Brass Bulletin 35, III / 1981 (page 33–40) · 7 min. de lecture
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Le Concerto de Haydn pour trompette

Partie 1

Par Alfred Willener

Entre éditions, instruments et traditions d’interprétation, le concerto pour trompette de Haydn révèle des conceptions divergentes du texte musical.
Le Concerto de Haydn pour trompette

J. Haydn à travers le monde à propos du Concerto en Mib pour trompette

Brass Bulletin publie dès ce numéro une série de trois articles dans lesquels Fred Willener, sociologue de la musique, étudiera:

— les partitions,
— les intentions des musiciens,
— les interprétations enregistrées,
— les critiques,

en vue d'introduire à une réflexion entre musiciens de cuivre sur les problèmes clés que révèle une comparaison internationale autour de cette œuvre.

Brass Bulletin invite les lecteurs à faire parvenir à la rédaction:

des critiques publiées (concerts ou disques), des réflexions et expériences concernant cette œuvre, ou plus simplement leur adresse s'ils désirent être contactés.

Première partie

Le répertoire pour trompette comprend si peu de concertos par des auteurs géants qu'il est peu surprenant que «tout le monde» étudie ou même enseigne, interprète ou même édite, en privé ou même en public, ce classique — et celui-ci est devenu un morceau de test. En effet, certains orchestres auditionnent les candidats à un poste de trompettiste sur la base d'une interprétation de cette œuvre.

Nous partirons donc, à notre tour, de cette pièce test, pour explorer le domaine du rôle de l'interprète musical, plus particulièrement à travers une comparaison des différentes partitions de l'œuvre et des enregistrements que nous avons pu réunir. Leur analyse comparative introduit à la réflexion certes difficile, mais qu'il faut au moins tenter, sur les critères d'excellence (Cf. l'interrogation de Thomas Stevens à cet égard, dans BRASS BULLETIN N° 27, p. 7.): qu'y a-t-il d'«objectif» (universel), quoi de «subjectif» (différences non seulement d'un individu à un autre, mais différences «culturelles» — d'une tradition, d'un pays, d'une école à une autre) dans l'appréciation du travail d'un instrumentiste?

Ce qui suit est une esquisse. J'essaierai, avec votre aide, de répondre ultérieurement aux questions que, pour l'instant, je ne fais que poser. Chercheur professionnel (en sociologie de la musique, mais non en musicologie), je suis un trompettiste amateur (capable de jouer ce concerto... en privé).

I. Le texte

Au théâtre, l'auteur détermine en principe l'histoire que les acteurs vont jouer, son sens et dans une mesure souvent pas très stricte, le détail (accessoires, gestes, diction, vitesse, lumière, etc.). On semble considérer, en général, que le compositeur fixe strictement le détail du jeu aux musiciens, mais supposer que le sens du texte est laissé ad lib.

Une première et embarrassante question apparaît donc: quels sont les détails du texte qui déterminent le sens de l'œuvre? Et d'abord, y a-t-il un sens, et faut-il le respecter (dans le cas où l'on pense que «oui», comment y parvenir, étant donné la situation de concert)?

Bien entendu, comprendre l'époque de Haydn, insérer son œuvre dans l'histoire, non seulement de la musique, mais de l'Europe, serait souhaitable. Est-il suffisant que des chefs d'orchestre et des critiques se préoccupent d'acquérir et de transmettre de telles connaissances?

On se limitera, d'abord, ici, à quelques notes, surtout destinées à éclairer les conditions de production du texte. Et j'ai choisi un portrait sur lequel Haydn me semble apparaître mieux que sur d'autres, tellement aristocratiques, pour ce qu'il était — un artisan entretenu par un prince, une sorte de prolétaire de luxe.

Joseph Haydn devait savoir jouer de plusieurs instruments, composer, diriger, organiser des concerts, enseigner, mais tout aussi bien s'occuper du maintien des instruments, copier de la musique, faire répéter des chanteurs, faire régner la discipline parmi les musiciens, etc. L'étendue de ses tâches était formidable, conduisant à un surmenage considérable, mais aussi à une énorme compétence.

Il n'était certainement pas un compositeur selon la conception romantique, entouré de muses, en train de chercher son inspiration; comme Bach et Mozart, il composait généralement sur ordre et non «pour la postérité» (R. Hughes, p. 34-39).

À la fois privilégié d'avoir un poste stable avec un seul employeur, Joseph Haydn se voyait obligé d'accepter bien des inconvénients et limitations à sa vie et à l'exercice de la composition. Il a eu des soucis d'argent, mais moins que d'autres; à sa mort sa fortune s'éleva à 40 000 fl. (celle de Mozart à 60 fl. et 3 000 fl. de dettes, musicien free-lance, mort dans la pauvreté; selon Engel p. 10).

Le Trompetenkonzert fut son dernier concerto (ou un de ses derniers; cf. Landon, p. 226). Il appartient à sa dernière et grande période de maturité; J. Haydn venait de rentrer à Vienne après son second séjour à Londres où il composa 277 œuvres en 3 ans, représentant 768 grands feuillets. L'Angleterre a établi fermement sa réputation.

Lors de son premier séjour dans ce pays il avait été promu, à Oxford, «docteur de l'art des sons», honneur que même Haendel n'a jamais connu. J. Haydn: «je ne suis devenu célèbre en Allemagne qu'à partir de l'Angleterre» (ibid., p. 10).

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