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Le pillage musical

Plagiat, photocopies

Le pillage musical

Le plagiat

Avant que la notation musicale n’existe, les musiciens se transmettaient les mélodies par une tradition orale qui c’est d’ailleurs perpétuée jusqu’à nos jours en ce qui concerne la musique de variété, certaines musiques populaires ou folkloriques et la musique de jazz.

A partir des XIVᵉ et XVᵉ siècles, lorsque la notation prit véritablement forme et qu’elle se précisa, il devint impossible de copier l’œuvre ou les œuvres d’un autre! L’Histoire montre qu’il y eut toujours deux sortes de copies :

  1. la copie «honnête»

où un musicien s’inspire d’un autre pour un thème, pour une orchestration (arrangements, adaptations, etc.) en prenant soin de le mentionner clairement, c’est-à-dire en indiquant le titre et l’auteur initial, ou, pour des thèmes très connus, des allusions musicales passagères, des parodies humoristiques (aussi de styles), etc. La copie «honnête» représente également une démarche pédagogique précieuse pour affermir ses connaissances.

  1. la copie «malhonnête»

où un musicien en mal d’inspiration mais prétentieux malgré tout, se sert de la création d’un autre pour son propre prestige. Dans le métier on appelle cela un plagiat.

Jusque vers la seconde moitié du siècle dernier, soit il y a cent ans à peine, les victimes d’un plagiat n’avaient quasiment aucun moyen de se défendre. Avec la création successive des Etats, on commença, pays après pays à s’occuper de ce problème en créant des lois protectives pour la propriété intellectuelle et artistique (droits d’auteurs). Ceci ne se fit pas sans mal, et il existe d’innombrables récits de procès épiques. Par la suite vint se greffer le copyright (droit de la reproduction, de la copie), protégeant simultanément l’auteur et l’éditeur. De nos jours, cette protection juridique s’étend pour ainsi dire à tous les pays du monde. Le pillage, lui, se poursuit malgré tout. Il est devenu plus subtil. On pille de préférence les auteurs décédés, si possible pas trop connus. Les formes de pillages sont multiples : mélodie camouflée par un accompagnement différent, mélodie nouvelle sur une harmonisation d’un succès, etc. ; dans ce domaine l’imagination est débordante... Sans parler du plagiat fabuleux réalisé avec les œuvres tombées dans le domaine public.

Un exemple typique

Il en existe des milliers, mais celui-ci illustre cet aspect dans notre domaine particulier.

Bien des trompettistes connaissent et apprécient les excellentes études de feu Paolo Longinotti (ex trompette solo de l’Orchestre de la Suisse Romande, décédé en 1961) publiées sous le titre Studies in Classical and Modern Style par les éditions I.M.C. de New York. Le copyright ne défendant pas la copie des rythmes ou des figures de mesures, ni même les titres, pourquoi le corniste retraité Edmond Leloir, qui a été le «collègue» de Longinotti durant de nombreuses années, et qui s’est fait un nom pas toujours glorieux en éditant pêle-mêle d’innombrables titres pris on ne sait pas toujours où, de «piquer» à son collègue disparu il y a vingt ans, un certain nombre d’éléments lui permettant de dédicacer généreusement ses Dix Etudes pour le cor en Fa (Editées chez G. Billaudot à Paris en 1981) à... «Georges Barboteu, professeur au Conservatoire national de Paris, en souvenir de notre vieille amitié». Pas un mot du «pillé» Paolo Longinotti, qui, de son vivant se serait bien défendu. Réduit au silence éternel, il semblait offrir toutes les garanties, mais le hasard, pour une fois en a décidé autrement...

Paolo Longinotti, Studies in Classical and Modern Style by I.M.C. in New York.

Paolo Longinotti, Studies in Classical and Modern Style by I.M.C. in New York.

Edmond Leloir, Dix Etudes pour le cor en Fa G. Billaudot, Paris 1981)

Edmond Leloir, Dix Etudes pour le cor en Fa G. Billaudot, Paris 1981)

La photocopie

Avec l’invention des appareils à photocopier s’est développée une nouvelle forme de pillage. La copie rapide, bon marché d’une partition imprimée. Cette pratique illégale est aujourd’hui largement répandue dans le monde, au grand dam des éditeurs. Ces derniers se défendent essentiellement en intentant des procès «pour l’exemple» (au demeurant fort coûteux pour ceux qui sont condamnés).¹

Certains conservatoires poussent le mépris de la loi encore plus loin en mettant froidement une machine à photocopier à la disposition des professeurs et des élèves. On peut se poser la question pourquoi ces institutions musicales respectent si peu le travail des compositeurs ou pédagogues dont ils sont souvent eux-mêmes les employeurs... Lorsqu’on demande une explication, il est généralement répondu que les éditeurs pratiquent des prix surfaits. Si certains éditeurs paraissent effectivement gonfler anormalement leurs prix, il n’appartient pas aux institutions publiques de juger, et encore moins de commettre un acte illégal en guise de «punition». En photocopiant une partition, on lui reconnaît implicitement une valeur. Cette valeur a été créée par une personne (l’auteur) et réalisée, diffusée, commercialisée par une maison d’édition. Est-il correct d’ignorer le travail et l’investissement consenti? La conscience de chacun répondra d’une façon plus ou moins nuancée à cette question. Comme pour tous les délits, il existe des nuances dans la gravité effective du vol par photocopie.

Un exemple typique

Il y a quelques années, un tromboniste suisse (connaissant parfaitement le caractère illégal de la photocopie de partitions de musique protégées par le copyright) préparait, comme d’habitude, un cours musical destiné à des cuivres amateurs. Il commande donc à choix un certain nombre de partitions et de cahiers d’études dans un magasin spécialisé.

Après quelques jours, qu’elle n’est pas la surprise des responsables de ce magasin de recevoir un colis imposant contenant des centaines de pages de photocopies «musicales» extraites de ce choix de cahiers.

Son épouse avait inversé les étiquettes d’expédition... Le retour du «choix» révélait ironiquement le pot-aux-roses!

Notes

¹ Des bruits contradictoires ont courus ces derniers temps qu’on avait trouvé aux Etats-Unis une parade miraculeuse avec l’invention d’un nouveau papier chimique rendant toute photocopie impossible. Nous n’en avons aucune confirmation tangible.

Brass Bulletin 41, I / 1983 pages 25–27

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