C'est pourquoi nous avons demandé à un certain nombre de personnes de nous fournir des informations sur de nombreux sujets se rapportant au thème de cette rubrique. Nous les publierons à mesure qu'ils nous parviendront.
Enfin, puisque le Brass Bulletin est une revue rédigée par des « cuivres » à l’intention des « cuivres », l’auteur de cet article s'efforcera de répondre de son mieux aux questions des lecteurs.
J'aimerais profiter de l'occasion pour exprimer une opinion personnelle touchant une question assez controversée. En un mot, il s'agit de décider s'il est possible de définir un idéal d'interprétation musicale qui soit valable pour tous les pays.
J'ai été membre du jury à l'occasion du Concours international Maurice André, qui a eu lieu en juin dernier à Paris. Les résultats de ce concours appartiennent déjà au passé, et il n'est pas dans mon intention de les contester; toutefois, le problème évoqué plus haut se pose à propos de la notion de « musicalité », notion à laquelle tant les jurés que les membres du public ont eu fréquemment recours en discutant les mérites des différents candidats.
Ce terme semblait recouvrir la justesse, le respect de la mesure et de la dynamique, la beauté de la sonorité, l'intelligence du phrasé, ainsi que l'expression d'un sentiment personnel. Certes, ce sont là des qualités tout à fait estimables; cependant, une interprétation que certains trouvent jolie, lyrique ou sensible, peut fort bien paraître à d'autres excessivement sentimentale et maniérée; inversement, les uns qualifieront de sobre et réservé un style que les autres jugeront sec et académique.
En fait, toutes ces opinions se défendent.
Faire de la musique, c'est là une pratique qui met en oeuvre un nombre incalculable de facteurs; énumérons-en quelques-uns: la personne du compositeur; la région, le contexte culturel, les traditions d'exécution en usage à son époque; la structure formelle d'une oeuvre, la nature du matériel thématique, sans parler de qualités élémentaires telle que l'homogénéité du style, en ce qui concerne l'articulation, l'ornementation, le timbre et les tempi.
Tous ces facteurs contribuent à définir la musicalité d'un interprète; non qu'ils viennent supplanter ceux mentionnés plus haut; ils viennent au contraire les compléter.
Tout ceci n'est pas nouveau: il n'est que d'assister à un séminaire pour cordes ou pianistes ou à un séminaire pour chefs d'orchestre, pour se convaincre que ces concepts sont monnaie courante.
Dans ces conditions, comment peut-on afficher une conception intolérante de la « musicalité »?
Finalement, si l'on fait abstraction de certaines particularités, les traditions d’exécution restent foncièrement les mêmes quel que soit l’instrument considéré, même s'agissant d’une trompette.
Ne serait-il pas ridicule qu'un pays, une région ou même un simple particulier prétendent détenir la vérité sur l'interprétation musicale?
Or cette attitude est courante dans beaucoup d'endroits, y compris dans mon pays, au niveau régional.
On ne peut qu’encourager le maintien des traditions nationales et se féliciter des diversités que présentent les styles individuels, car ce sont là des facteurs éminemment positifs, mais il faut éviter à tout prix qu'ils ne dégénèrent en intolérance ou en fanatisme.
La question demeure ouverte: est-il possible, sur le plan international, de définir une notion de l’interprétation musicale telle qu'elle n’exclue pas des différences légitimes de conception ou de style au niveau tant national que régional ou personnel?