk. «Jerry m’a appris à réparer» dit Lewis, «mais il m’a surtout appris à être fier d’être artisan, à travailler lentement sans jamais brûler les étapes».
Lewis quitta Schilke quelques mois après la mort de Lechniuk. La section de cuivre du Chicago Symphony Orchestra lui conseilla alors d’ouvrir son propre magasin de réparation et fabrication de cors et lui alloua même un prêt de US.$ 25’000. Lewis emprunta encore US.$ 10’000 supplémentaires et consacra cet argent à l’achat de machines, d’outils, de pièces et fournitures diverses qu’il choisit minutieusement pendant cinq mois. Avec ce matériel très sophistiqué, il put ouvrir un magasin de tout premier ordre.
Quelle sorte de cors Steve Lewis fabrique-t-il? «Toute ma carrière, j’ai joué un Schmidt Geyer (fabriqué en 1919), un cor magnifique… Je me disais que si, un jour, j’avais la possibilité de faire un cor, j’en ferais un comme celui-là. Mais comme peu de gens jouent avec un cor à pistons, j’ai dû choisir un mécanisme plus universel. C’est pourquoi j’ai opté pour le Knopf à barillet rotatif, un modèle traditionnel vieux de 70 ans. Il ressemble beaucoup au Geyer. D’ailleurs, Knopf a toujours dit que Geyer l’avait copié, et Geyer disait que Knopf le copiait. Knopf habitait à Markneukirchen, ville où naquit Carl Geyer… C’est un modèle magnifique, évolution naturelle du modèle à piston au modèle à cylindre rotatif. Pour moi, le Schmidt reste le modèle idéal, mais ce Knopf-Geyer semble bien être le meilleur.
Brass Bulletin 49, I / 1985 pages 36–39
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