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Friedemann Immer

Une trompette venue d'ailleurs

Friedemann Immer

Friedemann Immer

Un géant paisible doté d’une «pince» d’acier se hisse tranquillement mais sûrement au sommet de la hiérarchie des trompettistes de notre époque.

Friedemann Immer est né en 1948 à Duisbourg en R.F.A. dans une Allemagne qui tente péniblement de se relever de ses ruines. Son père, pasteur, prêche dans des églises détruites. A défaut d’orgues, il reprend la grande tradition des Posaunenchöre de Kuhlo (voir B.B. No. 38, page 33), et joue lui-même du bugle pour le culte. Le jeune Friedemann, fasciné par cet instrument, apprend lui aussi à en jouer et participe régulièrement aux cultes avec les Posaunenchöre. Dans sa petite enfance, il avait joué de la flûte à bec. Maintenant, en plus du bugle, il se met encore au violoncelle.

Son penchant pour la musique s’amplifie. L’environnement musical familial est essentiellement basé sur le passé. La musique moderne ou le jazz ne pénètrent pour ainsi dire pas chez les Immer. Pas étonnant que la musique baroque l’attire irrésistiblement.

La grande tradition musicale allemande des cantates, oratorios, etc., lui procure de multiples occasions de jouer.

Il prend alors ses premières véritables leçons de trompette, en privé, chez le trompette solo de l’Orchestre symphonique de Duisbourg, Freiherr Heinrich Von Senden. Ce dernier remarque rapidement les aptitudes exceptionnelles de Friedemann à jouer dans le registre aigu. Il le prend avec lui pour jouer les cantates et autres parties de petite trompette. Après trois mois, Von Senden l’envoie même jouer la partie soliste du Messie de Haendel...

Cet enseignement privé durera trois ans. Il joue une vieille trompette à cylindres Monke en Ut. Von Senden, engagé à Hanovre, quitte Duisbourg et laisse la place à Friedemann qui reprend tout naturellement les contrats si traditionnels des trompettistes avec la culture musicale vocale baroque en Allemagne. Son répertoire s’enrichit d’oeuvres de plus en plus difficiles (les concerti de Telemann, etc.) qu’il joue encore sur la trompette en Ré. En 1968, il acquiert sa première trompette piccolo, une Selmer Si♭/La à 4 pistons, qu’il joue aujourd’hui encore.

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Trompettes modernes - 1ʳᵉ carrière

En 1970 — il n’a que vingt-deux ans — il s’attaque avec succès à la difficile partie de trompette du 2ᵉ Concerto brandebourgeois de J.S. Bach. Il maîtrise parfaitement la partie de première trompette dans la Messe en Si mineur. Dès lors, sa réputation ne cessera de croître.

Durant toute cette période, il n’étudie pourtant pas exclusivement la trompette. Il est d’abord inscrit en faculté de médecine, puis passe aux mathématiques et à la physique. Ce n’est qu’en 1977, peu avant les examens finaux, qu’il abandonnera toutes les branches scientifiques pour se consacrer entièrement à la musique.

Sa carrière de soliste est déjà bien engagée lorsqu’il s’inscrit à la Musikhochschule de Cologne dans la classe de Walter Holy¹. En fait, ce qu’il cherche surtout, c’est d’acquérir les connaissances théoriques indispensables à l’obtention du diplôme d’enseignant.

Etudiant, mais musicien professionnel à plein temps, il est dans une situation ambiguë et presque comique, puisque l’institution dans laquelle il étudie lui proposera rapidement un poste d’enseignant pour la musique ancienne. Preuve qu’il est heureusement encore possible, de nos jours, d’accéder à une position importante sur la base de ses connaissances et de son talent plutôt que sur la présentation de diplômes et de recommandations...

Friedemann Immer est un self made man qui construit sa carrière tout seul, sans trop se référer aux autres pioniers de la musique baroque pour trompette. Sa démarche est originale et intéressante.

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Trompettes naturelles - 2ᵉ carrière

C’est le hautboïste Helmut Hucke qui déclenche la passion de Friedemann pour la trompette naturelle et pour le cornet à bouquin (il apprend ce dernier instrument dès 1972, d’abord sur un modèle Moeck, puis Christopher Monk).

En 1976, il achète sa première trompette naturelle en Ré/Do chez Meinl & Lauber. Un an plus tard, il joue le 2ᵉ Concerto brandebourgeois en public sur une trompette naturelle en Fa (également faite chez Meinl & Lauber). La première fois, en mai, en Suisse et la deuxième un peu plus tard aux Etats-Unis, où il est aussi enregistré sur disque (Smithsonian Institute, Washington D.C.). C’est le début d’une deuxième carrière qui va se développer parallèlement et selon les mêmes critères que celle commencée en 1970 avec la trompette moderne: Messe en Si min., cantates, oratorios, etc.

Son répertoire se divise aujourd’hui dans la proportion suivante: trompettes modernes (30%), trompettes naturelles (60%) et cornet à bouquin (10%).

En 1980, il est appelé par Nikolaus Harnoncourt pour enregistrer avec le Concentus Musicus de Vienne. En 1982, avec cet ensemble prestigieux, il réalise un enregistrement exceptionnel et superbe du 2ᵉ Concerto brandebourgeois (Teldec).

Suivent, sans discontinuer, des concerts et des enregistrements avec les ensembles les plus réputés pour la musique ancienne: «Collegium Aureum», «La Petite Bande» (Belgique), «Leonhard Consort» (Hollande), «Academy of Ancient Music» (Angleterre), «Taverner Players» (Angleterre), «Aston Magna» (USA), «Linde Consort» (Suisse), etc.

Il a joué — en public — plus de 40 fois le 2ᵉ Concerto brandebourgeois sur la trompette naturelle et plus de 160 fois sur la trompette piccolo moderne. Il vient d’enregistrer plusieurs disques sous sa propre direction.

Friedemann Immer accède à la plus haute marche des grands trompettistes actuels.

Dans un prochain numéro, Friedemann Immer nous parlera plus spécifiquement des «Techniques fondamentales» nécessaires à un jeu sensé sur la trompette naturelle.

Notes

¹ Walter Holy est un des pioniers de la renaissance de la trompette naturelle, en collaboration avec le facteur d’instruments Helmut Finke. Toutefois F.I. précise qu’il ne travailla que la trompette moderne avec ce professeur.

Brass Bulletin 50, II / 1985 pages 76–79

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