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Une femme qui joue du cor... et après?

Une femme qui joue du cor... et après?

Frøydis Ree Wekre est l'un des deux cors solos de l'orchestre philharmonique d'Oslo, et ce depuis 1965. Dès sa sixième année, elle a commencé à étudier le violon, et c'est à dix-sept ans qu'elle a opté pour le cor. Elle a travaillé à Oslo, à Stockholm (avec Wilhelm Lansky-Otto) et à Leningrad (avec Vitali Bouïanovsky). En 1965, elle a obtenu un prix national. Elle s'est produite en soliste dans les pays scandinaves, ainsi qu'en Allemagne, en Belgique, en Suisse, au Canada. Aux USA, elle s'est fait connaître à l'occasion de l'«Atelier international des cornistes» de 1973 et, depuis, elle y retourne au moins une fois par année. Frøydis Ree Wekre joue aussi beaucoup de musique de chambre, au sein de l'ensemble formé par les Solistes de Chambre Norvégiens ainsi que dans le Quintette de Cuivres Norvégien. Elle enseigne au Conservatoire d'Oslo.

Lorsque la rédaction du Brass Bulletin m’a priée d’écrire un article sur les musiciennes qui se vouent aux cuivres, ma première réaction a été de me contenter de lui envoyer le titre de cet article, suivi de mes cordiales salutations. Puis, j’ai réfléchi que, puisqu'il existe certaines différences assez tranchées entre les deux sexes, on pourrait peut-être mettre en évidence les différences, moins accusées peut-être, mais tout aussi intéressantes, qui existent entre musiciens et musiciennes relativement à la conception qu'ils se font des cuivres. Cette réflexion m'a incitée à poursuivre mon analyse. S’il est vrai que notre époque abonde en excellentes musiciennes, pianistes, violonistes, violoncellistes et cantatrices, chacun sera bien forcé de convenir que beaucoup de femmes ont l'oreille juste, qu'elles sont intelligentes et capables de s'exprimer par le truchement de la musique. Les détracteurs des musiciennes ayant choisi les cuivres leur dénient sans doute la puissance sonore maximum, la maîtrise du registre aigu et l'endurance. En me fondant sur ma propre expérience ainsi que sur les témoignages de nombreux musiciens des deux sexes, je crois pouvoir affirmer que les facteurs psychologiques jouent un rôle essentiel: il arrive parfois, comme chacun sait, qu'un homme de petite taille soit capable de jouer extrêmement fort et qu’au contraire un homme très grand joue avec beaucoup de timidité. Tel autre musicien possède toutes les qualités physiques requises, mais s’il a les nerfs fragiles, il risque de faire piètre figure. Selon moi, l’essentiel est d’avoir l'oreille juste, d’être intelligent, d’appliquer des méthodes de travail efficaces et d’avoir confiance en soi. Il ne faut pas pour autant négliger certains atouts physiques, comme le fait d'avoir de bonnes dents et des muscles faciaux et abdominaux bien développés, mais les qualités proprement esthétiques entrent également en ligne de compte: l'imagination créatrice, l'amour de la musique, le désir de communiquer avec le public, quel qu’il soit. La synthèse de tous ces éléments ne peut conduire qu’à des résultats positifs. Essayons de répondre aux questions que l'on peut se poser au sujet des aptitudes des femmes dans le domaine des cuivres:

  1. Sont-elles capables de jouer fort?
    L’aptitude à jouer fort requiert avant tout un tempérament actif, mais aussi la volonté délibérée d'engager tout le corps et le courage d'admettre que votre sonorité, lorsque vous jouez fort, soit parfois désagréable à entendre. Bien des femmes possèdent ce tempérament, cette volonté et ce courage. Néanmoins l’image traditionnelle de la femme frêle, que sa faiblesse dispense des gros efforts physiques, est encore trop répandue. Les femmes devraient être pleinement conscientes de la persistance de ce préjugé et travailler à son éradication. Les hommes sont moins concernés par ce problème: ne leur a-t-on pas appris, dès leur plus jeune âge, à être «plus bruyants» que les filles? Admettons qu’une femme de petite taille ne soit pas capable de jouer fort aussi longtemps qu'un homme grand. Une approche intelligente de ce problème pourra contribuer à le rendre moins crucial. La femme petite doit simplement apprendre à «tricher avec le public» (selon l'expression du célèbre tubiste Arnold Jacobs, dont la maladie a considérablement réduit la capacité pulmonaire).
  2. Les femmes sont-elles aptes à jouer dans le registre aigu?
    La maîtrise de ce registre n'est pas uniquement une question de puissance, mais aussi d'habileté, de technique et de travail. Je connais certaines femmes qui excellent précisément dans ce registre.
  3. Les femmes sont-elles réellement capables de jouer des morceaux difficiles?
    La difficulté est un problème qui concerne les deux sexes. Ici encore, l'endurance est fonction de l'intelligence du musicien, de l'aptitude à jouer avec une grande souplesse musculaire et de l'habileté à repérer, en jouant, les endroits permettant de se reposer un court instant. Ici encore, la confiance en soi est un facteur décisif... «L'art de se persuader que l'on réussira»... On pourrait écrire un article intéressant sur ce thème.
  4. Les femmes ont-elles assez de force dans les bras, donc d'endurance quand il s'agit de tenir l'instrument?
    Une femme douée d'une force normale et connaissant bien la technique du travail musculaire statique, est capable de tenir son instrument aussi longtemps que la partition l'exige. Toutefois la fatigue des bras causée par la tension musculaire statique peut représenter un sérieux problème, et, parmi les élèves que j'ai connus, la proportion des filles qui se plaignaient de crispations dans les bras et dans la nuque dépassait de beaucoup celle des garçons. Le maître devrait être conscient de ce risque et engager assez tôt ses élèves — surtout les filles — à développer leur force musculaire par la natation, des exercices spéciaux pour les bras ou tout autre entraînement physique. Ici encore, il faut connaître « l'art de se ménager des moments de répit».
  5. Au moment des règles, les femmes sont-elles capables de jouer d'une manière satisfaisante?
    Cela dépend de chacune. Certaines femmes sont réellement malades un jour ou deux par mois, mais la plupart d'entre nous continuent quand même à travailler. Il m'est souvent arrivé d'avoir à jouer des parties difficiles pendant «ces jours-là», et je crois m'en être tirée fort bien, probablement parce que je n'avais pas surestimé mes possibilités.
  6. Les femmes sont-elles capables de jouer d'une manière satisfaisante pendant la grossesse et après l'accouchement?
    Le meilleur exemple que je connaisse est celui de la première corniste de l'orchestre de la radio norvégienne, mère de deux enfants en bas âge. Lors de ses deux grossesses, elle n'a arrêté de jouer que deux semaines avant l'accouchement. Pendant les deux derniers mois, elle a tenu la partie de troisième cor, mais, à chaque fois, elle a repris ses activités habituelles trois mois après l'accouchement.
  7. Est-ce qu'au point de vue professionnel une femme arrive facilement à s'intégrer à une équipe essentiellement masculine?
    Certainement. Il serait injuste de ne prendre en considération que les mauvaises expériences faites par certaines collègues. Incontestablement certains musiciens aussi ont un caractère impossible!

Eh bien, même après cette analyse, je pourrais toujours poser la question du début: «Une femme jouant du cor?... Et après?»

Brass Bulletin 26, II / 1979 pages 51–54

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