Brass Bulletin 38, II / 1982 (page 9–14) · 7 min. de lecture
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Ecouter

L'écoute musicale commence là où le jugement s'efface, Jeffrey Agrell remettant en question critiques, habitudes et influence des enregistrements.
Ecouter

«Personne ne peut plus concevoir une idée dès qu'il commence réellement à écouter.»

— John Cage

Lorsqu'on assiste à un concert, il est on ne peut plus ennuyeux et gênant d'être assis à côté de quelqu'un engagé dans une conversation alors que se déroule la musique, quand bien même cette conversation concerne la musique. C'est malheureusement trop souvent le cas, dans la mesure où la voix perturbatrice résonne dans notre propre tête.

La petite voix de cette partie de notre esprit qui utilise le langage possède un vaste répertoire de sujets et de procédés pour maintenir le bavardage. Cela va des choses de la vie courante (voyons, comment pourrai-je demain faire réparer la voiture et en même temps faire la lessive...) aux observations hors de propos (ces sièges ne sont pas confortables..., pourquoi les musiciens ne sourient-ils pas davantage ?) et à toutes sortes de jugements et comparaisons sur la musique (le Chicago l'a mieux joué l'année dernière..., ce n'est pas aussi bon que l'enregistrement que j'ai chez moi..., de toute évidence, le chef d'orchestre n'a rien compris aux intentions du compositeur dans le développement...).

Ces trois attitudes, et surtout les deux premières, sont dues à la tendance naturelle qu'a l'esprit à errer chaque fois que cela est possible, avec ou sans finalité. Cette tendance est exacerbée par de nombreux aspects de la culture occidentale. Des mots, des mots, des mots qui nous submergent en provenance d'innombrables sources — TV, radio, journaux, revues, publicité, école, travail, etc. — qui cherchent toutes à capter notre attention (et habituellement notre argent). Cette concurrence favorise l'emploi toujours croissant par les média de la technique du faux-brillant au détriment de l'essentiel : tout se fait vite, vite, vite, tout est toujours plus nouveau, plus super et plus scandaleux que jamais auparavant. Le rythme de la vie quotidienne est également accéléré : voitures rapides, repas vite faits, pression pour réaliser et produire, pression pour consommer et dépenser.

L'esprit est plus qu'heureux de penser ou de se soucier de ce genre de chose, dès l'instant qu'il peut continuer à tourner. La petite chance que l'on a de jouir d'un peu de silence ou de solitude est précieuse ; bon nombre parmi nous sont en fait devenus des boules de nerfs, mal à l'aise dans le silence ou la solitude, sans les constantes petites secousses d'adrénaline provoquées par les nombreuses intrusions perturbatrices de la « vie moderne ». Dans une salle de concert, les distractions extérieures sont peut-être réduites, mais il reste difficile de faire taire le bruit intérieur après un tel exercice destiné à l'entretenir.

«Lorsque nous sommes fiers, cette fierté nous empêche d'observer très clairement.»

— John Cage

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