Brass Bulletin 41, I / 1983 page 28–35 · 9 min. de lecture

Mécanisme oscillatoire de la glotte dans le jeu de cor

Une note de cor semble naître avant d’être entendue, lorsque de discrètes oscillations des cordes vocales préparent déjà l’attaque.
Mécanisme oscillatoire de la glotte dans le jeu de cor

Introduction

Les rapports entre d’une part chant (et vibration des cordes vocales), et d’autre part jeu du cor (et des cuivres en général) ont depuis longtemps retenu l’attention de certains auteurs. Ainsi, dès 1795, Altenburg considérait le chant préalable indispensable à l’étude de la trompette (Knodt, 1973). Des publications récentes ont mis l’accent sur l’analogie des mécanismes respiratoire et articulatoire chez le chanteur et chez le corniste ou trompettiste (Knodt, 1973; Saxton, 1975; Orval, 1978). Par ailleurs, Damsté (1966), puis Leno (1974) ont montré expérimentalement la ressemblance entre le phénomène vibratoire des cordes vocales en phonation et celui des lèvres du tromboniste au cours du jeu.

Par ailleurs, la participation active et volontaire des cordes vocales au jeu du cor ou du trombone, par exemple, est utilisée exceptionnellement pour la production d’effets acoustiques spéciaux (accords). C’est le cas notamment dans le Concertino pour cor de C.M. von Weber Op. 45 (1806), et dans plusieurs partitions contemporaines. La note chantée n’est alors jamais la note jouée sur l’instrument, mais présente avec cette dernière un rapport harmonique déterminé, et résulte toujours d’un geste volontaire de l’interprète (Sluchin, 1981).

Par contre, la participation mécanique des cordes vocales au jeu normal et habituel du cor, en particulier dans le phénomène de l’attaque du son, n’est pas connue. Inconsciente de l’instrumentiste, et ne pouvant être visualisée au cours du jeu, elle ne peut être investiguée efficacement que par une technique objective et non invasive, c’est-à-dire ne perturbant pas, ou seulement de manière minime, les gestes naturels de l’exécutant.

Le présent article rend compte de ce phénomène en décrivant les observations réalisées chez trois cornistes professionnels des deux sexes à l’aide d’un électroglottographe à impédance, au cours de différentes émissions sonores standardisées sur leur instrument.

Matériel et méthodes

Pour les expériences décrites dans cet article, nous avons utilisé :

  1. Un électroglottographe à impédance, dont les caractéristiques électroniques ont été publiées (Dejonckere, 1981), et qui est habituellement utilisé en expérimentation et en clinique pour l’étude de la mécanique vibratoire des cordes vocales. Cet appareil mesure la variation d’impédance électrique à un courant de haute fréquence (475 KHz) envoyé transversalement à travers le larynx à l’aide de deux électrodes cutanées. Ce courant est insensible au sujet. L’origine de cette technique est due à Fabre (1957). Les variations d’impédance sont engendrées par le mouvement vibratoire des cordes vocales, lequel comporte des phases successives d’accolement et de décollement. Ces variations d’impédance modulent le courant de haute fréquence, et c’est la modulation d’amplitude qui, après détection et amplification, constitue le signal électroglottographique.

La déflexion verticale est proportionnelle à la surface de contact des cordes vocales (Lecluse, 1977).

La relation instantanée entre la morphologie glottique et des phases précises du signal électroglottographique a été investiguée au moyen de la cinématographie ultra-rapide in vivo (van Michel et coll., 1970), de la photographie stroboscopique in vitro (Lecluse, 1977) et de la laryngoscopie stroboscopique in vivo (Pedersen, 1977).

  1. Un microphone Ampex 2001
  2. Un polygraphe à projection d’encre Elema-Schönander permettant le rendu, en temps réel et de manière linéaire, de phénomènes périodiques jusque 1.250 Hz. La vitesse de déroulement du papier était de 50 ou 100 cm/sec. L’électroglottogramme de l’exécutant et le son du cor étaient inscrits simultanément.
  3. Trois cors, respectivement :

HOLTON TYPE H 179 (double descendant FA-SIb)

ALEXANDER (Double FA-SIb, 3e piston ascendant)

SELMER (compensation FA-SIb, 3e piston ascendant)

Le sujets étudiés étaient au nombre de trois, un de sexe féminin et deux de sexe masculin, tous cornistes professionnels.

Cinq notes caractéristiques furent investiguées, recouvrant une grande partie de la tessiture usuelle de l’instrument. (voir tableau ci-dessous.)

La plupart des enregistrements furent réalisés sur des émissions « forte », avec accent ou soutenues, et avec une attaque normale du son. Quelques essais furent également réalisés sur des émissions « piano », et avec attaque soufflée, ainsi que sur des « sforzandi » et des « staccati ».

A titre de référence, quelques enregistrements furent faits alors que le corniste chantait volontairement dans le cor tout en jouant.

142 tracés furent ainsi obtenus et analysés.

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