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La mort prématurée de l'ophicléide

Autrefois central dans les orchestres français, l’ophicléide céda la place au tuba, victime autant des institutions et du répertoire que de sa sonorité.
La mort prématurée de l'ophicléide

Le dernier et le plus bel instrument de musique de la famille que l’on appelait «cuivres à clés» était l’ophicléide qui fut florissant dans sa forme basse pendant la majeure partie du siècle dernier.

L’instrument basse en Ut mesure environ 105 centimètres de hauteur, mais se compose de deux tubes parallèles, un large, l’autre étroit, réunis par en bas. Le segment supérieur du tube large s’ouvre en pavillon, tandis que le tube étroit est muni d’une embouchure en forme de S, parfois elliptique, s’effilant en une embouchure, semblable à celle de l’euphonium. L’instrument comporte de neuf à douze clés, espacées régulièrement sur les tubes.

Les exemplaires existants sont habituellement en laiton, mais certains instruments connus sont en cuivre rouge ou argentés. On mentionne aussi quelques instruments en bois et sous cette forme on les appelle généralement «serpent-cléide».

L’ophicléide a été inventé en 1817 par le Français Halary et continuellement amélioré à la fois en Angleterre et en France jusqu’en 1860, date à laquelle MacFarlane, Newton et Carte firent breveter leur modèle avec clés normalement ouvertes. Cependant, il commença dès 1880 à tomber en désuétude en France, mais survécut un peu plus longtemps en Angleterre.

Il est intéressant d’imaginer, par pure supposition, les circonstances qui auraient permis à cet instrument de continuer à jouer un rôle acceptable dans la musique militaire et orchestrale.

Il faut tout d’abord examiner ce que l’on reprochait, à l’époque, à l’ophicléide et si les problèmes à résoudre étaient réellement insurmontables.

I. Intonation

On a toujours supposé par le passé que c’était là l’inconvénient majeur de l’ophicléide, supposition qui ne peut que ridiculiser la sensibilité des musiciens et des publics victoriens. Un bon instrument, joué par un musicien compétent est tout à fait acceptable. Ceci nous a été prouvé récemment par Alan Lumsden et par d’autres. L’accueil enthousiaste réservé à Ponder, Prospère, Caussinus et Hughes peut à peine être modéré par des doutes émis sur l’intonation. On ne peut pas en dire autant des solistes de l’ancien instrument à pistons qui précédait l’invention des dispositifs de compensation.

II. Timbre général

Il est intéressant de noter que la plupart des remarques qui déprécient cet aspect de l’ophicléide ont été écrites après sa disparition, par des gens qui ne l’ont probablement jamais entendu.

Cet instrument a été autrefois très en vogue, mais il a été progressivement et à juste titre mis au rebut car ses notes fausses, non musicales et coassantes sont pour le moins très désagréables. Employé dans l’orchestre, il peut être utilisé en remplacement du trombone basse, mais en tant qu’instrument solo, il serait simplement repoussant.

C’est là ce qu’écrivait le Professeur Kling dans l’édition américaine de 1902 de son «Orchestration et Instrumentation Modernes» («Modern Orchestration and Instrumentation»). Il était, de toute évidence, très favorable au tuba basse:

Cet instrument colossal a avantageusement remplacé l’ophicléide.

Le commentaire de Berlioz sur le taureau échappé de son étable (dans l’édition Bennett de son traité), qui suscita la citation sur le «boeuf chromatique» est davantage une condamnation des compositeurs d’opéras contemporains qui ont insisté sur de rapides passages solos pour l’ophicléide, qu’une critique du timbre de l’instrument.

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Brass Bulletin 43, III / 1983 pages 10–17

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