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La trompe de chasse, son histoire, sa technique, sa musique

Bien plus qu’un instrument, une pratique où rites, gestes et langage musical transmis depuis Louis XIV continuent de façonner une tradition restée presque intacte.
La trompe de chasse, son histoire, sa technique, sa musique

Depuis sa naissance, la musique classique a sans cesse évolué au gré des grandes périodes de son histoire. De baroque, elle est devenue romantique, de tonale, elle est devenue atonale, se cherchant et se réinventant continuellement. La musique de vénerie, appelée aussi de « chasse à courre », a suivi un cours différent. Elle a d’abord évolué puis elle s’est figée à partir du XVIIIe siècle. Elle perpétue à notre époque une des plus belles et une des plus vivantes traditions typiquement françaises.

Cette tradition est liée à l’histoire de France et en particulier à celle de ses rois. En effet, tous ont été chasseurs et presque tous ont sonné de la trompe, depuis Charlemagne qui acquit son titre de « Grand » après un acte de bravoure à la chasse, en passant par Louis IX qui se fit enterrer avec sa trompe, François Ier considéré comme le père des veneurs, Charles IX qui, selon son chirurgien Ambroise Paré, mourut à vingt-quatre ans « pour s’être trop fatigué à sonner de la trompe », jusqu’à Louis XV qui connut avec le marquis de Dampierre l’apogée de la vénerie et fut probablement le dernier roi à sonner de la trompe.

Quelle est l’origine de la trompe ?

« Le Seigneur parla à Moïse et dit : “Fais-toi deux trompes d’argent.” » Ces paroles rapportées par la Bible au Livre des Nombres, chapitre dix, sont probablement la plus ancienne évocation de cet instrument.

Trompe ou cor ? Ces deux termes sont utilisés indifféremment par le profane. Pourtant, ils ont tous deux une signification bien précise. La trompe a pour origine le mot latin « tuba » qui désignait un tube métallique. Au cours des siècles, ce terme devient « trumba », étymologie de « trompe » et de « trompette ». Le cor a pour origine le mot latin « cornu », issu lui-même du grec « kèras ». « Cornu » désignait une corne de bovidé. En taillant la pointe d’une corne creuse, on obtenait un cor. « Cornu » deviendra ensuite « corna », puis « corn » en vieux français et « cor » par abréviation. La confusion entre le cor et la trompe a toujours existé. Dès le Moyen-Age, on appela le joueur de trompe ou de trompette un trompeur ou un trompeor, expression qui bientôt ne désigna plus que les joueurs de trompette. Les joueurs de cor seront appelés corneurs et l’action de jouer se dira corner. Ce n’est qu’à partir de 1750 que l’expression « cor de chasse » apparut pour le distinguer du cor d’harmonie. Mais pour le véritable initié, depuis la fin du XVIIIe siècle, le terme exact est « trompe de chasse » et, si l’on joue du cor, on « sonne de la trompe ».

L’histoire de la trompe et de sa facture nous est connue en particulier grâce à des tableaux, des gravures et des tapisseries dont les auteurs sont parfois des artistes célèbres.

Fait originellement d’une corne de bovidé, le cor est ensuite construit en métal. Les gravures de l’ouvrage de Jacques du Fouilloux intitulé La Vénerie nous le montre en 1561 déjà avec une volute, c’est-à-dire enroulé sur un tour. A l’époque de François Ier, l’instrument devient plus long et l’on en tire deux sortes de sons, le ton gresle et le gros ton. Sous le règne d’Henri IV, c’est-à-dire vers 1600, apparaît une trompe mesurant 2,27 m, enroulée sur six ou huit tours et que l’on appela « La Maricourt » (cette trompe est encore utilisée aujourd’hui pour la chasse au lièvre).

Vers 1680, on voit apparaître une trompe en Ut sonnant une octave plus bas que la trompette de cavalerie. Elle est enroulée sur un tour et mesure 2,27 m. Le diamètre du pavillon est de 14 cm. L’unique exemplaire qui est parvenu jusqu’à nous est conservé au Musée de la chasse de Senlis, près de Compiègne. C’est probablement ce modèle de trompe que le comte de Sporck découvrit et introduisit en Bohême puisqu’il séjourna à la cour de Louis XIV, à Versailles, vers 1680.

En 1705, à la fin du règne de Louis XIV, apparaît une nouvelle trompe. Elle est en Ré comme toutes celles qui vont suivre. Enroulée sur un tour et demi, elle mesure 4,545 m et elle a un très grand diamètre de 73 cm. C’est la trompe de Dampierre dont on peut voir un exemplaire au musée du Conservatoire de Paris.

A partir de 1729, Lebrun, un facteur d’instruments, enroule cette grande trompe sur deux tours et demi, ce qui permet de réduire le diamètre à 55 cm. En l’honneur de la naissance du premier fils de Louis XV, il baptise cette trompe « La Dauphine ». De nombreux exemplaires sont parvenus jusqu’à nous.

Vers 1830, le fils de Louis-Philippe, le Duc d’Orléans, fait enrouler cette trompe sur trois tours et demi, réduisant le diamètre à 45 cm. Cette trompe, appelée d’abord demi-trompe, prit ensuite le nom de « trompe d’Orléans ». Fabriquée en premier lieu par le facteur Raoux, puis par son apprenti François Périnet, elle prit le nom de « trompe Périnet ». C’est la trompe utilisée actuellement.

Comme la trompe se portait « en sautoir », la modification de son enroulement a été dictée par la mode vestimentaire. C’est ainsi que le grand diamètre de la Dauphine était certainement dû au port du bicorne.

La maison Périnet existe encore de nos jours. Les trompes sont maintenant fabriquées par Michel Bureau. On distingue plusieurs catégories de trompes selon l’épaisseur du métal utilisé. Ceci a une influence sur le poids et, par là-même, sur la sonorité de l’instrument. Les modèles les plus courants sont la trompe de Piquet qui pèse 940 grammes et la trompe de Maître qui pèse 840. On peut déterminer l’âge d’une trompe Périnet grâce à l’adresse inscrite sur la guirlande du pavillon. Celle-ci (Ill. 1) a été fabriquée entre 1870 et 1874.

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Brass Bulletin 39, III / 1982 pages 26–38

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