Brass Bulletin 39, III / 1982 (page 45–47) · 2 min. de lecture
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La trompe de chasse

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La trompe de chasse

Venant de publier un ouvrage sur la trompe de chasse*, j’aimerais prolonger l’article de Daniel Bourgue en faisant part de mes découvertes et de mes idées personnelles.

Tout d’abord il faut dire que l’essentiel de ce que l’on sait sur la trompe est dû au Commandant de Marolles (1865-1949). Militaire de carrière, mais aussi passionné de chasse à courre, Gaston de Marolles a consacré une grande partie de sa vie à rechercher des renseignements sur la trompe. Malheureusement il n’était ni historien, ni musicien : s’il faut lui rendre hommage pour l’abondante documentation qu’il a réunie, il faut rester très critique vis-à-vis de ses interprétations des faits.

Il affirme par exemple que le « ton de vénerie » a été inventé par le marquis de Dampierre, gentilhomme des menus plaisirs à la cour de Louis XV, en 1723. Il s’appuie pour cela sur les Mémoires du duc de Luynes qui rapportent que « Lorsque Dampierre eut sonné, toute la Cour s’est étonnée ». Comme on n’avait encore pas expliqué l’origine du « ton de vénerie », Gaston de Marolles en a conclu que seul Dampierre pouvait en être l’initiateur et que cette hypothèse s’accordait parfaitement avec le propos du duc de Luynes.

Je pense que la vérité historique est tout autre, ainsi que je l’expose dans mon livre. Dampierre ne peut pas avoir inventé le « ton de vénerie » pour plusieurs raisons :

— Le « ton de vénerie » repose essentiellement sur une dynamique de l’articulation et du phrasé propre à la trompe. Daniel Bourgue fait un rapprochement avec le jazz tout-à-fait justifié (et je l’ai fait moi-même dans mon étude sans que nous nous soyions concertés). On voit mal comment Dampierre aurait pu inventer et mettre au point ex nihilo, en pleine époque baroque, un style totalement nouveau demandant une technique de jeu très particulière.

— Les fanfares écrites par Dampierre comportent des trilles notés « + » sur certaines notes, et en particulier sur des notes finales. Or on ne peut pas exécuter sur ces positions le « tayau » qui est le coup de langue caractéristique du « ton de vénerie ».

— La première mention du « tayau » se trouve dans une méthode de trompe de 1804, donc bien postérieure à Dampierre, et la pratique ne s’en est généralisée que vers 1830/1840.

— Si « toute la Cour s’est étonnée », c’est parce qu’à cette époque la fonction de musicien était réservée aux valets et que Dampierre, de naissance noble, fit scandale en sonnant de la trompe. En français classique, le mot « étonner » avait un sens beaucoup plus fort qu’aujourd’hui et signifiait littéralement « faire l’effet du tonnerre ». Si Dampierre avait inventé le « ton de vénerie », il aurait tout au plus créé un effet de surprise mais seul un scandale social pouvait balayer toute la cour comme un coup de tonnerre.

Ainsi les sonneurs actuels, contrairement à ce qu’ils croient, ne perpétuent pas une tradition musicale très ancienne et ont oublié la manière de sonner de Dampierre et de tout le XVIIIᵉ siècle. C’est cette manière que je cherche à faire revivre sous le nom de « ton classique » par opposition au « ton de vénerie » du XIXᵉ siècle.

Au XVIIIᵉ siècle, la trompe n’était encore qu’une grande trompette (d’où son nom) enroulée sur un grand diamètre pour pouvoir être portée en sautoir. Si elle était accordée en Ré, c’est parce que les trompettes de la cour l’étaient aussi. Et la manière de sonner de la trompe était tout-à-fait semblable à celle de la trompette baroque. On peut ainsi redécouvrir tout un répertoire laissé de côté par les sonneurs parce qu’il ne convient pas au « ton de vénerie », comme les 24 Fanfares Nouvelles pour 2 cors de chasse ou 2 trompettes de Dampierre, tombées dans l’oubli, que j’ai publiées dans mon livre et dont voici un exemple (III. 1).

Extrait des 24 Fanfares Nouvelles pour 2 cors de chasse ou 2 trompettes, de Dampierre

Extrait des 24 Fanfares Nouvelles pour 2 cors de chasse ou 2 trompettes, de Dampierre

Ceci permet de varier le répertoire, car les fanfares de chasse et le « ton de vénerie », d’un très bel effet en forêt, deviennent vite monotones en concert.

Ce sont là les racines de l’histoire du cor et cela devrait intéresser tous les cornistes. Je pense aussi qu’il y a encore beaucoup à découvrir à ce sujet.

Pour compléter les exemples donnés par Daniel Bourgue, et pour montrer les ressources méconnues de la trompe (qui n’est après tout qu’un cor naturel), je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici la charmante Invocation de Tyndare.

Cette courte pièce, écrite pour 2 trompes en Ré et orgue, demande l’emploi des « sons bouchés ». Le timbre très clair de la trompe s’associe merveilleusement à l’orgue, mais le cor à pistons, malgré son timbre plus sourd, peut également bien rendre cette musique d’une fraîche simplicité (III. 2).

Illustration 2

Illustration 2

L’Art de la Trompe, Tassin-la-Demi Lune 1982.

² Riemann, Musiklexikon, «Tonsystem»: die «Finales» sind das d, e, f und g der kleinen Oktave (Anm. d. Übers.).

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