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Brass Bulletin 44, IV / 1983 page 38–42 · 4 min. de lecture

Le coup de langue

Un mouvement de langue réduit au minimum transforme vitesse, endurance et clarté, jusqu’à faire de l’articulation l’un des outils les plus subtils du trompettiste.
Le coup de langue

Louis Davidson

Une bonne maîtrise du coup de langue simple dépend de sa fulgurance. En effet, plus il est court, plus la langue peut articuler rapidement (le mouvement lent de la langue engendre une certaine mollesse indésirable); moins l’énergie dépensée est grande, ce qui réduit de beaucoup la fatigue de la langue, et moins la langue risquera de «dérailler», permettant ainsi une plus grande précision.

Un facteur extrêmement important de la technique du coup de langue, c’est le soutien incessant du souffle, le flux d’air continu — comme pour tenir une longue note — qui doit être à la base de toutes les notes articulées. La sensation physique de cette technique peut être ressentie sans l’instrument, en fredonnant en une seule émission de voix une série de «du» — «dududududu». L’emploi de la syllabe «du» plutôt que le «tu» conventionnel à ce stade est très important pour développer cette technique, car le «du» se prête le mieux au coup de langue rapide. L’effet sera celui d’une série d’articulations superposée à une longue tenue. Comme pour l’attaque, le point de contact de la langue se fera à la jonction des dents avec la ligne des gencives de la mâchoire supérieure (ceci pour la majorité des musiciens).

Lors de cette expérience vocale, la langue, en articulant une série de «du», restera très près des dents; le mouvement de la langue sera minimal, il n’y aura quasiment pas de sensation de mouvement à la base de la langue. De manière idéale, lorsque la langue et le souffle sont utilisés correctement, il ne devrait pas y avoir de signes visibles d’un quelconque mouvement de la langue dans la bouche, pas plus qu’en faisant une longue tenue. A l’ouïe, l’effet produit devrait être celui d’un son continu et fluide. Généralement, des crispations faciales trahissent les mouvements de la langue lorsque ceux-ci sont trop laborieux.

Le musicien qui a ce problème de crispation, travaillera efficacement devant un miroir; il peut alors voir ces crispations en même temps qu’il les sent, et, en raccourcissant autant que possible ses mouvements de langue, pourra les réduire grandement si ce n’est les éliminer totalement.

A partir de là, le musicien peut commencer à travailler cette technique sur l’instrument, en tâchant de garder la même sensation physique qu’il avait ressentie en faisant les exercices vocaux.

Il choisira un registre tonal, une dynamique et un tempo agréables — pas trop aigu ni trop grave, pas trop fort ni trop doucement, pas trop vite ni trop lentement. Ici encore, comme pour les exercices vocaux, seule la syllabe «du» doit être utilisée, car elle permet de garder la langue près des dents, raccourcissant ainsi le coup de langue au maximum et elle encourage en outre le support du souffle.

Une fois que le joueur a atteint une certaine facilité et régularité dans cette technique, il devrait commencer à développer graduellement une articulation plus forte et plus pointue. En fait, il s’agit simplement d’intensifier légèrement le «du» que le musicien a exercé pour raccourcir le coup de langue. Ce «du» devrait maintenant être articulé avec un peu plus de dureté et de vigueur pour en arriver finalement, par plusieurs étapes, passant d’un «tu» s’intensifiant de plus en plus, au «tu» dur, syllabe de loin la plus fréquemment utilisée. Normalement le joueur ne devrait pas avoir de difficulté à passer du «tu» encore mou au «tu» dur, et il devrait être capable de les jouer tous les deux avec la même facilité. Les espaces entre les notes devraient être soigneusement évités, avec l’articulation du «tu» plus feutré aussi bien qu’avec celle du «tu» plus incisif. C’est ce flot d’air ininterrompu, conjugué avec le caractère plus incisif de chaque note articulée, qui prête à la technique de coup de langue cette merveilleuse qualité de sonorité et de clarté dans tous les passages, qu’ils soient lents ou rapides.

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