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Fondements de la transcription

Fondements de la transcription

La principale raison pour laquelle je transcris de la musique pour les cuivres, c'est le désir de jouer les grandes oeuvres du passé. Par suite de divers facteurs, les compositeurs écrivirent peu d'oeuvres originales pour les cuivres. La trompette et le cor n'étaient pas encore complètement développés sur le plan chromatique et le trombone était surtout utilisé à l'église ou pour produire des effets spéciaux. Le tuba, quant à lui, n'existait pas encore. En fait, la plupart des pièces originales pour les cuivres furent écrites à l'intention de tel ou tel virtuose et, partant, ne furent guère répandues, ce qui était peu fait pour encourager les compositeurs.

Pour beaucoup de cuivres, la littérature originale disponible est bien trop pauvre. Les pianistes et les violonistes disposent, quant à eux, d'un immense répertoire et ressentent rarement le besoin de jouer des oeuvres transcrites. Mais ceux d'entre nous qui ne peuvent s’exprimer qu'à l'aide d'instruments de cuivre sont obligés d'y recourir.

Pour les cuivres désireux de jouer des transcriptions, le choix des pièces appropriées risque de présenter de grosses difficultés. À mon avis, il existe trois catégories essentielles de transcriptions : celles qui sont discutables, celles qui ont du succès et celles qui n'en ont pas.

Le premier groupe comprend toutes les pièces utilisées à des fins purement techniques, c'est-à-dire en tant que morceaux didactiques. Ainsi les vocalises de Bordogni peuvent permettre à un cuivre de faire des progrès considérables ; mais ce genre de transcription n'aurait guère de succès au concert.

Les meilleures transcriptions insufflent une vie nouvelle à la musique, révèlent des subtilités qui avaient passé inaperçues jusque-là et permettent à l'auditeur d’avoir un point de vue nouveau sur une oeuvre archiconnue. Cela peut aller jusqu'à ressusciter un chef-d’oeuvre oublié, par exemple en donnant au public la possibilité d'entendre une pièce pour cordes rarement jouée en raison de l'immensité du répertoire.

C'est ainsi que, ces dernières années, les sonates en trio de Corelli ont été jouées probablement plus souvent par des trombones que par les instruments originaux.

Parfois des subtilités nouvelles sont révélées par l'instrumentation. Une partie de la musique de clavier de J. S. Bach, en particulier les fugues pour orgue, peut être arrangée pour les cuivres et produire beaucoup d'effet. Les instruments de cuivre peuvent se comparer à l’orgue pour la sonorité et la puissance et, de plus, dessinent le contrepoint d'une manière que peu d'orgues sont capables de reproduire.

Parmi les transcriptions permettant d'écouter une oeuvre d'un point de vue nouveau, il faut mentionner celles qui comportent l'interprétation différente et fascinante d'une pièce bien connue. Mais cela dépend en grande partie du talent musical et des conceptions de l'exécutant. Par exemple, on ne voit pas pourquoi un tromboniste jouerait un concerto pour violon de Mozart, à moins qu’il n'y ait découvert des idées nouvelles qui auraient échappé à des générations de violonistes. Comme c'est tout à fait improbable, une interprétation n'intéresserait guère que ses collègues trombonistes.

Dans la réalité, ces trois éléments sont si étroitement imbriqués qu'il est presque impossible de les envisager séparément. À chaque fois que l'on contemple une sculpture sous un angle nouveau, c'est un nouvel aspect qui se révèle, approfondissant notre connaissance de l'oeuvre.

Toutes les oeuvres musicales ne résistent pas à un tel examen ; et dans la plupart des cas, les transcriptions ne se justifient pas. Une transcription ne devrait jamais révéler des aspects négatifs de l'oeuvre originale.

Il s'agit de trouver des morceaux qui satisfassent à ces exigences sans détruire la grandeur de l'original, autrement dit de la musique qui sort renforcée et non pas diminuée de l'épreuve de la transcription. Je crois que dans la mesure où une transcription remplit ces différentes conditions, elle risque de trouver un véhicule musical extraordinaire.

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Ralph Sauer est co-principal tromboniste à l'orchestre de Los Angeles. Il a étudié auprès de Robert Harper, de l'orchestre de Philadelphie, et d'Emory Remington à l'Eastman School of Music. Avant de travailler à Los Angeles, il a été trombone solo à l'orchestre symphonique de Toronto. En plus de son activité de musicien d'orchestre, Sauer travaille comme soliste et comme professeur et il fait des enregistrements.

Brass Bulletin 31, III / 1980 pages 55–56

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