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Des Trompettes

Extrait du Traité des Instruments de Musique de Pierre Trichet (v. 1640)

Des Trompettes

Des Trompettes (17) [Fol. 62]

Ayant délibéré de traitter ici des trompettes, j’ay voulu commencer par leur description, laquelle, selon Casserius, est telle: Tuba est instrumentum musicum teres, oblungum, plurimis circuitibus, gyris, geminisque sinubus praeditum, in duo orificia non aeque tamen ac similiter exiens, ex materia ut plurimum aurichalcea ad sonos et harmoniam edendam paratum.

Cette description pourtant ne convient pas à toute sorte de trompettes, mais il suffit qu’elle convienne à la pluspart, afin de n’estre obligé de m’arrester pour peu de chose, ayant beaucoup de particularités à desduire sur ce sujet. Et premièrement touchant l’invention des trompettes, laquelle est attribuée par Pline, Hygin et Raphaël de Volterre à Pisaeus et par d’autres à Maleus, tous deux toscans. Pausanias et Silius Italicus n’expriment point le nom de l’inventeur, l’un disant que c’est un fils né d’Hercule et d’une Lydiene, et l’autre que c’est cellui qui amena les Moeoniens en Italie... Diodore et Pollux (l.4, onom., c. 10) donnent cet honneur à toute la nation des toscans, ce qui n’est pas tout à faict contraire aux opinions précédentes.

Les Muses ont... en horreur les tambours et trompettes:
Horrent Tyrrhenos Heliconia plectra tumultus

Mais c’est pour d’autres considérations, car j’açoit que la mélodie leur soit agréable; toutefois celle de tels instruments leur desplait, d’autant qu’elle les destourne de leurs exercices, trouble leur repos, et les empesche de vaquer à la contemplation des choses naturelles et surnaturelles. Je veux croire qu’elles prendroint plaisir à la diversité des sons que produisent les trompettes, s’il falloit en rechercher les raisons et sçavoir s’il est vrai qu’on se serve pour en sonner du mode phrygien, comme croiod Loyer, ou bien du mode hypoïastien, comme estime Glaréan. Elles pourroint encore se plaire aux trompettes si on vouloit s’en servir en la mesme sorte que faisoit le médecin Asclépiade pour faire revenir le sens de l’ouie aux sourds et les guérir de leur infirmité. Ou bien si c’estoit pour l’opération qu’Aristote enseigne, disant que si quelqu’un approche une trompette joignant l’oreille d’un qui sera quelque peu sourd que les paroles viendront contre son ouie, qui en sera grandement aidée, parce que l’air ne se dissipe point en y allant, ains se conserve en son entier dans l’enclos de la trompette.

Illustrations extraites de « L’Harmonie Universelle » de Marin Mersenne, Paris 1636.

Illustrations extraites de « L’Harmonie Universelle » de Marin Mersenne, Paris 1636.

Ceux qui suivent le parti des muses n’auront point aussi à contre cœur d’ouïr les trompettes aux occasions de resjouissance et des solemnitès publiques, aux carrousels, aux jeux tragiques et comiques, aux nopces et aux festins...

En France et en plusieurs autres contrées, les trompettes ne sont point à présent en usage que parmi la cavalerie et dans les navires de guerre destinés pour combattre sur mer, le tambour et le fifre estant réservés pour l’infanterie. Les grands seigneurs aussi en font sonner après leur repas... A Bourdeaux nos magistrats populaires qu’on nomme jurats ont deux officiers qui portent devant eux chascun une longue trompette d’argent sans repli avec une banderole où sont les armoiries de la ville. Mais cella ne se fait que lorsqu’aux processions générales, aux feux de joye ou à quelque autre solemnitè publique. Les mesmes officiers sont employés avec leurs trompettes pour faire les proclamations publiques et sont obligés d’assister à l’exécution des criminels, condamnés à souffrir quelque peine exemplaire pour leurs crimes. En quoi ils imitent les anciens romains qui souloint, selon Gruterus, in celeberrimis urbis locis classico canere, quum jam instaret supplicii hora. On peut remarquer dans Suétone une autre coustume qu’avoint les empereurs romains de faire leurs entrées dans la ville de Rome avec les trompettes...

Avant finir ce discours il est expédient et très à propos que je die un mot de la sourdine, qui n’est autre chose qu’une pièce de bois travaillée par un tourneur, laquelle l’on insinue dans le pavillon de la trompette, afin qu’elle le bouche si justement et en telle sorte que le son en soit affoibli, estoufé et diminué. Pour pousser cette sourdine avec aisance dans le pavillon elle a un manche qui lui est adhérant, faict de mesme pièce, fort estroit néantmoins au pris du reste, mais qui s’eslargist un peu en tirant vers la pate. Il faut que cette sourdine soit percée et creusée tout à faict d’un bout à l’autre en lui rendant les bords fort minces, afin qu’elle puisse en ployant un peu s’ajuster au pavillon; car cette concavité est si nécessaire que sans elle la trompette ne résonneroit point, le vent ne pouvant trouver d’issue. De manière qu’on recognoist bien que l’office de cette sourdine n’est que pour estressir l’ouverture du pavillon et pour affoiblir et assourdir le son, lequel passant par un conduit de bois fort estroit se rend moins esclattant que s’il avoit toute sa liberté. C’est pourquoi l’on se sert de la sourdine quand l’on a peur d’estre descouvert de l’ennemi, ou bien lorsqu’on veut le surprendre, comme aussi lorsqu’on veut desloger et faire secretement la retraite, laquelle il me convient aussi faire, afin de n’ennuyer ceux qui ont eu le courage de me suivre jusques ici.

Pierre Trichet, «Traité des Instruments de Musique» vers 1640. Publié avec une introduction et des notes par François Lesure (Genève, Minkoff Reprint, 1978).

Brass Bulletin 49, I / 1985 pages 31–33

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