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Spécial Finlande

Editorial

Editorial

Leena Heikkilä, Pasi Pirinen, Juha Salmela, Aki Välimäki

Lorsqu’on survole la Finlande, on a l’impression que le monde s’est disloqué et que des milliers d’îlots sont à la dérive.

En parcourant le pays (le cinquième de l’Europe en superficie) et en s’entretenant avec les gens, on ressent un mouvement inverse: ces quatre millions et demi de Finlandais dispersés (malgré une forte concentration à Helsinki et dans le sud du pays en général) aux quatre coins d’une immense contrée sauvage ne ménagent pas leurs efforts pour préserver leur autonomie artistique tout en s’ouvrant au monde et en triant ce qu’il peut leur apporter de complémentaire.

La configuration géographique a contraint les autorités à développer un système d’irrigation culturelle très particulier afin que les plus isolés puissent eux aussi recevoir le message désiré. Il en est de même dans le domaine musical.

Grâce au développement spectaculaire de la qualité de l’enseignement durant ces quinze dernières années, le statut social du musicien finlandais s’est considérablement amélioré. Il se situe aujourd’hui dans le haut de la classe moyenne.

Les orchestres offrent une pause estivale de deux à trois mois à leurs musiciens, peut-être en raison du climat rude qui règne dans cette région et qui nécessite une récupération physique et psychique plus grande durant la belle saison.

Depuis quelques années, il s’est formé des guildes finlandaises (env. 300 trompettistes, 200 cornistes et 200 trombonistes et tubistes) indépendantes des guildes américaines (mais quelques membres de chaque corporation font également partie de ces dernières, histoire de rester informés).

Peu à peu les «grandes vacances estivales» ont favorisé les rassemblements éducatifs. Les cours d’été se sont imposés et sont devenus populaires en Finlande peut-être encore plus qu’ailleurs parce qu’ils permettent de réunir des gens dispersés le reste de l’année et de leur offrir un enseignement plus intense et de meilleure qualité que celui qu’ils reçoivent parfois dans les endroits reculés où ils vivent le reste du temps.

Les cuivres en Finlande ont su s’unir en soignant l’amitié, en échangeant leurs connaissances et leurs expériences, créant ainsi un lieu privilégié où la musique se pratique sans contrainte, comme une langue vivante, qui permet aux humains de s’élever grâce au raffinement continuel de leur conscience artistique.

BRASS BULLETIN est d’autant plus heureux de présenter nos amis musiciens finlandais dans ce numéro spécial que leur situation géographique nous en tient fort éloignés.

Je remercie toutes celles et ceux qui m’ont aidé à saisir la dimension si particulière de la vie dans ce pays.

Anni Muikku, Erkki Eskelinen

Anni Muikku, Erkki Eskelinen

Les Semaines des cuivres de Lieksa

Le Festival de musique de chambre de Kuhmo, petite ville voisine de Lieksa s’est acquis une renommée internationale.

— Et pourquoi ne pas entreprendre quelque chose de semblable chez nous à Lieksa? se dit Erkki Eskelinen, le directeur de l’Ecole de Musique du district de Lieksa (500 élèves, 40 professeurs représentant tous les instruments).

De loin il observe le développement extraordinaire de Kuhmo, note les erreurs à éviter et s’emploie à créer une infrastructure favorable à ses projets à Lieksa (19’000 habitants avec les environs).

En 1979 a lieu une planification destinée à développer le tourisme dans la région de Lieksa. Erkki Eskelinen y participe comme animateur musical et collabore avec Anni Muikku, à l’époque secrétaire au tourisme. Le noyau des Semaines des Cuivres de Lieksa s’en trouva créé et les choses allaient se concrétiser dès 1980.

La ville offre un subside et met à disposition les locaux de l’Ecole de Musique et quelques secrétaires durant la manifestation. Les différents responsables des Guildes finlandaises de cuivres soutiennent immédiatement le projet, offrent un encadrement professionnel (solistes, enseignants, spécialistes de la musique de chambre, etc.) et permettent l’établissement de contacts internationaux. Dès lors le développement des Semaines de cuivres de Lieksa sera spectaculaire.

En 1982, l’Etat finlandais, décelant la qualité et le sérieux de l’initiative, l’ouverture sur le monde qu’elle provoque et le haut niveau musical qu’elle défend, officialise l’entreprise et accorde également un subside.

L’Académie de Musique «Sibelius» de Helsinki, consciente du relief de l’initiative, organise, coopère et finance désormais l’organisation des cours de maîtres.

Les pionniers

Simo Kanerva (tb), Timo Mäkinen (tp), Erkki Karjalainen (tp), Timo Ronkainen (cor) et Pertti Kulku (tp) sont en quelque sorte les pionniers de l’initiative de Erkki Eskelinen.

— En Finlande, tout le monde connaît tout le monde. Lorsqu’il a lancé son affaire, Erkki Eskelinen nous a téléphoné à Helsinki parce qu’il savait que nous avions déjà de l’expérience dans l’enseignement et dans la pratique de la musique de chambre. Les guildes de trompettes et de cors étaient déjà créées et organisées et avaient déjà invité des artistes étrangers (surtout les cornistes).

A Lieksa tout s’est mélangé et de fait la petite cité est devenue la capitale finlandaise des musiciens de cuivres, le lieu privilégié de leurs échanges et de leurs contacts professionnels. La cité d’accueil où leurs collègues étrangers viennent leur apporter la perspective internationale.

Buts fondamentaux

Le but principal des Semaines des Cuivres de Lieksa est de favoriser et de développer au plus haut niveau possible, la pratique de la musique instrumentale et de chambre en Finlande.

Les organisateurs cherchent à inviter les grands maîtres étrangers afin d’offrir un échantillonnage aussi large que possible aux étudiants et aux maîtres finlandais qui les encadrent à Lieksa. Les étudiants étrangers sont les bienvenus, mais leur présence ne représente pas la préoccupation essentielle des organisateurs.

Développements prévus

Les prix des cours sont très bas, parce qu’on favorise les inscriptions. Toutefois le nombre de participants (env. 100) et de professeurs (env. 15) ne pourra pas être augmenté. Les ressources économiques et l’infrastructure sont tout de même limitées. A l’avenir il faudra donc logiquement s’attendre à des écolages ajustés à la valeur de l’enseignement prodigué.

En principe on va désormais garder la même formule en prenant soin de changer les «menus» grâce à de nouvelles idées. En 1986, par exemple, c’est la musique de jazz qui sera en vedette. A l’étude également, un concours annuel pour les cuivres (en alternant chaque année les instruments), avec un prolongement international éventuel en cas de succès.

Erkki Eskelinen s’inquiète de trouver la formule adéquate pour que les concerts soient encore mieux fréquentés par le public local et touristique. Sans parler de l’auto-financement bénéfique que cela représenterait, cette adhésion populaire compléterait avec bonheur la réputation de ces manifestations. Elle commence d’ailleurs déjà à se manifester.

A part les cuivres prestigieux invités à Lieksa, on trouve des fanfares (brass bands) ou des harmonies d’Allemagne, d’Angleterre ou d’ailleurs qui donnent de charmants concerts populaires en plein air pour le plus grand plaisir des amateurs du genre, assez nombreux en Finlande.

L’initiative d’Erkki Eskelinen et de l’équipe qui l’entoure, est exemplaire et mérite une visite, d’autant plus que la contrée est d’une grande beauté. C’est une région où les vacances s’harmonisent avec un recyclage professionnel bénéfique.

Deux adresses clés:

Lieksa Brass Week
Koski-Jaakonkatu 4
SF-81700 Lieksa
☎ 75-20359

City Tourist Office
PL 41
SF-81701 Lieksa
☎ 75-20500

Leena Heikkilä, Pasi Pirinen, Juha Salmela, Aki Välimäki

Leena Heikkilä, Pasi Pirinen, Juha Salmela, Aki Välimäki

Conversation

Que signifient les «Semaines des Cuivres de Lieksa» (1985) pour de jeunes musiciens finlandais?

C’est la question que j’ai posée à:

Aki Välimäki (désigné plus loin par AV), 2ᵉ participation, 1ᵉʳ tp à l’Orchestre symphonique de Helsinki.

Pasi Pirinen (PP), tp, 3ᵉ part., 16 ans, étudiant à l’Académie Sibelius de Helsinki.

Leena Heikkilä (LH), 5ᵉ part, 3ᵉ cor à l’Orchestre symph. de Kuopio et enseignante.

Juha Salmela (JS), tuba, 4ᵉ part., élève de la classe professionnelle de Raimo Pesonen à l’Académie Sibelius de Helsinki.

LH: Lieksa, c’est chaque année différent!

AV: C’est vrai, beaucoup de choses se passent ici, peut-être même trop... J’ai apprécié les cours de maîtres et j’ai appris beaucoup de choses. Les problèmes techniques et musicaux sont toujours clairement présentés et bien travaillés.

Dans le temps, les élèves étaient timides, presque timorés. Ce qui me frappe avec les maîtres de cette année (1985) c’est qu’ils nous mettent particulièrement à l’aise et que tout le monde a envie de jouer.

L’absence accidentelle de Guy Touvron nous a fait découvrir Richard Giangiulio qui a su nous captiver.

Les Semaines des Cuivres de Lieksa sont l’évènement estival le plus important des cuivres finlandais qui peuvent y cotoyer leurs collègues étrangers. De nos jours, l’aspect technique est un problème que l’on analyse avec clairvoyance partout dans le monde, mais ce qui est important pour nous ici, c’est l’approche musicale différente que nous proposent nos collègues étrangers et qui nous pousse à la réflexion.

Le niveau moyen des participants s’est considérablement amélioré ces dix dernières années.

LH: Je pense qu’il était très judicieux d’avoir invité un quintette de cuivres. L’éventail instrumental est ainsi complet pour la musique de chambre et pour les cours de maîtres.

PP: C’était très intéressant que les invités soient Français cette année.

JS: C’est surtout la personnalité des musiciens qui diffère. Les thèmes techniques et musicaux sont toujours un peu pareils. Les Français du Quintette de Guy Touvron semblent porter l’accent sur une musicalité sensible et subtile.

LH: Oui, Michel Molinaro par exemple nous a présenté une oeuvre française et la manière française de l’aborder et de la jouer.

JS: C’est passionnant de passer d’une conception à l’autre. Le trompettiste anglais John Miller, qui vient régulièrement à Lieksa nous fait travailler par groupes de différentes formations, soit pour la musique de chambre, soit pour le travail de registre d’orchestre. On s’équilibre entre instruments, on discute des styles.

LH: Tout cela est effectivement très positif mais, et nous en avons discuté entre étudiants, il y a presque trop de choses à apprendre en trop peu de temps.

PP: Personnellement, j’apprécie beaucoup les cours de maîtres. On y soulève des problèmes que tout le monde peut observer et étudier.

LH: C’est vrai, mais pour moi, les leçons particulières sont nettement plus efficaces.

BRASS BULLETIN: Comment vous situez-vous par rapport au cuivres des autres pays, ou autrement dit, comment établissez-vous ces comparaisons?

PP: Le témoignage des maîtres étrangers est essentiel. M. Giangiulio, par exemple, nous a assuré que notre niveau était égal à celui que l’on rencontre dans les autres pays et que nos problèmes sont les même qu’ailleurs... Mais nous sommes si timides...

LH: Dans cette optique, les rencontres de Lieksa nous ont considérablement fortifiés. Nous avons pris confiance en nos propres possibilités. Nous en sommes reconnaissants à Erkki Eskelinen.

Structures de l’enseignement de la musique en Finlande

Il existe une centaine d’Ecoles de musique soutenues par les communes et qui offrent l’enseignement élémentaire et moyen. Elles sont réparties dans tout le pays.

Pour les élèves qui poursuivent leurs études (dès 16 ans et plus) et qui briguent un diplôme d’enseignement (par exemple pour travailler dans les écoles de musique mentionnées ci-dessus), il existe dix conservatoires nationaux: Helsinki, Joensuu (école pour musiciens d’orchestre), Kokkola (école pour musiciens d’orchestre), Turku, Lahti, Jyväskylä, Tampere, Kuopio, Oulu, Pietarsaari (conservatoire en langue suédoise).

Enfin l’enseignement professionnel de haut niveau est dispensé exclusivement à l’Académie Sibelius de Helsinki. Cette institution a été fondée en 1882 (fondation privée) et étatisée en 1980; il y a actuellement env. 700 à 800 élèves et 250 professeurs).

Indépendamment de cette structure civile, il existe l’Académie de musique militaire de Helsinki, dont le rôle a longtemps été prépondérant dans le domaine particulier des cuivres.

La Finlande s’est donnée une excellente structure d’enseignement musical, sur tout le réseau national.

Brass Bulletin 53, I / 1986 pages 29–35

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