Tout le contenu est protégé par le droit d’auteur © Brass Bulletin 1977–2026
Conseils d'un maître clinicien en cuivres: Robert Pichaureau, Paris
Par Alfred Willener
Il y a le pour et le contre dans le fait que ce soit un élève qui écrive cette note. Je ne peux rapporter que mon expérience et ce que j'ai observé dans des leçons auxquelles j'ai assisté. Ensuite, il est contradictoire de vouloir communiquer l'expérience d'un réapprentissage dont on sait précisément le caractère individualisé. Ceci dit: un clinicien a tout de même une pédagogie, une technique, voire une philosophie et s'il répugne à en parler, un élève peut le faire¹. Enfin, je peux citer des passages de manuels connus pour créer une référence facilitant la communication.
La maîtrise du clinicien — en quoi il est supérieur à de grands solistes qui ne se donnent pas autant à l'enseignement — est (I) de savoir détailler un processus tout en lui gardant son caractère de fonctionnement global, (II) de trouver les astuces qui font découvrir à l'élève comment intégrer à son corps la compréhension mentale du processus, et (III) de savoir à n'importe quel moment où sont les points faibles de l'élève, et comment un progrès peut être amorcé.
I. Le masque
On parle trop de l'instrument, de l'embouchure, des lèvres, de la langue, de la gorge, et pas assez de ce qui est vraiment à la racine: de «l'emplacement du déroulement du souffle». Bien entendu, comme l'ont dit fréquemment les meilleurs spécialistes, tout est important. Le succès physique et musical de la production des sons dépend d'une synthèse. Simplement, celle-ci ne s'obtient pas en procédant mécaniquement à une addition volontaire des éléments. L'extraordinaire détresse de tant de joueurs de cuivre plus ou moins avancés montre qu'il y a un bien gros problème. Pour Pichaureau on a trop centré l'attention sur le haut, sur ce qui se passe en avant, vers l'instrument. Il s’agit de rebrousser chemin, de réaliser un véritable détournement de l'attention et des efforts conscients — loin de cette zone de la tête. Du moins, pour une période, quitte à contrôler, bien sûr, de temps en temps, ce qui se passe dans la zone de la tête. Pichaureau insiste pour dire que le haut doit être comme un «masque». On met le masque en place (instrument, manière d'emboucher, — langue arquée, ancrée derrière les dents inférieures, voir Colin — position de la tête). On n'y pense plus. Presque rien n’y faire; rien n'y vouloir.
Ce que j'appelle premier conseil de Pichaureau est donc: détourner l'attention du haut.
Deuxième conseil: centrer l'attention sur le départ du souffle et sur son placement.
Troisième conseil: ne jamais quitter la conscience du déroulement du souffle bien placé.
Évidemment, je ne pourrai qu'esquisser comment Pichaureau s’y prend pour faire comprendre cela.
Lire la suite
Accédez à l’intégralité des archives numérisées de Brass Bulletin • CHF 5.– / mois · sans engagement