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Les cuivres à Rome

Les cuivres à Rome

Section des cuivres — RAI Symphony Orchestra of Rome: Carlo Ingrati, Gianni Mazzoni, Massimo Bartoletti, Alfredo Bellacini, Luciano Giuliani, Sandro Verzari, Anna de Francesco, Riccardo Interdonato, Renzo Brocculi, David Short, Stefano Aprile.

Il n’était pas dans mes intentions de réaliser une grande enquête sur la situation actuelle des cuivres en Italie. Néanmoins, en bavardant avec quelques musiciens de l’Orchestre symphonique de la RAI de Rome, il a été possible de dégager les grandes lignes de certains problèmes qui les préoccupent en ce moment.

Comme tous les musiciens de cuivres dans le monde entier, nos collègues italiens savent jouir de la vie. Ils connaissent les bonnes tables et les règles essentielles de la «combinazion», sans lesquelles on reste paumé dans ce pays, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la vie professionnelle.

J’avais demandé à David Short¹, trompette solo à l’Orchestre symphonique de la RAI depuis 10 ans, d’organiser une petite rencontre informelle avec ses collègues cuivres de l’orchestre.

En dégustant les délicieuses spécialités d’une de ces innombrables trattoria qui font de l’Italie un des paradis culinaires du monde, la discussion avec Renzo Brocculi, Anne DeFranchesco (trompettiste), Stefano Aprile, Gianni Mazoni (trombone basse), Sandro Verzari (trompettiste) et Massimo Bartoletti s’est animée...

Stefano Aprile²: Ce qui nous manque, en Italie, c’est une véritable culture musicale générale. Le pouvoir politique est totalement incompétent et n’a pas conscience de l’importance fondamentale de ce domaine culturel. C’est le chaos. Il y a ici des gens qui rigolent en voyant un étui de cor...

David Short: C’est tellement vrai! Par exemple la RAI [qui occupe des musiciens dans tout le pays] cherche à se débarrasser de ses orchestres en bloquant les situations professionnelles. Les salaires sont maintenus à leur niveau le plus bas, ce qui rend le recrutement particulièrement difficile et fait baisser la qualité des orchestres.

Gianni Mazoni³: D’accord, la situation est réellement difficile, mais on ne peut pas ignorer la situation économique déplorable qui règne dans le pays. En Italie il y a environ 20 orchestres professionnels. Pour les maintenir, il faut de l’argent. Alors que faire s’il n’y en a pas? Autre chose: on a employé le mot «incompétence» en parlant des autorités politiques et culturelles, c’est juste, mais cette incompétence règne également au niveau des institutions spécifiquement musicales. Trop de bons musiciens jouant activement leur instrument ne peuvent obtenir de poste d’enseignement, bloqués que sont ces postes par des «musiciens» ne pouvant ou ne sachant pratiquer dans un orchestre. On voit d’ici ce que cela donne au niveau des jeunes élèves...

The David Short Brass Quintet. Stefano Aprile, Massimo Bartoletti, David Short, Renzo Brocculi, Carlo Ingrati.

The David Short Brass Quintet. Stefano Aprile, Massimo Bartoletti, David Short, Renzo Brocculi, Carlo Ingrati.

Stefano Aprile: Il y a dix ans encore, un musicien en Italie gagnait le salaire, mettons, d’un général. Aujourd’hui, il doit se contenter de celui d’un capitaine. Notre pouvoir d’achat baisse de plus en plus. Il est impossible de vivre à Rome avec le seul salaire qu’offre l’orchestre. Mon cas personnel est celui d’un privilégié: je suis Romain et bénéficie de l’habitat familial. Mais celui qui vient de l’extérieur pour entrer à l’orchestre se heurte à de sérieuses difficultés économiques. Il lui faut travailler en plus, donner des leçons privées, enseigner dans une institution, travailler au cachet, faire de la musique de chambre, etc. les journées deviennent courtes...

Massimo Bartoletti⁴: Mon cas est typique aussi. Je joue à l’orchestre et j’enseigne, mais il m’est impossible de vivre de l’un ou de l’autre. Figurez-vous que nos hautes autorités culturelles ont imaginé des «solutions» qui vont à l’encontre du bon sens et qui pourraient même être le coup de grâce de toute vie musicale professionnelle en Italie: pour augmenter les postes de travail, ils envisagent tout simplement d’interdir le cumul «orchestre-enseignement». On sera tous dans la dèche... Nos syndicats sont impuissants et mal structurés. Ils ne parviennent même pas à obtenir les réajustements salariaux élémentaires.

Renzo Brocculi⁵: [il se fend d’un large sourire] Mon histoire est toute simple. Je n’ai qu’à vous donner mon agenda hebdomadaire: j’assume mes services à l’Orchestre de la RAI du mardi soir au samedi soir. La nuit du samedi, je rentre chez moi à Cesena, à 350 kilomètres de Rome. Le dimanche est consacré à ma famille. Le lundi, j’enseigne au Conservatoire de Pesaro à 70 km de là. Je quitte Pesaro le mardi vers midi pour être à Rome pour la répétition de 20 heures... et ça recommence!


Que gagne un musicien à l’Orchestre symphonique de la RAI de Rome en 1983? (Salaire mensuel)

  • Jeune musicien débutant (1er pupitre): env. 800 000 Lires (env. $ 500.00)
  • après 30 ans de service: env. 1 300 000 Lires (env. $ 840.00)
  • 2ᵉ pupitre: env. 700 000 Lires (env. $ 400.00)

On l’a vu, la vie n’est pas facile pour ces musiciens. Mais ils sont heureux, enthousiastes, bons vivants. Ils restent des artistes dont la nourriture fondamentale est la musique qu’ils ont dans le sang. Tous se démènent comme de beaux diables pour tirer leur épingle du jeu. Quelle santé!

Les «autorités incompétentes» ont bien de la chance d’avoir dans leur bon peuple des musiciens pour lesquels la musique est bien plus importante que la quiétude et le bien-être sociaux!

Luciano Giuliani

Luciano Giuliani

Luciano Giuliani est un corniste doué comme c’est pas permis. Il allie parfaitement une technique exceptionnelle et une profonde musicalité. Il est né en 1945 à Forli. A dix-huit ans, il obtient son diplôme «à l’unanimité» au Conservatoire G.B. Martini de Bologne. Il remporte de nombreux concours nationaux pour le poste de cor solo: Scala de Milan, Théâtre de l’Opéra de Rome. Il est actuellement cor solo à l’Orchestre symphonique de la RAI et enseigne au Conservatoire Ste-Cécile de Rome.

Le Nouvel Ensemble polyphonique de Trompettes - Rome

Ce nouvel ensemble de trompettes est entièrement constitué par de jeunes et talentueux trompettistes italiens qui ont fait leurs études avec le Maestro Sandro Verzari. Ce dernier est le directeur de l’ensemble. Il est co-soliste de l’Orchestre symphonique de la RAI à Rome.

Le bagage musical commun donne une «sonorité» homogène impressionnante, mais indispensable à l’ensemble. En présentant un programme d’œuvres allant du XVIᵉ au XIXᵉ s., le N.E.P.T.R. souhaite changer l’opinion encore fortement ancrée dans le public italien que la trompette est plutôt un instrument militaire que musical.

Célébré avec enthousiasme par le public et par la presse dans les différentes régions d’Italie où il s’est produit, cet ensemble unique prépare actuellement un disque commercial qui sera lancé vers la fin de cette année.

The New Polyphonic Trumpet Ensemble — Rome. Mauro Marcaccio, Patrizio Felici, Guido Pezzotti, Mario Colombi, Sandro Chic...

The New Polyphonic Trumpet Ensemble — Rome. Mauro Marcaccio, Patrizio Felici, Guido Pezzotti, Mario Colombi, Sandro Chicarella, Giuseppe Mascali, Roberto Pietrolini, Loreto Cardarelli, Giovanni de Cillis, Gianluca Impei, Marco Boncompagni, Carlo A. Campana. Direttore: Sandro Verzari.

Carlo Ingrati

Carlo Ingrati

Carlo Ingrati est né en 1947 à Falciano. Il a étudié avec le Prof. R. Citro. Membre de l’orchestre symph. de la RAI de Rome et du quintette de cuivres David Short. Il est très sollicité par les studios d’enregistrement de la capitale.

¹ David Short, trompettiste américain, est un ancien élève de Louis Davidson à l’Indiana University de Bloomington (Nous le présenterons prochainement en tant que compositeur). D.S. s’est totalement assimilé à la vie romaine et à l’Italie et ne songe plus à quitter ce pays dont il va prochainement adopter la nationalité. Son quintette de cuivres, dont il alimente lui-même le répertoire par des œuvres ou des arrangements très originaux, jouit déjà d’une réputation flatteuse et grandissante en Europe. D.S. a le mérite d’avoir apporté en Italie ses connaissances acquises aux Etats-Unis, en en faisant largement bénéficier ses amis, réanimant ainsi indirectement la technique et le jeu des cuivres dans la péninsule.

² S.A. est né à Rome en 1957. Il a étudié avec Domenico Ceccarossi et obtenu son diplôme au Conservatoire Ste-Cécile de Rome. Il commença sa carrière de soliste très jeune, enregistrant pour la radio et la télévision italienne. Il est premier cor à l’Orchestre symph. de la RAI de Rome. Membre du quintette David Short.

³ G.M. est trombone basse à l’Orchestra symph. de la RAI de Rome.

⁴ M.B. est considéré comme l’un des plus talentueux trompettistes de la nouvelle génération italienne. Il exerce son art dans les secteurs les plus divers de la musique, de l’Orchestre symph. de la RAI, au big band, à la musique de chambre, etc. Il est également membre du quintette David Short. En 1972 il obtint son diplôme au Conservatoire Ste-Cécile de Rome après avoir étudié avec le prof. Fulvio Meldini. Il gravite également comme improvisateur dans les cercles les plus cotés du jazz italien. Il enseigne la trompette au Conservatoire de Pérougia.

⁵ R. B. est un véritable musicien ambulant! Il vit la plus grande partie de sa vie dans une camionette-caravane subtilement aménagée. Il est né en 1946 à Borghi. Diplômé du Conservatoire G. Rossini de Pesaro (Prof. G. Franchi).

Brass Bulletin 43, III / 1983 pages 18–24

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