BrassBulletin

Magazine international des cuivres

Brass Bulletin 33, I / 1981 (page 43–50) · 14 min. de lecture
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Arnold Jacobs

Interview

Partie 1

Par Roger Bobo

Deux géants du tuba se retrouvent à Chicago en 1979, où Arnold Jacobs relie technique, son, orchestre et pédagogie dans une pensée durable.
Arnold Jacobs

Dire qu'Arnold Jacobs a été l'un des premiers grands tubistes du monde serait un euphémisme pour beaucoup. Sa contribution au Chicago Symphony est considérée depuis plus d’un quart de siècle comme le modèle parfait de tuba symphonique par les étudiants, les chefs d'orchestre et par ses propres collègues. En tant que professeur, il est réputé pour sa grande connaissance de la physiologie humaine en matière d'instruments à vent et d'exécution vocale et l'on trouve partout dans le monde des personnes ayant étudié ces disciplines avec lui. (RB)

Roger Bobo: Puis-je vous poser une question: si vous pouviez donner un bref message à la communauté des cuivres, que choisiriez-vous de dire?

Arnold Jacobs: Je choisirais de mettre fortement en relief les sons qui sont si intéressants pour les joueurs de cuivres, en mettant à l’index la tendance à s'impliquer tellement vis-à-vis de l'instrument qu'on en oublie la musique que l'on veut jouer avec. Tout en étant important, l'instrument reste un prolongement de la personne, essentiellement; et il ne doit pas devenir si dévorant que l'on n'ait plus en tête que des embouchures et des instruments. La vraie dominante doit être la musique que l'on fait avec l'instrument.

R. B.: Lorsque vous enseignez, comment différenciez-vous les uns des autres?

A. J.: Vous devez parler à l'élève, saisir ses motivations. Lorsque vous avez un élève qui a tendance à penser très mécaniquement et qu'il prend un grand intérêt à jouer d'un instrument comme le tuba, très fréquemment il pensera d’abord à son instrument: les doigtés, les parties de son corps, l'embouchure, son système respiratoire, sa langue — et très souvent la musique n'est qu'un élément mineur. On évaluerait peut-être sa capacité et ses attitudes intellectuelles à 15% et la technique à 85%.

J'ai toujours envie d’inverser cela, de sorte que 85% soient basés sur le phénomène du son, c'est-à-dire la pensée inspirée, les aspects intuitifs du cerveau, et 15% sur la conscience des structures et des fonctions de tous types y compris l'instrument. Habituellement, lorsqu'on rencontre une personne qui aime chanter la musique, on trouve qu'elle est très facile à manœuvrer vers ce type d'approche de son instrument. Pour n'importe quel cuivre, c'est là une approche extrêmement saine.

Si l'on a un élève beaucoup plus intéressé dans la chimie de la personne qui joue, les principes mécaniques, etc., c'est un peu dangereux à moins qu'il n'ait l'inspiration de la grande musique.

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