Brass Bulletin 24, IV / 1978 (page 9–33) · 25 min. de lecture
Tout le contenu est protégé par le droit d’auteur © Brass Bulletin 1978–2026

L'histoire de l'invention des pistons et des instruments à pistons en Allemagne (1814-1833)

Partie 1

Par Herbert Heyde

Recherche dans cet article
L'histoire de l'invention des pistons et des instruments à pistons en Allemagne (1814-1833)

Introduction

Dans ce qui suit, l'histoire initiale de l'invention des pistons et des instruments à pistons est principalement basée sur l'étude des documents de la Députation technique royale de Prusse¹, organisme rattaché au Ministère de l'industrie et du Commerce et qui, en 1871, deviendra le Bureau des Brevets de l'Empire allemand. Toutes les recherches ayant échoué, on peut supposer que les documents issus du Bureau royal des Mines de Berlin et concernant l'invention des pistons de Blühmel n'ont pas été conservés. Tous les dessins qui accompagnaient les demandes de brevet ont également disparu. Ils semblent déjà avoir été maculés dès leur mise en archives. En 1880 — et en partie dès 1833 — on n'en trouvait plus trace dans les dossiers.

V. Mahillon vers 1880 et G. Sachs vers 1910 ont pris connaissance des documents relatifs au brevet et les ont étudiés selon les besoins de leurs recherches particulières². Pour eux, il ne s'agissait en fait que d'un détail. En 1845, Wilhelm Wieprecht, qui avait personnellement connu Friedrich Blühmel et Heinrich Stölzel, écrivit l'histoire de l'invention d'après ses souvenirs. Ses assertions n'ont malheureusement pas toujours toute la crédibilité souhaitable³. Aucun piston ne fut breveté en Saxe, même si Christian Friedrich Sattler contribua grandement au développement des pistons. Excepté en Autriche, on ne trouve aucune trace de brevets de pistons dans les autres États allemands. L'apport venu des États-Unis d'Amérique a été mis en lumière par Robert E. Eliason⁴. Il reste encore à rechercher des précisions sur cette époque héroïque de l'invention des pistons en Autriche, en Italie (où un cylindre rotatif particulier fut développé), en Suède, en Angleterre et en France. L'intérêt et les recherches au sujet de l'invention des pistons se sont manifestés et ont eu lieu en premier en Allemagne. C'est dans ce pays aussi que furent découverts les plus importants modèles de base.

La période initiale 1814–1818

L'histoire de l'invention, saisissable à travers la lecture des actes, commence avec une lettre écrite par Heinrich Stölzel («Musicien de chambre attaché à la Cour du duc de Pless» en Silésie) le 6 décembre 1814 au roi Frédéric Guillaume III de Prusse:

Majesté [...]
Le cor, instrument auquel je me suis consacré en priorité, est, par l'inégalité de ses sons et l'impossibilité de les produire tous justes et avec la même force, très incomplet. Ceci m'a souvent exaspéré et m'a incité à tenter de nombreuses expériences afin d'éliminer ces défauts. Sans succès au début, il faut le dire, mais permettant finalement de réaliser une invention qui me récompensa de mes efforts et satisfit mes exigences de l'instrument. Mon cor donne tous les sons avec une pureté et une force égale entre les plus graves et les plus aigus, sans avoir à boucher le pavillon avec la main. Le mécanisme de mon invention est des plus simple, léger et rapide à manipuler et chacun peut se familiariser en quelques jours avec ce nouvel instrument. Ce dispositif rend inutiles les nombreux corps de rechange et donne à l'artiste la possibilité de jouer toutes les notes sans que la sonorité de l'instrument n'en souffre. Ce mécanisme s'adapte avec un égal bonheur à la trompette — encore bien incomplète — et même aux clairons ou autres cors d'appel. Jusqu'à aujourd'hui, le réservoir de notes de la trompette était constitué de 13 sons. Par mon invention il se complète de 24 sons, tous également beaux et justes comme les 13 autres. Les compositeurs ne seront donc plus aussi limités avec cet instrument et pourront même passer dans n'importe quelles tonalités majeures ou mineures et je ne pense pas exagérer si je promets à votre Majesté de créer une musique avec ces instruments qui étonnera le monde. Je me soumets à tout examen et j'ai l'espoir que Votre Altesse voudra bien aider à faire accepter cette bonne et très importante chose pour la musique. Serein dans l'attente, je souhaite d'avoir à poser mes instruments à vos pieds ce qui me donnerait l'espoir que Votre Altesse imposera par mon intermédiaire le dispositif de cette musique nouvelle dans les régiments et me récompensera d’après la valeur de mon invention.

Humblement [...]
Pless, le 6 décembre 1814.
H. Stölzel

D'après cette lettre, le cor à pistons était pratiquement utilisable dès 1814. Stölzel se préoccupait également de l'exploitation commerciale de son invention et des possibilités que cela laissait augurer dès 1814.

La réponse du roi, c'est-à-dire de la chancellerie n'a pas été retrouvée. Le roi exigea des expertises, fit examiner l'invention et la considéra comme valable. Le nombre croissant de demandes adressées au roi depuis 1796 pour des privilèges et des brevets provoqua la réglementation des droits fondamentaux en la matière publiée pour la Prusse le 14 octobre 1815 avec le «Publicandum» [Avis officiel]. C'est cette réglementation des privilèges et des brevets qui incitera Stölzel, le 23 décembre 1815, à adresser une demande de brevet au ministre des finances de Prusse en se référant à sa demande précédente et au «Publicandum»:

Dans cette affaire, je prends pourtant la liberté de m'adresser directement à Votre Excellence, car mon invention, ainsi qu'en témoignent les copies ci-jointes, a depuis longtemps déjà été expertisée sur ordre de Sa Majesté le Roi qui l'a également proclamée valable. J'ai donc inventé un dispositif pour le cor qui, en toute simplicité, permet de produire tous les sons, du plus grave au plus aigu avec une puissance, une plénitude et une justesse égales, ce qui était impossible jusqu'à ce jour pour certains sons et possible pour le restant des autres seulement en bouchant le pavillon avec la main, et encore, avec une sonorité sourde et indistincte. Mon cor n'est pas un cor à dés et n'a donc pas, comme ce dernier, perdu de sa belle sonorité et la forme elle-même de l'instrument reste plaisante. Par conséquent, je prie Votre Excellence d'avoir la bonté de m'accorder un brevet de 15 ans pour mon invention valable dans tous les États de Prusse, ce qui, comme je l'espère, ne devrait pas poser de problème du fait même que je ne construis pas mes instruments moi-même mais que je les fais faire par les facteurs d'instruments du pays, ne leur causant ainsi aucun préjudice.

Stölzel parle encore de ses efforts et des grosses dépenses qu'il a eues pour avoir été, en tant que simple musicien, dépendant d'une aide technique extérieure. Stölzel joignit à sa demande les mêmes trois copies d'expertises qui accompagnaient déjà celle adressée au roi en 1814.

Alvensleben, hautboïste et commandant de brigade de la garde d'infanterie à Berlin écrit à Stölzel, alors à Pless, le 21 décembre 1814 que le roi lui avait ordonné de juger son cor et il prie Stölzel de lui faire parvenir un instrument à l'examen. D'après une lettre non retrouvée datée du 19 janvier 1815, Stölzel proposa une autre solution et n'expédia pas l'instrument. Le 13 février 1815, Alvensleben prie alors Stölzel:

d'avoir l'obligeance d'envoyer les instruments au Major-général du roi von Kehsel à Breslau, et, parce que Sa Majesté le Roi l'apprécierait, de le faire au plus vite.

Faute de documents, on ne sait si Stölzel envoya les instruments à Kehsel.

La deuxième expertise a été établie le 24 mars 1815 par G. B. Bierey, chef d'orchestre du Théâtre de Breslau:

L'invention qui m'a été soumise et qui concerne le perfectionnement du cor par M. le musicien de chambre Stölzel de Pless, n'est pas seulement parfaite sous tous les angles, mais je puis témoigner ici en vérité et après examen que l'application de ce dispositif au cor confère à ce dernier une perfection encore jamais atteinte, et de ce fait, provoque un effet inconnu à ce jour.

Bierey publia un rapport élargi et modifié le 27 mars 1815 dans le journal Schlesisches Provinzialblatt (3e partie) ainsi que dans l'Allgemeine Musikalische Zeitung de Leipzig en 1815 (paragr. 309).

La troisième expertise fut demandée par le roi au lieutenant et directeur au Ministère de la guerre von Thiele. De Vienne, Thiele écrivit sa réponse au roi le 19 avril 1815:

Mon maître le roi m'avez demandé mon opinion sur l'invention de M. Stölzel, invention destinée au perfectionnement des cors et des trompettes. J'ai pu constater d'après l'avis des experts que cette invention est utile et prometteuse. Si les circonstances actuelles ne permettent pas encore de souscrire à la réalisation des projets, sa Majesté peut tout de même manifester sa satisfaction à M. Stölzel pour sa peine et son empressement.

Le seul des experts à avoir eu l'instrument achevé en main a manifestement été Bierey. De ce fait le «6e Bureau» du Ministère des finances écrivit ce qui suit à Stölzel, le 1er février 1816:

Un brevet ne peut être octroyé que si vous présentez une description exacte de votre invention en l'illustrant de dessins ou de modèles précis, ou encore en présentant un spécimen authentique de cor muni du dispositif de votre invention.

Stölzel ne réagit pas à cette mise en demeure. Environ deux ans plus tard, le 19 février 1818, il explique au Ministère des finances les raisons de son silence en réitérant sa demande de brevet:

La maladie et diverses circonstances m'en ont empêché; depuis près de 6 mois je me trouve néanmoins à Berlin et j'ai eu le très grand bonheur de présenter avec succès mon invention au Général d'intendance le comte v. Brühl. Je prends également la liberté de remettre humblement à Votre Excellence mon cor muni du dit mécanisme tout en renouvelant ma demande: recevoir un brevet pour une durée de 6 années consécutives. Finalement je constate que cette invention ne s'adapte pas seulement au cor mais également à tous les instruments de cuivres.

D'après le protocole du 17 mars 1818 (voir plus loin) il apparaît que Stölzel a vendu son premier cor à pistons au duc von Pless en 1815, après quoi il s'en fit construire un autre, légèrement amélioré. Ce dernier fut terminé au plus tard en automne 1817 (Allgemeine Musikalische Zeitung 1817, paragr. 814) et Stölzel le présenta, surtout en 1818, dans diverses villes d'Allemagne, comme Berlin ou Leipzig. C'est ainsi qu'il fit une démonstration de son cor à pistons au Grand duc Charles Auguste de Saxe-Weimar et le lui offrit à acheter⁵.

C'est sans doute pour mieux assurer son brevet, mieux surveiller le développement de ses affaires et pour avoir un contact direct avec les facteurs d'instruments que Stölzel, dès la fin de 1817, s'établit à Berlin. L'intendant du théâtre royal, le comte Brühl, trouva souhaitable de rendre l'invention de Stölzel d'utilité publique (lettre au roi du 2 avril 1818) et lui indiqua — éventuellement déjà en avril 1818 — une place vacante au sein de l'orchestre du roi.

Sans avoir de dessin ou de description exacte à disposition, on peut conclure avec certitude que les pistons de Stölzel soumis à la demande de brevet sont ceux qui se sont largement répandus plus tard sous le nom de Stopferventile (Schubventile, pistons tiroir) (Dessin 1; illustration 1). Stölzel aurait sans aucun doute reçu son brevet si, trois semaines avant le renouvellement de sa demande, le surintendant des mines du roi Gerhard n'avait mis en doute la primeur de l'invention de Stölzel.

Dessin 1« Röhrenschiebeventil », le « piston bouchant » (trad. litt. de Stopferventil) ou à « poussoir coulissant » (tra...

Dessin 1
« Röhrenschiebeventil », le « piston bouchant » (trad. litt. de Stopferventil) ou à « poussoir coulissant » (trad. litt. de Schubventil) du brevet de 1818. En gris dans l’échangeur : couloirs directionnels de l’air.

1. Clavicor de Guichard, Paris, après 1840 ; détail de 2 pistons Stoelzel (Stopferventile) d’après le brevet de 1818. Le...

1. Clavicor de Guichard, Paris, après 1840 ; détail de 2 pistons Stoelzel (Stopferventile) d’après le brevet de 1818. Les vis qui tiennent les ressorts sont placées au bas du premier tiers supérieur du piston (tubes légèrement évasés).

De Waldenburg, Friedrich Blühmel, après avoir appris les intentions de Stölzel, prie son poste de service de présenter et de rendre crédibles ses droits de priorité aux autorités compétentes. Le 29 janvier 1818, le surintendant des mines Gerhard écrivit alors au ministère du commerce:

À ce qu'il se dit, un musicien du nom de Stetzel et venant de Silésie, sans poste officiel ou qui se serait engagé comme corniste dans la musique des chasseurs, se ferait passer pour le premier inventeur d'un dispositif améliorant grandement les cors à clefs [Klapphörner] (cors et trompettes) cherchant en tant que tel à obtenir un brevet. D'après les documents, en particulier d'après un ancien rapport du bureau des mines de Silésie, il semble hors de doute que l'hautboïste des mines Blühmel de Waldenburg ait en réalité été le premier à trouver cette amélioration et qu'il nous a aussi déjà fait parvenir ici des cors de son invention [...]

Il faut espérer que ce Blühmel ne voie pas se perdre le fruit de ses trois coûteuses années de travail. C'est pourquoi l'intendance des mines de Waldenburg a été saisie aujourd'hui afin de réunir toutes les preuves légitimant Blühmel comme premier inventeur et de les présenter au plus vite.

Gerhard demande au ministère d'attendre avec l'octroi du brevet jusqu'à ce que la question de la primauté soit réglée. Le 21 février 1818, mais dans l'intérêt de Stölzel, le comte Brühl entreprit une démarche auprès du ministre d'État von Bülow afin de faire contrôler cette primauté. Par la même occasion il exposa sa propre opinion sur l'invention de Stölzel:

L'invention de cette mécanique est peut-être l’une des plus importantes qui ait été réalisée au cours des derniers siècles dans l'amélioration d'un instrument de musique. Je me sens obligé d'ajouter encore que le mécanisme de l'instrument de Stölzel est sans conteste plus perfectionné que celui de Blühmel.

Friedrich Blühmel avait déposé sa demande de brevet le 18 février 1818, soit un jour avant la demande renouvelée de Stölzel. Blühmel avait fait le déplacement de Waldenburg à Berlin et expédia sa demande du «Bureau des mines dans le nouveau bâtiment de la monnaie n° 9 au Marché de la Werder». Il écrit qu'en 1808 il passa du violon au cor et à la trompette en raison des durs travaux de la mine qui l'empêchaient de faire des progrès. Les imperfections de ces instruments le poussèrent à les éliminer. Il développa ce qui suit:

Les usages divers des forces mécaniques que j'ai eu l'occasion d'observer durant ma présence en Haute-Silésie — en particulier les différentes conduites d'aération des souffleries des hauts fourneaux de fonderie — m'ont constamment donné des idées pour améliorer ces instruments. Je pensais pouvoir adapter ces idées à mon dessein et côtoyais dans ce but les mécaniciens et surveillants de ces machines ainsi que d'autres personnes compétentes afin de me familiariser aux procédés de fermeture et d'ouverture de ces conduites d'air. Je partais de l'idée que le chemin que prendra l'air à travers les tuyaux doit être rallongé ou raccourci selon des dimensions déterminées afin de compléter les notes manquantes dans l'accord [...]

L'assemblage de toutes les tonalités montra très vite qu'il suffisait pour les posséder toutes sur l'instrument d'ajouter deux rallonges d'un ton et d'un 1/2 ton soudées à l'instrument et pouvant être ouvertes ou fermées à volonté pour que la note émise soit abaissée d'1, d'un 1/2 ou d'1 + 1/2 tons.

J'ai d'abord tenté de réaliser mon idée à Waldenburg où j'appris moi-même à souder afin de limiter les frais et de pouvoir réaliser moi-même tous les petits travaux. Le manque d'outils me contraignit pourtant bientôt à avoir recours à des professionnels. Ces derniers, malheureusement peu familiers avec ces objets — mais me faisant tout de même payer leurs travaux — ne surent me faire approcher de mon but. Le procédé était plein de promesses, seule la mauvaise réalisation du mécanisme provoquait un mouvement lent et pénible dans le jeu des gammes. C'est la raison pour laquelle il ne m’était toujours pas encore possible de présenter mon instrument en public. À cela s'ajoute encore le fait que j'ai effectué mes premiers essais sur une ancienne trompette de forme longue, n'ayant point d'autre instrument à disposition. La grande difficulté dans ce cas a été de ne pas placer le mécanisme hors de l'instrument, donc de ne pas l'altérer dans sa forme. En 1816 j'ai enfin réussi à obtenir les tons et demi-tons à la trompette grâce à deux «boutons de pression» [sic], il ne me restait, dès lors, qu'à simplifier encore le mécanisme et de le réduire le plus possible. Cela n'avait pas été possible avec les premiers professionnels que j'avais employés pour mon travail, je fis donc appel au maître serrurier Richter. Dans la région de Waldenburg, à cette époque, on a vendu quelques machines pourvues d'un système tout nouveau de cylindres à coulisse et ces pistons me donnèrent la solution pour la fermeture et l'ouverture des rallonges de 1 et de 1/2 tons de mon propre système. Aussi je parvins à adapter un dispositif des plus simple et parfait, ainsi qu'en sont aujourd'hui munis mes deux instruments (trompette et cor) et qui sont explicités plus en détails dans les documents ci-inclus.

Le dessin illustre simplement l'invention du perfectionnement en lui-même. Il s'adapte évidemment de façon presque pareille à tous les instruments cités plus haut. Seul le ton et le demi-ton changent selon les mesures respectives (plus longues ou plus courtes) des instruments auxquels on adapte l'invention.

Faute de temps il n'est pas possible de présenter simultanément une trompette et un trombone de formes nouvelles, mais ce sera fait d'ici quelques jours car ils sont déjà en préparation. La vieille trompette, elle, sert déjà de preuve tangible.

Je ne vais pas manquer de déposer auprès d'un ministère royal la nouvelle trompette et le trombone dès qu'ils seront terminés et jusqu'à ce que les dessins corrects soient tracés.

Pour prouver que je suis bien le véritable inventeur de ce perfectionnement, je joins 9 attestations à ma demande.

Finalement, Blühmel demande un brevet valable 10 ans sur le territoire de Prusse pour la fabrication de trompettes, de cors et de trombones à pistons. Il semble que jusqu'en 1816, Blühmel ait fait ses expériences avec des barillets à cylindres rotatifs. C'est également ce qui ressort de la lettre du bureau des mines datée du 3 mars 1818 (voir ci-dessous). Ce n'est qu'avec l'apparition des machines à pistons dans les mines à Waldenburg qu'il travailla, en 1817/1818, à la construction des boîtes à pistons (Illustration 2).

En février 1818, il avait en travail — chez le facteur d'instruments de cuivre J. C. Gabler — la trompette à deux et le trombone à trois boîtes à pistons (voir ci-dessous). Le motif du séjour de Blühmel à Berlin était semblable à celui de Stölzel: surveiller le travail chez Gabler et garantir un contact rapide et direct pour sa demande de brevet. À la demande de Blühmel étaient joints des dessins (perdus) et une légende. Le dessin principal illustrait un jeu de pistons de cor d'un 1/2 et d'1 ton entier.

2. Trompette de W. Schuster, Karlsruhe, entre 1823 et 1830. Détail de deux pistons à boîtes carrées, tels que les élabor...

2. Trompette de W. Schuster, Karlsruhe, entre 1823 et 1830. Détail de deux pistons à boîtes carrées, tels que les élabora d'abord Blühmel. (Kat. Nr. MIR 130, Germanisches Nationalmuseum Nürnberg, coll. Dr. Dr. h. c. Ulrich Rück)

Blühmel décrit:

Le tout est constitué par 3 rallonges et 2 boîtes à pistons. La première rallonge a. remplace l'ancien corps de rechange «d'invention» [d'accord]. Lorsque le piston reste dans la position indiquée en fig. IV et VI elle est reliée avec les tuyaux de sortie aa. par un court tuyau en diagonale percé dans le piston lui-même, fig. IV.

Le long tuyau b. qui sort de la boîte à piston n° 2 pour y revenir, est la rallonge de piston d'un ton entier. Elle passe à travers la plaque métallique supérieure de la boîte à piston, fig. VII, pour être fermée hermétiquement au point x.

Le tuyau court c. qui se trouve à la boîte à piston n° 1 est la rallonge de piston d'1/2 ton. Il est lui aussi fermé hermétiquement au point x. Les deux rallonges de pistons, celui d'1 ton b. et celui d'1/2 ton c. peuvent donc être mises hors circuit indépendamment de la rallonge dite «d'invention» [d'accord].

Les boîtes à pistons n° 1 et n° 2 sont absolument semblables, aussi bien en ce qui concerne leur forme extérieure que leur dispositif intérieur. Elles sont donc constituées d'une boîte à laquelle sont fixés les tuyaux et d'un piston. Ce dernier est constitué par une boîte creuse en laiton traversée de trois trous, 2 perpendiculairement, fig. III, et un en diagonale.

Ce piston est poussé contre la plaque métallique arrière de la boîte, fig. VI, au moyen d'un ressort en spirale fait en laiton martelé en raison de la légère oxydation. Les 2 vis rondes, fig. II tiennent les garnitures de coton placées entre les plaques métalliques avant. De plus il faut une plaque métallique arrière reliée à celle de l'avant au moyen de deux longues vis à tête carrée enfoncées, fig. II, tenues par des écrous, fig. I et V, enfin, pour que le piston ne soit gêné dans son mouvement, il a deux rainures en demi-cercle de chaque côté, fig. III, IV, VI [...]

Il n'est pas nécessaire de placer la direction des tiges de pression sous forme d'anneaux, on peut tout aussi bien employer des boutons puisque les pistons reviennent à leur point de départ par la force des ressorts. Les tiges de pression peuvent être placées à n'importe quel endroit, selon les voeux particuliers des différentes personnes [...] Ceci est pareil au trombone, avec la seule différence qu'il manque 6 demis ou 3 tons entiers dans le grave-basse [sic], raison pour laquelle il est nécessaire de disposer 3 boîtes à pistons avec autant de tiges de pression [...]

La description de la fonction des pistons ainsi que le tableau des doigtés n'ont pas été reproduits ici. Le dessin 2 du piston à boîte carrée de Blühmel a été réalisé d'après les descriptions de Blühmel. Il est important d'ajouter que l'échangeur est entièrement fait en laiton, les coquilles travaillées à part et soudées dedans. D'après les descriptions «plaque métallique avant» et «arrière» (pour couvercle et fond de la boîte carrée du piston) on peut supposer que les pistons de Blühmel étaient d'abord disposés dans le sens de la longueur de la trompette.

Dessin 2Piston à boîte carrée de Blühmel, reconstitué d’après la description du brevet :Trajectoire de l’air à travers l...

Dessin 2
Piston à boîte carrée de Blühmel, reconstitué d’après la description du brevet :

  1. Trajectoire de l’air à travers les pistons, vue d’en haut (de face). Les inscriptions correspondent à la description de Blühmel.
  2. Échangeur en vue frontale, correspond à la fig. IV du commentaire de Blühmel.
  3. Échangeur vu de dessous.
  4. Boîte du piston en vue frontale, traversée par les vis de la boîte, avec l’anneau de feutre, le ressort et la marque indiquant l’entrée et la sortie des tuyaux.
  5. Boîte du piston vue de dessous avec les têtes des vis de la boîte.

Entre-temps les attestations demandées par le bureau des mines de Waldenburg au sujet de Blühmel étaient arrivées et le surintendant des mines Gerhard les expédia le 3 mars 1818 au ministère du commerce avec les remarques suivantes:

Les inventions avec ces tuyaux «à pousser» [sic] que j'ai l'honneur de vous transmettre personnellement en même temps que quelques autres essais antérieurs de M. Blühmel, ont véritablement été réalisés durant les années 1811–1812 ainsi que l'indique l'attestation de Rauer (4); mais ce dispositif est même transformé sans que le certifie Rauer par l'attestation n° 5 de Posher. J'ai personnellement entendu jouer Blühmel avec ce vieux mécanisme en septembre de l'année dernière. À l'audition des témoins, les tribunaux des mines et de la ville semblent avoir moins tenu compte de l'impact [Anklang?] de l'invention ne jugeant même pas nécessaire d'attester juridiquement le témoignage du mineur Piehl, se satisfaisant de la simple preuve que Blühmel a vraiment réalisé son invention tout seul, sans aucun contact avec Stölzel. Au cas où il obtiendrait un brevet, M. Blühmel aurait par ailleurs l'intention d'employer l'ancien dispositif et de jeter les boîtes, en particulier pour les instruments qui requièrent plus de 2 boîtes; pourtant, jusqu'à ce que la décision tombe, cet appareil restera secret. Je joins ici les pièces du dossier Blühmel.

La raison pour laquelle Blühmel adressa une requête au Bureau des mines reste obscure. Soit qu'il chercha une aide financière pour ses recherches ou qu'il voulut faire sa demande de brevet par l'intermédiaire du Bureau des mines, puisqu'à la suite du Publicandum de 1818 les patentes devaient être demandées auprès des instances compétentes du gouvernement régional. Stölzel avait évité les détours administratifs en s'adressant directement au ministre des finances.

La lettre du surintendant des mines Gerhard citée ci-devant retient l'attention par les dates de 1811–1812 qu'elle contient, par la mention indirecte des cylindres rotatifs et par le fait qu'on y précise que les inventions de Blühmel et de Stölzel se sont réalisées indépendamment.

En raison des revendications prioritaires de tierces personnes, voire d'intermédiaires, le ministère du commerce s'adressa le 8 mars 1818 au tribunal royal de la ville de Waldenburg afin d'avoir des précisions sur Blühmel et au gouvernement royal de la province de Breslau pour obtenir de plus amples renseignements de la part du chef de musique Bierey. Le même jour, May, commissaire des fabriques de Breslau fut chargé de s'adresser à Stölzel pour savoir si le mécanisme des pistons était à l'origine déjà le même que celui du cor expérimental du 15 février 1816. En plus, on lui demanda de présenter le cor expérimental au «Kammermusiker» Schneider et de lui demander s'il correspondait bien à l’invention d'origine. Les questions relatives à la forme initiale des pistons de Stölzel étaient destinées à faire apparaître une éventuelle base commune à l'invention. Le musicien de chambre Schneider consigna que Stölzel avait déjà réalisé un cor entièrement chromatique en juillet 1814 et n'y avait depuis apporté aucune modification fondamentale.

[...] C'est uniquement afin de donner au cor son accord pour l'orchestre qu'il a encore placé un coude à la pièce, ce que révèle clairement la comparaison du cor expérimental avec le dessin extrait du dossier et que c'est ce coude placé à ce dispositif qui ne figure pas encore dans le certificat daté du 24 mars 1815 établi par le chef de musique Bierey de Breslau.

Le 17 mars 1818, Stölzel verbalise ce qui suit: qu'en juillet 1814 il a d'abord construit un cor entièrement chromatique. Que le cor qu'avait sous les yeux Bierey le 24 mars 1815 était pareil, dans l'ensemble, au cor expérimental de 1816, qu'il manquait simplement encore le coude mentionné par Schneider. Le premier cor ayant appartenu au duc von Pless, il s'en était construit un lui-même avec, gravé dessus, la date du 15 février 1816. Il reste encore trois autres expertises datées du 4 et du 6 février 1818 (la troisième non datée) que Stölzel avait lui-même fait établir avant même sa dernière demande de brevet. Les trois personnalités, toutes de Breslau (chefs d'orchestre Schnabel, J. G. Keller, Hoffmann) certifient que Stölzel leur a montré, c'est-à-dire démontré, un tel cor.

Les renseignements réclamés par le ministère du commerce n'ont pas été retrouvés.

Entre temps, Stölzel et Blühmel se sont mis d'accord et le 6 avril 1818 ils déposèrent une demande pour une patente en propriété commune sous l’appellation: «invention Stölzel & Blühmel».

Dans ce document, Stölzel promet de verser «une indemnité unique de 400 Reichsthaler dont 200 au comptant le jour de l'obtention du brevet et 200 un an jour pour jour après cette date», pour l'utilisation exclusive du brevet. De son côté, Blühmel s'engage «à ne pas exploiter son invention ailleurs et de ne pas prétendre à d'autres droits». C'est ainsi que Blühmel cède les droits de l'éventuel brevet à Stölzel pour la somme forfaitaire de 400 Reichsthaler.

Le roi ayant chargé le comte Brühl, ministre d'État, d'attribuer lui-même la priorité, le brevet fut finalement donné en commun à Blühmel et Stölzel pour une durée de 10 ans sur le territoire de Prusse. Le brevet fut accordé le 12 avril 1818.

[...] pour leur dispositif respectif, destiné à perfectionner les instruments de cuivre, notamment les cors, les trompettes et trombones [...]

Les avis émis par la commission technique sur les instruments de musique étaient établis par des ingénieurs — à l'époque l'ingénieur en génie civil Wedding et le conseiller supérieur des mines Schaffrinsky — qui analysaient les nouveautés de la facture instrumentale d'après leurs points de vue et d'après les données fournies par le Publicandum de 1815. La technique des pistons n'était depuis longtemps plus une nouveauté. Le brevet de 1818 ne fut accordé que pour l'application du principe aux instruments à vent. Les différentes sortes de pistons ne furent pas considérées comme brevetables puisqu'ils fonctionnaient tous selon le même principe aérodynamique. C'est la raison pour laquelle toute demande de brevet de piston fut rejetée en Prusse après 1818. L'effet musical produit par les différentes sortes de pistons ne fut jamais pris en considération. La polémique au sujet de la priorité de l'invention ne souleva pour ainsi dire jamais la question de la spécificité de chaque modèle de piston. Ce n'est qu'en 1828, dans une lettre adressée au ministre d'État Schuckmann que Stölzel émet la prétention d'avoir inventé tous les trois types de pistons en 1814. La déclaration de Wieprecht disant que Blühmel et Stölzel «avaient longtemps travaillé ensemble en Silésie» (Kalkbrenner, page 91) est crédible. Cette déclaration est en quelque sorte confirmée par la prétention de Stölzel d'avoir inventé les 3 sortes de pistons.

Les sources connues à ce jour ne permettent toujours pas d'élucider le mystère de la priorité. Wieprecht lui-même ne parvint pas à savoir — malgré ses discussions personnelles avec Blühmel et Stölzel — lequel des deux avait le premier eu l'idée d'employer le piston pour les cuivres. Pourtant Wieprecht semble avoir tout tenté pour assouvir sa curiosité à ce sujet. Il est à peu près certain que Stölzel fut plus rapide — manifestement déjà en juillet 1814 — à réaliser un instrument à pistons susceptible d'être présenté en public, alors que Blühmel n'y parvint qu'en 1816. L'avance de Stölzel ne fut acquise qu'en raison d'une plus grande habileté technique dans la réalisation du prototype et non pas à cause de l’idée. Blühmel et Stölzel méritent tous deux d'être considérés comme les inventeurs du principe d'application du piston aux instruments à vent. Si la littérature secondaire a parfois cité Stölzel comme ayant été l'inventeur virtuel des pistons pour les instruments de cuivre, c'est à cause du fameux contrat entre Stölzel et Blühmel attribuant à ce dernier une indemnité unique. Stölzel n'ayant fait construire ses instruments qu'avec son modèle particulier de piston et le fait qu'il inventa de nouvelles sortes d'instruments (qu'il réalisa et utilisa un nouveau piston dès 1827) fit reculer Blühmel dans l'ombre. Vivant à Waldenburg, Blühmel n'avait aucun contact avec les facteurs d'instruments berlinois, ce qui n'arrangeait pas ses affaires.

(A suivre)

Articles de cette série

On the early history of valves and valve instruments in Germany

Notices

* Version élargie et complétée d'un article paru dans la publication annuelle du Musée d'instruments de musique de la KMU (Leipzig, n° 5, 1978).

¹ Sauf indications contraires, toutes les citations sont tirées de: Zentrales Staatsarchiv, Dienststelle Merseburg, Rep. 120 D, Abt. XIV, Fach 2, Nr. 33, Bd. 1. Que l'administration de ces archives soit ici remerciée pour avoir autorisé l'accès aux documents.

² En ce qui concerne Mahillon, le fruit de ses recherches est contenu dans son Catalogue descriptif et analytique du Musée Instrumental du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, Gent 1880–1922. En ce qui concerne Sachs, on trouvera dans son «Handbuch» (1920) et «Berliner Katalog» (1922).

³ W. Wieprecht, Der Instrumentenmacher Sax in Paris als Erfinder (Le facteur d'instruments Sax à Paris, en tant qu'inventeur), dans: Berliner Musikalische Zeitung, Jg 1845, reproduit chez A. Kalkbrenner, Wilhelm Wieprecht, Berlin 1882, pages 88–93. Les écrits de Wieprecht ont provoqué une littérature secondaire particulière, de Th. Rode (Geschichte der Königlich Preussischen Infanterie- und Jäger-Musik, Leipzig 1858) jusqu'à A. Baines (Brass Instruments, London 1976). Chez Rode, il se peut qu'il y ait également eu certaines données transmises par la tradition orale.

⁴ Robert E. Eliason, Early American Valves for Brass Instruments, dans GSJ 1970 (Bd. 23), pages 86–96.

⁵ Staatsarchiv Weimar, Hofwesen 9672, 9672a (envoi de cors perfectionnés par le musicien prussien H. Stölzel en 1819).

Dr. phil. Herbert Heyde

Dr. phil. Herbert Heyde

L'auteur

Dr phil. Herbert Heyde (né en 1940) a étudié la musicologie, l'indologie et l'ethnologie à Leipzig, il termina ses études en 1965 avec une dissertation «Trompettes médiévales et l'art d'en jouer en Europe» /Trompete und Trompetenblasen im europäischen Mittelalter; voir Brass Bulletin n° 17, p. 74). Depuis, il est collaborateur scientifique (indépendant depuis 1973) du Musée des instruments de musique de l'Université Karl-Marx de Leipzig. Il a publié plusieurs articles sur ses recherches ainsi que des catalogues sur les plus importantes collections d'instruments de musique en R.D.A. 

L'article qui suit contient pour la première fois les sources primaires au sujet de l'invention des pistons en Allemagne.

Auteur et éditeur tiennent ici à remercier très sincèrement les musées suivants pour leur attitude coopérative et pour la mise à disposition de nombreux documents photographiques: Musikinstrumenten-Museum des Staatlichen Instituts für Musikforschung Preussischer Kulturbesitz Berlin, Germanisches Nationalmuseum Nürnberg, Händelhaus Halle (S.), Instrumentenmuseum van het Koninklijk Muziekconservatorium Brussel, Instrumentenmuseum der Karl-Marx-Universität Leipzig, Musikinstrumentenmuseum Markneukirchen.

 

Partager cet article

Facebook LinkedIn
Loading…