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Autour du Cor

Hambourg 1982

Autour du Cor

C’est sous ce mot d’ordre que l’Association hambourgeoise des chasseurs a exposé 150 cors et instruments de la même famille dans ses locaux du 4 au 17 novembre 1982. Disons-le d’emblée: ce fut un grand succès. Tout visiteur un peu réceptif et qui connaissait quelque chose au sujet pouvait apprendre tout ce qui concerne le cor depuis son origine jusqu’à ce jour.

Pour marquer cette occasion, si importante pour l’histoire de l’art, l’Association nationale (d’Allemagne de l’Ouest) a publié une brochure spéciale, préfacée par son nouveau président, le Docteur Gerhard Frank. Le plus long des quatre articles, intitulé Vom Jägerhorn zum Waldhorn (du cor de chasse au cor d’orchestre) est du Dr Kurt Birsack de Salzburg. Avec ses nombreuses illustrations et ses détails très fouillés sur la facture des cors anciens, cet article témoigne des très hauts critères fixés par les exposants pour eux-mêmes et leurs visiteurs. Le premier article aussi, Zur Geschichte des Jagdhorns (Sur l’histoire du cor de chasse) par Manfred Hein, membre de l’Association des chasseurs de Hamburg, à l’initiative de qui l’on doit tout cet événement, aide le lecteur à comprendre les objets exposés datant des débuts du cor. Il faut aussi mentionner Die Naturgeschichte des Hörnerschalles (l’Histoire naturelle du son du cor) de Walter Onken de Hamburg qui traite des lois physiques des partiels et des harmoniques, ainsi que de l’acoustique interne des différents cors. Cet article très instructif est aussi précédé d’une esquisse musicale de Goethe, reproduite ici, qui conduisit beaucoup de visiteurs à faire cette observation: «Eh bien, pourquoi Goethe ne se serait pas lui aussi trompé?», jusqu’à ce que l’on indique la clef de soprano et que la soi-disant faute de Goethe soit immédiatement rétablie...

Passons maintenant à l’exposition elle-même. En utilisant le catalogue (gratuit), on pouvait suivre d’une époque à l’autre comment se jouaient les divers instruments, par exemple les cors en argile du Pérou il y a 1500 ans, les trompes tibétaines faites d’os de bras humains, les lurs dans les pays germaniques à l’âge du bronze et les cornes de bélier (le shofar encore en usage aujourd’hui) en Israël. On pouvait aussi voir une copie moderne d’oliphant, cor utilisé par Roland, neveu de Charlemagne, des cors traversiers, des cornes d’antilopes et de cerf d’Afrique, un cor de chasse péruvien fait avec la queue d’un tatou, une trompette militaire en bois du Brésil en forme de massue, des trompettes de temples tibétains et un cor canadien fait d’écorce de bouleau gravé servant à rassembler les élans.

Cor de concert avec cylindres, de Riedl, Graslitz, vers 1875

Cor de concert avec cylindres, de Riedl, Graslitz, vers 1875

Les cors de chasse occupaient la première place. Depuis la trompe (Pareforce) en Ré, originale du XVIIIᵉ s. et le cor de Dampierre à un seul enroulement, jusqu’au délicat cor de chasse pour dames, ouvragé en argent (Angleterre, XIXᵉ s.), on pouvait voir une abondance de cors naturels et de trompes de chasse de France, d’Allemagne et bien sûr de Bohême. Des cors naturels contemporains, provenant pour la plupart d’ateliers allemands, des cors Fürst Pless et un vieux cor en demi-lune du Sauerland permettaient de voir comment s’était conservé en Allemagne l’art de sonner le cor de chasse.

Développement du clairon d’infanterie, Prusse, à partir de 1840 environ

Développement du clairon d’infanterie, Prusse, à partir de 1840 environ

Il y avait, comme curiosité, des cors de poste, de fiacre, de voiture de pompiers, ainsi que des cors d’infanterie et des trompettes de fanfare et de cavalerie de toute l’Europe. L’un des cors de fiacre porte l’emblème de la couronne d’Angleterre et provient de Buckingham Palace; c’est un cadeau personnel du Prince Philip à son propriétaire actuel qui l’a prêté pour l’exposition. Il ne faut pas non plus oublier ces cors avec clés et trous, certains un peu ridicules comme la fingerpipa (Suède), le cornet soprano, ce crono muto, puis le serpent menaçant, un cor en Do à clés et enfin un cor basse à clés monumental, l’ophicléide. De splendides et anciens cors de concert des alentours de 1800 avec leurs coffret de bois et jusqu’à sept tons de rechange (de France, d’Autriche et d’Allemagne); un cor combiné (1844) avec deux pistons de Stöltzel; ainsi qu’un cor viennois du XIXᵉ s. dans une reconstitution moderne de Yamaha: tout cela nous fit remonter aux débuts du cor de concert. Des instruments modernes d’Alexander et Finke, ainsi que l’intéressant double cor de Lehmann de Hambourg, copié par Lindl à Brno, bouclaient cette section de l’exposition.

Il était permis d’essayer les instruments (ici Michael Höltzel devant quelques jeunes gens).

Il était permis d’essayer les instruments (ici Michael Höltzel devant quelques jeunes gens).

Il faut mentionner tout particulièrement le cor de Kuhlo, bugle circulaire en Sib, qui occupait une petite place, mais selon moi très importante, dans cette exposition. Cet instrument du Posaunenchor allemand, avec sa sonorité merveilleusement douce, à mi-chemin entre le cor et la trompette, fut autrefois l’instrument soprano et alto par excellence des Posaunenchöre, situation rare aujourd’hui, hélas, maintenant qu’il a été chassé par la trompette à pistons moins coûteuse et par comparaison plus criarde.

Cor de concertiste de Guichard, Paris, vers 1844

Cor de concertiste de Guichard, Paris, vers 1844

Les vedettes de l’exposition étaient le cor en porcelaine hollandais et le délicieux cor français combiné déjà mentionné qui était aussi la seule pièce exposée dont pouvaient se délecter ceux qui n’avaient pas pu visiter d’exposition, mais avaient au moins pu se procurer le catalogue. Son pavillon richement peint ornait en effet la couverture de ce dernier, invitant tous les amoureux du cor à visiter cette remarquable exposition. Un point digne d’être souligné est que ces instruments n’étaient pas simplement exposés, mais étaient disponibles pour être «touchés» et essayés. Il y avait non seulement des représentations à certaines dates, y compris deux matinées de très grande qualité, mais les visiteurs pouvaient aussi jouer eux-mêmes d’un certain nombre d’instruments. Des experts étaient aussi constamment disponibles, dispensant des informations, répondant aux questions et conduisant les visites. Cela créait un contact étroit entre l’exposition et ses visiteurs.

Cor de chasse (court) et cor de chasse de dame (Angleterre)

Cor de chasse (court) et cor de chasse de dame (Angleterre)

Il serait trop long d’énumérer tous les collectionneurs, les musées, les sociétés et institutions qui avaient prêté leurs instruments. Sans ce généreux soutien, l’exposition n’aurait jamais pu avoir lieu.

Corne de buffle avec pavillon métallique et garniture, Angleterre, vers 1900

Corne de buffle avec pavillon métallique et garniture, Angleterre, vers 1900

L’aspect le plus surprenant est qu’une exposition culturelle et historique d’une telle qualité ait été organisée non, comme on pourrait s’y attendre, par des spécialistes en musique, mais par des chasseurs. Personne n’aurait pu penser qu’il y eût parmi les joueurs de cors de chasse (dont le nombre est estimé à 40 000 en Allemagne de l’Ouest), qui mènent leur vie à la lisière du «monde des cuivres», des spécialistes aussi qualifiés pour concevoir et organiser un tel événement. J’aimerais exprimer mes compliments à l’Association hambourgeoise des chasseurs en tant qu’organisateurs et à l’Association nationale en tant qu’éditeurs de la brochure.

Brass Bulletin 44, IV / 1983 pages 16–21

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