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Le système des auditions: pourquoi les musiciens américains émigrent

Le système des auditions: pourquoi les musiciens américains émigrent

En tant que musicien free-lance (indépendant) de la région de Los Angeles, David Searfoss a joué avec les orchestres de l’American Ballet Theatre, du New York City Ballet, du New York City Opera et du Royal Ballet of London. Il effectue des remplacements et joue en tant qu'extra dans le Los Angeles Philharmonic avec lequel il a enregistré. Il a été l'un des premiers trompettes du Honolulu Symphony de 1974 à 1976. Il est diplômé de l'Université du Michigan et a été reçu Master of Arts en interprétation au Conservatoire de musique de Manhattan. Il a étudié avec Byron Autrey, Cecil Collins, Thomas Stevens, James Stamp et Arnold Jacobs.

Pour le théâtre, la télévision et le cinéma, il a eu l'occasion d'enregistrer avec Universal and Paramount Pictures, Columbia, Reprise et Warner Bros. David Searfoss connaît bien le système des auditions par expérience, y ayant concouru avec plus ou moins de chance. (Thomas Stevens)

Le présent article est destiné à informer les musiciens du monde entier des frustrations souvent ressenties lorsqu'on participe à diverses auditions symphoniques organisées aux États-Unis et au Canada. Il intéressera peut-être aussi tout particulièrement nos collègues de pays européens ou asiatiques qui ont récemment vu augmenter le nombre des musiciens américains à leurs concours.

Cette «émigration musicale» provoque souvent du ressentiment, étant donné les divers postes que se sont assurés bon nombre d'Américains dans des orchestres étrangers. Il serait évidemment difficile pour les musiciens européens et asiatiques de rester objectifs en étant contraints de concourir chaque année avec un nombre croissant d'Américains. Cet article pourra, nous l'espérons, atténuer leur rancœur.

En outre, les lecteurs de Brass Bulletin comprendront mieux le problème sans cesse croissant du chômage parmi les jeunes musiciens américains de formation symphonique. Et cela aidera certainement à expliquer pourquoi ils cherchent à travailler et à exprimer leur art à l'extérieur des États-Unis.

Ces dernières années, les musiciens, interprètes et éducateurs, sont de plus en plus nombreux à penser que le système classique des auditions est devenu toujours plus injuste pour les participants et inefficace pour les auditeurs. Théoriquement, la notion de chances égales et d'auditions justes est moralement acceptable et correspond aux idéaux exprimés dans la Constitution américaine. On suppose également que la Fédération des musiciens américains ne permet, à l'échelon national ni régional, aucun favoritisme ni aucune discrimination pour des raisons de race, de religion, de nationalité ni de sexe. Divers organismes de financement fédéraux ont menacé de retirer leur soutien si de telles pratiques étaient découvertes et prouvées.

Cependant, c'est là que s'enracine l'ultime frustration: la subjectivité. La musique exécutée étant jugée par des êtres humains, l'analyse de toute exécution est essentiellement subjective. Nous ne pourrions jamais noter nos musiciens comme nos athlètes dont les performances donnent lieu à des statistiques et à des moyennes. Il en résulte que de nombreux candidats, qui ont l’impression d'avoir très bien joué, se trouvent souvent éliminés dès les tours préliminaires. Toute tentative de prouver qu'une commission ou un chef d'orchestre a manifesté du favoritisme envers un certain candidat tend à échouer pour des raisons évidentes. L'accusation d'injustice ne fait jamais l'objet d'un débat public, mais peut néanmoins être effectivement fondée dans la réalité.

Les musiciens des orchestres concernés sont souvent peu satisfaits du résultat des auditions se déroulant selon les procédures légales actuelles. Il arrive souvent que les gagnants de telles auditions ne parviennent pas à répondre aux besoins spécifiques d'une section particulière de l'orchestre pendant toute la durée d'une saison. Cela provient sans doute de certaines failles du système lui-même tel qu'il est conçu.

Une audition ne permet pas de découvrir les trois qualités indispensables que doit posséder tout grand musicien d'orchestre.

La première est la cohérence. Un musicien ne parvient jamais à asseoir sa réputation sur une exécution, mais sur une série de concerts couvrant des styles de musique très différents. La brièveté de la plupart des auditions — parfois quelques minutes seulement — ne permet évidemment pas de mettre en évidence le facteur de cohérence.

La seconde qualité est la faculté d'adaptation. On comprend facilement l'absurdité de la critique formulée lors d'une audition d'un des principaux orchestres américains: «Votre tempo sur Bruckner était trop lent. Le Maestro X en aurait sûrement adopté un plus rapide.» Il est intéressant de noter que la commission n'avait jamais suggéré de tempo plus rapide pendant l'audition. Il faut certainement faire face à de nombreuses conceptions différentes d’une saison à l'autre et il est essentiel de pouvoir s'adapter rapidement aux idées musicales de chaque chef d'orchestre. C'est pourquoi il est ridicule d'attendre d'un musicien qu'il entre dans une salle totalement inconnue (ou même parfois dans une salle d'hôtel) et qu'il exécute sans le reste de l'ensemble une musique d'orchestre correspondant au goût d'un chef d'orchestre qu'il ou elle ne connaît pas. Il faudrait vraiment que l'on ait au moins une chance de s'adapter.

Troisièmement, une audition ne montrera jamais le progrès ni le potentiel dans le jeu d'un musicien. Seuls le temps et l'expérience le montreront vraiment. Au contraire, nombreux sont les gagnants d'auditions qui ne sont que des «robots d'emprunt» pouvant jouer magnifiquement à chaque audition. Toutefois, lorsqu'on les a écoutés pendant une longue saison, on n'a jamais l'impression qu'ils progressent à chaque exécution, mais qu'ils continuent à jouer leur partie toujours de la même façon. Ces «robots d'emprunt» sont habituellement de piètres musiciens d'orchestre car ils ont une seule vision, un seul style et une manière très froide, produisant concert après concert la même musique mécanique et ennuyeuse.

Étant donné l'inadéquation du système d'auditions actuel, les commissions et les chefs d'orchestre commencent à effectuer des démarches pour s'assurer de trouver des musiciens de talent qui soient compatibles avec les autres musiciens en personnalité et en qualités musicales. Ce sont souvent des personnes que connaissent les membres de l'orchestre ou son chef.

Les auditions libres étant imposées par les syndicats et le gouvernement fédéral, la fraude devient une réalité. L'une des méthodes les plus subtiles pour truquer une audition consiste à empêcher les juges et les candidats de se voir en les séparant par une barrière ou un écran. Chaque candidat entre de façon anonyme et exécute ce qu'on lui a demandé. Pendant ce temps, le «favori» a déjà gagné la veille à l'audition régionale et se trouve désigné pour l’audition finale. À l'échelon national, ou à l'audition libre, d'autres candidats sont sélectionnés pour la finale. C'est là où intervient la fraude: tous les candidats jouant aussi bien ou mieux que le «favori» sont éliminés avant la finale et seuls sont admis les musiciens moyens ou les étudiants.

Par conséquent, lorsque le directeur artistique entend les finalistes, le «favori» n'a aucun mal à gagner, étant donné l'absence de concurrents réels. Cette méthode frauduleuse et illégale est très efficace et bon nombre de candidats qui ont dépensé leur argent durement gagné pour le concours ne sont en fait jamais pris en considération. On les a simplement utilisés comme des pions pour rester dans la légalité.

Il faut absolument mettre fin à cette pratique, mais elle continuera à exister tant que les directeurs artistiques ne se décideront pas à entendre tous les candidats.

Les auditions organisées uniquement pour répondre aux directives syndicales s'avèrent souvent coûteuses pour le candidat. Les États-Unis étant un vaste pays, il faut emprunter les transports aériens pour la plupart des auditions; ainsi, quelqu'un qui habite sur la côte ouest doit débourser au moins 1000 dollars de billets d'avion pour deux ou trois auditions. Les frais encourus pour participer à une audition augmentent encore la tension de cette situation.

L'opinion de nombreux musiciens qui dépensent leurs économies en frais de transport est que, si les commissions d'audition ont déjà choisi qui elles veulent embaucher, elles devraient le faire directement. Cette pratique satisferait les orchestres qui ont déjà pressenti quelqu'un pour un poste. Cependant, pour ceux qui n'ont pas de candidat et décident d'organiser une audition nationale, celle-ci devrait alors être réellement juste.

Il y a quelques années, on procédait de cette façon, jusqu'à ce que les syndicats insistent sur l'organisation d'auditions nationales pour tous les postes. Mais la réalité et l'expérience ont prouvé que les syndicats n'ont pas atteint leur but. Les auditions ne sont pas plus «libres» maintenant que par le passé, et ce sont les musiciens que l'on trompe et que l'on manipule.

Puisque aussi bien les associations d'orchestre que les concurrents sont mécontents, la recherche d'une méthode plus efficace d'embauche des musiciens d'orchestre s'impose de façon urgente. Le système existant ne convient plus à cause du nombre des candidats pour chaque poste.

Jusqu'à ce qu'un plus grand nombre d’Américains apportent leur soutien à la musique classique, il y aura toujours davantage de musiciens qualifiés sortant de conservatoires au chômage et avec peu d'espoir de remporter une audition. Ils seront toujours plus nombreux à émigrer vers l'Europe et l'Asie à la recherche d'un travail et de meilleures satisfactions artistiques.

Permettrez-vous aux musiciens américains de solliciter votre tolérance et votre compréhension, ou même quelques suggestions pour un système d'auditions plus équitable? Si un tel système était mis en œuvre, vous verriez alors moins d'Américains à vos auditions.

Brass Bulletin 35, III / 1981 pages 41–48

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