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La Trompette

Exposition au Château de Bad Säckingen

La Trompette

L'exposition du château de Säckingen

C'est un lieu hanté par l'histoire — ou du moins entré dans la légende. On s'y souvient confusément de l’interminable épopée de Joseph Victor von Scheffel parue en 1854: «Le trompette de Säckingen». Cette œuvre a connu près de trois cents éditions successives et paraissait devoir durer éternellement. De nos jours on ne la trouve plus guère qu'au fin fond des greniers où moisissent tant d'objets ayant appartenu à nos arrière-grands-parents, soit sous forme d'édition de luxe dorée sur tranche, soit sous forme de petit volume à quatre sous de la collection Reclam.

Rudolf Bunge en tira un livret que Victor E. Nessler mit en musique. L'opéra, créé à Leipzig en 1884, eut un énorme succès. Pendant la seule année 1888, il a connu plus de 900 représentations dans l'Allemagne du Nord. Même le célèbre chef Arthur Nikisch fut conquis par la sentimentalité et le romantisme de vitrail de Victor Nessler, il composa une fantaisie pour orchestre sur l'air «Liebe und Trompetenblasen» (Aimer et jouer de la trompette) et des générations de trompettes solos firent pleurer leur public avec le sirupeux «Behüt' dich Gott, es wär so schön gewesen» (Que Dieu te garde, c'aurait pu être si beau).

Amoureux de la trompette, mais aussi spécialistes avertis de l'histoire des instruments, Edward H. Tarr et Ernst W. Buser ont mis sur pied une exposition de trompettes au château de Säckingen au nom si évocateur. Cette petite exposition avait le mérite d'être très concentrée et hautement instructive et l'on pouvait y examiner des instruments et des documents appartenant à plusieurs époques de l'histoire de la musique, depuis l'âge baroque jusqu'à nos jours.

Säckingen. Trumpeter's Castle

Säckingen. Trumpeter's Castle

Ernst W. Buser

Ernst W. Buser

Sans contredit le clou de cette exposition a été la trompette naturelle en mi en forme de bretzel, fabriquée par Anton Schnitzer en 1585 à Nuremberg.¹ C'est l'instrument dont jouait Cesare Bendinelli (1542-1617) en qualité de premier trompette à la Cour de Munich. Il la légua à l'«Accademia Filarmonica» de Vérone, sa ville natale, en même temps que le manuscrit de sa méthode de trompette «Tutta l'arte della trombetta» parue en 1614. Ces deux objets appartiennent encore aujourd'hui à la bibliothèque de l'«Accademia Filarmonica» de Vérone, qui les avait prêtés pour l'exposition.

Edward H. Tarr a reçu l'autorisation de publier sous forme de fac-similé cette méthode, la plus ancienne que nous connaissions.

La plupart des instruments datant de l'âge d'or de la trompette naturelle sont des pièces très rares appartenant aux organisateurs de l'exposition. Ces pièces font la preuve de leurs qualités de collectionneurs, mais aussi de la chance insigne qui n'a cessé de leur sourire. Parmi ces instruments, on pouvait voir une trompette naturelle de Johann Leonhard Ehe (Nuremberg, 1700), une paire de trompettes en ré des frères Kerner (Vienne, 1793), l’exemplaire exceptionnel d'une trompette en mi bémol de Johann Siegmund Graf Breitenbach (1746) et un instrument de chasse à enroulements de Johann Wilhelm Haas (Nuremberg, 1688).

Trompette à barillets en ré «Schupach et Guichard» Yverdon env. 1830).(Sammlung Ernst W. B user)

Trompette à barillets en ré «Schupach et Guichard» Yverdon env. 1830).
(Sammlung Ernst W. B user)

Les nombreux instruments remontant à la période cruciale de l’histoire de la trompette (1750-1815) présentaient encore davantage de variété et cette observation s'applique aussi à ceux qui illustrent l'évolution ayant abouti aux premières trompettes à pistons du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Une section assez vaste était réservée au thème de la menace que le cornet à pistons représenta pour la trompette de 1875 à 1900.

Toute une pièce était consacrée aux instruments bizarres, soit qu'ils affectent une forme insolite, soit en raison du matériau utilisé. L'exposition s'achevait par la présentation des instruments modernes, voire hypermodernes.

Espérons que les amis de la trompette auront été nombreux à visiter cette exposition en tous points remarquable. Cette exposition était de nature à attirer l'attention du public sur l'histoire de la trompette et sur l’importance esthétique de l'art du trompettiste.

L'exposition et la «1re semaine internationale des trompettistes» qui lui était rattachée ont été inaugurées le 2 septembre 1979 avec la participation de l’ensemble de trompettes de la Schola Cantorum Basiliensis. Le 8 septembre a eu lieu le concert de clôture du séminaire pour trompettistes dont E. H. Tarr avait assumé la direction: à cette occasion, tous les musiciens ayant participé à ce séminaire firent la preuve de leur talent avec un brio impressionnant:

— Edward H. Tarr, de Bâle, et son assistant Vincent Cichowicz, de Chicago, jouèrent le double concerto en ut d'Antonio Vivaldi, accompagnés par un orchestre de chambre placé sous la direction de Heinz G. Linke;

— de nombreux participants se produisirent dans une série d'œuvres couvrant toute la période comprise entre Samuel Scheidt et Karl-Heinz Köper;

— et pour conclure, les participants jouèrent tous ensemble quelques-unes des grandioses sonates de la «Charamela real» (le corps des musiciens de la Cour de Lisbonne), écrites vers 1760 par un compositeur anonyme.

Brass Bulletin 29, I / 1980 pages 103–105

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