Yeryomin, Pavlov, Usov et les membres de leur classe au Conservatoire de Moscou
C’est dans l’orchestre que les talents artistiques de Yeryomin furent mis pleinement à profit. On le trouve dans Persimfans, le premier orchestre symphonique à jouer sans chef. Il fut 1ᵉʳ trompette permanent de l’orchestre d’étudiants dont les jeunes membres constituèrent la base du Sofil (Soviet Philharmonic) en 1928; il y resta jusqu’en 1936. En 1929, il devint 1ᵉʳ trompette de l’Orchestre du Théâtre Bolchoï où il resta jusqu’en 1937.
Yeryomin a montré son grand art et son inspiration dans l’exécution des parties les plus difficiles pour trompette et pour cornet des oeuvres classiques et contemporaines. Il se distingua particulièrement, par exemple, dans Petrouchka et Salomé, sous la direction d’Otto Klemperer. Il joua souvent son oeuvre favorite, le Poem of Ecstasy de Scriabine, sous la direction de Golovanov, A. Melik-Pashaev, V. Nebol’sin, L. Steinberg et Albert Coates.
Yeryomin savait toujours trouver l’expression juste, même dans une courte attaque à la trompette, sans parler des grands solos dont l’interprétation se distinguait par sa plénitude et son originalité. Le «chant du coq» au tout début du Golden Cockerel de Rimsky-Korsakov était si impressionnant lorsqu’il le jouait que ses amis l’appelaient en plaisantant «notre petit coq d’or».
Trio : S. Yeryomin, I. Pavlov (1ʳᵉ trompette, Théâtre Bolchoï), Y. Usov (professeur, Conservatoire de Moscou)
Une profonde sensibilité au style de l’oeuvre, une franche et authentique communication de l’intention du compositeur et une absence totale de maniérisme et de sirupeux, ce sont là les remarquables caractéristiques de la personnalité créatrice de Yeryomin.
Malgré sa lourde charge de travail en orchestre, il se produisait souvent en soliste. Un point important de sa carrière musicale fut sa participation au second concours des musiciens d’Union Soviétique qui eut lieu à Léningrad en 1935, le premier auquel participèrent des musiciens à vent. Yeryomin présenta un programme varié et intéressant et remporta le concours.
Les critiques ont souvent souligné dans la presse la grande portée stylistique de ses interprétations: «Il comprend le style monumental des formes de Beethoven et de Haendel, les paysages délicats aux couleurs romantiques des préludes de Chopin et les brillants feux d’artifice des études de Goedicke.»
Yeryomin commença à enseigner au Conservatoire en 1930; il devint dotsent en 1935 et professeur en 1939. Son succès en tant qu’interprète constitua la base de sa méthode d’enseignement qui était extrêmement efficace à la fois pour son contenu et sa forme progressive et joua un rôle important dans le développement de l’Ecole de trompette soviétique. Ce n’est pas déprécier la personnalité créatrice de ses nombreux élèves que de dire qu’il essaya de leur inculquer les meilleurs aspects de son propre style d’exécution. Il leur fit acquérir un son riche, clair et puissant, une technique élaborée et une parfaite maîtrise des diverses méthodes de production du son et de liaison des partiels, tout en accordant une attention particulière aux gammes et aux études, mais tout cela utilisé pour la réalisation d’objectifs musicaux. En dehors des compositions classiques et soviétiques qui constituaient la base de sa méthode d’enseignement, Yeryomin essayait dans la mesure du possible d’utiliser les meilleures oeuvres étrangères modernes pour trompette.
Professeur Sergey Nikolaevich Yeryomin
Yeryomin a compilé certaines collections, aujourd’hui épuisées, de pièces de son répertoire d’enseignement, quatre volumes de traits d’orchestre pour trompette et cornet, deux volumes d’études choisies pour trompette, tout en réalisant de nombreuses transcriptions et arrangements.
Parmi ses plus célèbres élèves, il faut citer: L. Volodin, I. Pavlov, A. Maksimenko, V. Goncharov, Y. Usov, N. Volkov, S. Kirokosyan et bien d’autres.
Le professeur Georgiy Orvid a écrit de lui: «Le nom de Yeryomin ouvre une page remarquable dans l’histoire de la fondation et du développement de l’Ecole soviétique de trompette créée par son maître Tabakov. Ce fut lui qui, en tant qu’élève le plus brillant, reprit des mains de son maître le flambeau de premier trompette et professeur du Conservatoire de Moscou, berceau de l’Ecole de trompette soviétique.»