Brass Bulletin 10, I / 1975 (page 43–47) · 2 min. de lecture
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Le «Lead Trumpet» d'orchestre de jazz

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Un défi physique

Dans chaque pays, il existe des centaines de trompettistes professionnels et des douzaines de solistes pleins de talent, mais les véritables «lead trumpets» sont très rares.

Depuis une trentaine d’années, les trompettistes de jazz ont développé la tessiture instrumentale bien au-delà des limites admises par les méthodes et les traités traditionnels. Ils jouent dans un registre et avec une violence que ne tenteraient pas les musiciens classiques, qui ne sauraient d’ailleurs pas qu’en faire. Il est admis que pour jouer dans ce registre, il faut un engagement physique que l’on ne connaît pas avec les autres instruments.

Il est donc indispensable de développer sa tessiture et son endurance et de s’équiper avec des instruments et des embouchures qui rendent le registre aigu aussi confortable que possible. Les exercices** qui favorisent la maîtrise du «mouvement d’air» dans l'instrument seront fructueux, pour peu que la pression d’air soit bien conduite. La respiration, l’articulation et le phrasé doivent étroitement s’imbriquer afin que la musique jaillisse. Tous n'arrivent pas à un résultat idéal, mais on peut s’en approcher dans la mesure où l’on tient compte des règles du jeu: écouter et s'imprégner du langage musical.

Un défi psychique

Pour accéder à la position de «lead trumpet», un musicien doit déjà connaître les diverses tâches qui l’attendent. Il ne s’agira pas simplement de jouer des notes, il faudra insuffler à tout l’orchestre un dynamisme et un style musical particuliers qui se renouvellent à chaque exécution. Sans l’affirmation d’une telle personnalité, un orchestre sombre immanquablement dans la mollesse et dans la banalité, perdant du même coup l'impact sur l’auditoire. Le rôle de «lead trumpet» est donc spécialement difficile à tenir et la responsabilité d’un tel musicien vis-à-vis du chef d'orchestre est très grande. C’est un leader qui doit d’abord s’affirmer par ses connaissances, puis qui doit mener et éduquer son équipe avec vigueur, mais aussi avec compréhension et tact. Inutile d’essayer de s’imposer par de simples mesures autoritaires!

Il faut donc sans cesse parfaire et enrichir ses connaissances techniques et musicales — rester dans le vent — et transmettre tout cela, d'abord au pupitre, puis au reste de l’orchestre. Les deux piliers d’un orchestre étant le batteur et le «lead trumpet», leur influence est déterminante et il faut qu’ils s’entendent bien.

Pour aborder une telle carrière, on doit rester en contact permanent avec la conception vivante de la musique de jazz. Il faut de la détermination, de la vigueur, une santé de fer. Il faut savoir trouver le maître habile qui sait initier. Il faut beaucoup écouter les autres, suivre attentivement chaque développement du style et accumuler les expériences pratiques.

Dans un article intitulé «Profiles», qui a paru dans le «New Yorker Magazine», William Whitworth écrit: Les «lead players» doivent être considérés comme une élite en raison des difficultés incroyables qu’ils ont à surmonter dans leur métier. Certains trompettistes jouent avec goût mais pas avec assez de puissance, le contraire est courant aussi. Le «lead trumpet» doit jouer avec goût et avec puissance. Il doit pouvoir soutenir un effort prolongé, par exemple dans l’aigu, afin que son interprétation porte l’œuvre jouée musicalement.

Oubliant que la trompette n’est qu’un moyen et pas une fin, beaucoup de musiciens pensent qu’il suffit de jouer les notes pour être «bons». Le grand musicien, lui, joue de la trompette pour faire de la musique.

* «The Art of Playing Lead Trumpet», vol. 1 (publié par G. Stuart).

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