Trac, pilule, doping
Note de la rédaction
Le Dr. Christian Baechler de Genève, poursuivant les propos de Thomas Stevens et du Dr. Wilfred Buck — qui avaient déjà suscité des commentaires animés et parfois contradictoires parmi nos lecteurs — est ici au cœur d’un problème qui nous paraît extrêmement important et actuel. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’attirer votre attention en vous présentant une couverture inhabituelle.
Si Hans Pizka se targuait récemment dans ces colonnes de ne pas savoir ce qu’est le trac, la grande majorité des musiciens «normaux» n’en connaît malheureusement que trop les effets négatifs. Certains les combattent avec des exercices yoga, d’autres avec l’alcool, d’autres par la prière, d’autres enfin, au prix de leur santé physique et mentale.
Le Dr. Baechler parle en homme de métier. Sa lucidité est bienveillante. En une première étape, il expose ici les éléments essentiels qui déterminent ce sujet brûlant. Il a en outre accepté, dans la mesure de ses compétences, de répondre à vos questions, à vos remarques ou à vos critiques. Il développera volontiers les points particuliers que vous soulèverez.
Nous ouvrons donc une rubrique spéciale sur le sujet Trac - Pilule - Doping, dans le but de faciliter la démarche personnelle que chaque musicien adopte ou adoptera face aux affres de la peur que provoque la pratique musicale publique.
N’hésitez pas à réagir! Livrez-nous vos témoignages (nous respecterons l’anonymat si désiré). [jpm]
DR. CHRISTIAN BAECHLER
Très intéressé par la lecture des articles de M. Stevens (BB No 37, p. 8) et par celle de mon confrère, le Docteur Wilfred Buck (BB No 39, p. 23), je tiens ici à apporter ma contribution personnelle au sujet traité, à la fois comme médecin et comme trompettiste amateur.
Il m’apparaît en effet que trac, «pilule-miracle» et doping sont trois notions fondamentales qu’il convient de séparer et de préciser le plus clairement possible. On doit éviter à tout prix de comparer et de mélanger des réalités qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Les conclusions fâcheuses qui pourraient en découler seraient catastrophiques, ou pour le moins stupides, comme le présente M. Stevens dans le dernier paragraphe de son excellent article. (BB No 37, p. 9).
1. Le trac
A propos de trac, Messieurs Stevens et Buck ont parlé à juste titre de la nervosité, de la bouche sèche, de la réponse du corps à une tension soudaine, de l’augmentation de la fréquence des battements cardiaques, des mains humides, du vibrato non intentionnel ou encore de la réaction de défense, voire de fuite. Je pourrais pour ma part allonger cette liste en y ajoutant mes symptômes personnels (gorge serrée, sueurs froides, insomnies ou hypertension artérielle), mais je ne désire pas poursuivre une énumération aussi triste que fastidieuse. Je me bornerai simplement à dire que le trac et moi faisons malheureusement trop bon ménage.
Comme nous venons de le voir, les manifestations du trac sont multiples et chaque instrumentiste peut les décrire facilement. Ce qu’il faut savoir, c’est que tous ses symptômes ont la même origine, la peur, mais qu’ils doivent être absolument séparés en deux groupes totalement distincts:
A) Les symptômes dits «psychiques»
B) Les symptômes dits «somatiques»
A) On entend par symptômes «psychiques», l’ensemble des manifestations qui se caractérisent par des états d’anxiété, de tension mentale comme la peur, l’insomnie, les états dépressifs, la perte d’appétit, la diminution du rendement intellectuel ou les modifications du comportement lors d’une prestation exposée, musicale ou autre.
B) On entend par symptômes «somatiques», l’ensemble des manifestations qui se produisent au niveau organique, c’est-à-dire, plus simplement, les symptômes présentant un caractère essentiellement physique, comme par exemple, l’augmentation de la fréquence des battements cardiaques, le cœur «qui bat la chamade», les diverses transpirations, les sécheresses de bouche, les diarrhées aiguës, les troubles respiratoires, les modifications parfois alarmantes de la tension artérielle...
Pour schématiser, on peut diviser les victimes du trac en trois catégories:
a) Ceux qui souffrent presque exclusivement de symptômes psychiques (cf A) ci-dessus).
b) Ceux qui souffrent presque exclusivement de symptômes somatiques (cf B) ci-dessus).
c) Ceux qui, constituant la plus grande majorité, associent, à des degrés divers, symptômes psychiques et symptômes somatiques.
Qui a le trac?
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