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Rééditions d'oeuvres du XVIIe siècle originales pour ensembles de cuivres
Par Klaus Winkler
I. La tradition de la musique originale pour cuivres
C’est durant la deuxième moitié du XVIIᵉ siècle que l’art des Stadtpfeifer (musiciens de ville), organisés en guilde atteint son apogée artistique.¹ Au cours des années, un répertoire se constitua, principalement destiné aux cornets à bouquin et aux saqueboutes.
La plus grande partie de ces œuvres ne nous est malheureusement pas parvenue. Les trois grandes collections connues: «Hora Decima» (1670), «Fünfstimmig blasende Musik» (1685) de Johann Christoph Pezelius ainsi que les «Vierundzwanzig neue Quatricinien» (1696) de Gottfried Reiche, ont paru en édition; d’autres œuvres instrumentales destinées à des souffleurs ont paru ensemble avec de la musique vocale ou dans des albums destinés à certains instruments en particulier.²
Au cours du XVIIIᵉ siècle, les Stadtpfeifer perdirent peu à peu de leur signification. Leur place fut grignotée par les Bierfiedler (les violoneux de brasseries) dont le statut social s’était amélioré au point qu’on les appelait alors Kunstgeiger (artistes violonistes);³ des traditions locales se maintinrent jusqu’au XIXᵉ siècle.⁴
Ce développement produisit des effets divers:
- Les œuvres éditées disparurent en quelques exemplaires répartis dans des bibliothèques; la littérature transmise oralement se perdit.
- Les connaissances techniques des souffleurs pour certains instruments particuliers ne furent plus transmises aux générations suivantes.
- Le cornet à bouquin, l’instrument soprano des ensembles de souffleurs, disparut.
Les recherches entreprises autour de Jean-Sébastien Bach permirent, dans les années 1920, de redécouvrir des œuvres originales pour ensembles qui avaient sombré dans l’oubli. Pionnier de ces redécouvertes, le musicologue Arnold Schering, qui réédita un choix d’œuvres de Joh. Chr. Pezelius.⁵ Adolph Müller, de la mission des trombonistes de Saxe, conseillé par Schering, fit réimprimer les Vierundzwanzig Quatricinien du trompettiste de Bach Gottfried Reiche ainsi que des compositions de Pezelius. C’est vers la même époque que furent rééditées les «Canzoni» et «Sonates» à plusieurs chœurs de Giovanni Gabrieli.⁶ L’élan définitif de ce renouveau ne se produisit toutefois qu’après la deuxième guerre mondiale.
Au cours de ces vingt dernières années, le nombre des musiciens de cuivre a constamment augmenté. Cet essor spectaculaire provient certainement du fait que l’art de jouer les instruments de cuivre a retrouvé un niveau exceptionnel ces dernières décennies et que l’on continue à y travailler. A cet égard, un nom mérite une mention toute particulière: celui du trompettiste français Maurice André, lauréat des importants concours internationaux de musique de Genève et de Munich dans les années 60, qui stimula et servit d’exemple à toute une nouvelle génération qui se passionna intensivement avec les instruments de cuivre. Si c’est la trompette qui suscita d’abord le nouvel engouement, le cor et le trombone suivirent bientôt de la même manière.
La littérature originale du XVIIᵉ siècle représente la littérature de base de tout ensemble de cuivre. Nous allons tenter ici d’analyser avec détermination les éditions nouvelles⁷ actuellement disponibles sur le marché. A part les collections déjà mentionnées de Pezelius et de Reiche, nous étudierons des compositions isolées de Giovanni Martino Cesare et Giovanni Gabrieli, qui furent conçues pour des souffleurs.
Les critères de notre analyse critique sont déterminés par l’étude du texte musical, des tonalités, des indications pour la réalisation pratique et des commentaires critiques. Pour pouvoir comparer et obtenir des arguments irréfutables, nous avons comparé les nouvelles éditions avec les éditions originales.
Brass Bulletin 53, I / 1986 pages 69–80
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