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Editorial

Editorial

Depuis 25 ans, en même temps que l'avant-garde s'enfermait dans un hermétisme pseudo-scientifique, les musiciens se réfugiaient dans le passé en faisant surtout revivre l'époque glorieuse du Baroque. On peut affirmer que ce dernier quart de siècle nous a révélé 450 ans de l'histoire des cuivres et que nous en savons infiniment plus que nos devanciers.

Les compositeurs, eux, après avoir créé des architectures sonores absolument géniales, avaient fait main basse sur les différents folklores*, et cela dès l'âge classique, les vouant à une disparition presque totale, à laquelle, fort heureusement, s'oppose la tendance actuelle du revival. Aujourd'hui ils organisent des musiques de plus en plus contraignantes, de plus en plus artificielles (comme la société elle-même tend à organiser nos vies), musiques d'où toute joie et toute spontanéité sont absentes**.

Il est grand temps que nous autres musiciens nous tentions de faire le point.

C’est dans cet esprit que Brass Bulletin voudrait aborder les années 1980, en lançant un pressant appel à la nouvelle génération, puisque c'est elle qui façonnera l'avenir. C'est à elle qu'il appartient en priorité d'observer et de critiquer le monde des adultes dans lequel elle est contrainte de s'intégrer et de vivre, à moins qu'elle ne choisisse de s'en évader. Les jeunes doivent mieux comprendre les mécanismes de l'évolution afin d'être en mesure, lorsqu'ils parviendront à leur tour à l'âge adulte, de changer, d'améliorer ou de rejeter les valeurs traditionnelles. Le regard des nouveaux arrivants est porteur d’un immense espoir.

Les musiciens adultes, quant à eux, ont à lutter contre la sclérose mentale, contre la routine pétrifiante et contre la certitude d'être dans le vrai. Il faut éviter que la famille des cuivres soit tenue en laisse par des «mandarins», ces personnages qui font triompher leurs opinions en toutes circonstances, empêchant ainsi les échanges et freinant l'évolution. Chaque musicien a intérêt à mettre à jour ses connaissances, à remettre ses idées en question et à les confronter avec celles des autres. Bref, il faut qu'il fasse tout son possible pour rester vivant!

Il lira donc avec profit les résultats de la grande enquête que nous allons mener auprès de la jeunesse, en commençant par donner la parole aux étudiants jouant d'un instrument de cuivre amateurs ou professionnels, afin qu'ils nous envoient leurs critiques et leurs suggestions au sujet

— de l'enseignement (relations maîtres-élèves)

— de la littérature (enseignement, concert, orchestre)

— des tendances musicales des cuivres (Baroque, «Brass Band», jazz, variétés, avant-garde, etc.)

— des institutions (conservatoires, académies, écoles, etc.; associations, corporations, syndicats, etc.)

— de l'équipement (instruments, etc.)

aux jeunes musiciens professionnels qui cherchent un emploi dans un orchestre: qu'ils nous envoient leurs critiques et leurs suggestions au sujet

— du système des mises au concours (invitations, auditions, etc.)

— de la responsabilité des enseignants, des institutions, etc. (valeur des diplômes, préparation au métier, etc.)

— de l'équipement

aux musiciens de cuivres qui se destinent à l'enseignement

Qu'ils nous envoient leurs critiques et leurs propositions au sujet

— des conditions d'engagement dans les institutions

— des programmes d'enseignement

— du système général

— de l'équipement

aux musiciens de cuivres qui viennent de commencer leur carrière de musiciens d'orchestre

Qu'ils nous envoient leurs critiques et leurs propositions au sujet

— de leurs relations avec les «anciens» cuivres de l'orchestre

— des conditions générales de travail

— de l'équipement (choisi ou imposé)

et qu'ils nous disent si, à leur avis, il existe ou non un rapport entre l'enseignement reçu et la réalité pratique.

aux cuivres amateurs

Qu'ils nous envoient leurs critiques et leurs propositions au sujet

— de la situation des jeunes musiciens de cuivres non professionnels

— de la littérature qui leur est accessible

— des perspectives de développement de la musique pour amateurs

— des institutions musicales réservées aux amateurs.

Les meilleurs articles seront publiés intégralement et leurs auteurs récompensés de la manière suivante:

  1. publication d’un portrait de présentation (texte et photographie) sur une page complète dans Brass Bulletin
  2. bon d'achat de 200 francs suisses aux Éditions BIM pour de la littérature (partitions à l’usage des cuivres)

La rédaction publiera des articles en utilisant des extraits de textes de différents auteurs qui se recoupent (chaque extrait sera attribué nommément à son auteur).

La rédaction choisira les articles en fonction de la qualité de la critique et de l'originalité des suggestions. Elle se réserve le droit d'éliminer les textes ou les passages dont le contenu serait offensant ou blessant pour autrui.

Les jeunes musiciens intéressés par cet appel sont invités à nous envoyer leurs textes au plus tôt, sans trop se soucier de la qualité de leur rédaction: s'il y a lieu, nous ferons les corrections nécessaires.

J’espère que cette initiative permettra de mieux comprendre l'environnement musical dans lequel vivent les musiciens et que la vision qu'a la jeunesse de l'establishment du monde des cuivres provoquera un échange constructif d'idées et de valeurs.

JPM

*De la même façon, par exemple, que lorsqu'un cuivre professionnel se sert aujourd'hui du cor des Alpes pour faire carrière. Il surclasse tellement les bergers et les paysans sur le plan technique qu'ils en font un véritable complexe et qu'ils n'oseront bientôt plus souffler dedans...

**Les musiciens de jazz n'ont guère subi de meilleur sort: l'enveloppe a étouffé le contenu, les institutions se sont emparées de cette musique tonique, exaltante et l'ont entièrement académisée, structurée. La musique de jazz a été dominée par une industrie qui sait l'exploiter et l'injecter à une jeunesse asservie, soumise.

Brass Bulletin 29, I / 1980 pages 13–15

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