Brass Bulletin 19, III / 1977 (page 29–30) · 1 min. de lecture
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Le trombone dans le Boléro de Ravel

Partie 2 – Fin

Par Jean Douay

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Dans un précédent article (Brass Bulletin 13), Jean Douay abordait, sur un plan général, le sujet du Boléro de Ravel qui passionne tant les trombonistes. Il nous parle aujourd'hui de son expérience personnelle. Dans un prochain numéro, il présentera sa façon d'aborder ce solo d'orchestre (Réd.).

Récemment, j'ai eu l'occasion de réentendre un Boléro que j'avais enregistré il y a une dizaine d’années, au cours d'une tournée. Je me suis ainsi aperçu d'une certaine évolution, autant dans le style que dans la sonorité; entre temps, j’ai changé d’instrument, ainsi que la façon d'exécuter ce solo. Avec le temps et l'expérience, on arrive à une plus grande maturité, fruit d’une lente évolution, notamment lorsqu'on est appelé à jouer ce morceau à maintes reprises, en tournée à l'étranger ou en France, avec des chefs différents, selon des conceptions différentes. J'ai joué mon premier Boléro au cours d'un grand gala pour l'inauguration d'une salle de concert, en présence de nombreux critiques et de personnalités importantes. Il me fallait maîtriser la partie et trouver grâce devant les censeurs les plus exigeants. J'ai eu la chance, ce jour-là, d'obtenir le succès que je recherchais, mais je garde cependant de ce concert un souvenir pénible, du fait de mon trac, sans doute le plus fort de ma carrière. Le Boléro était au programme, lors de ma première tournée avec l'Orchestre National, comme premier trombone. Au petit choc ressenti en l'apprenant, je compris que je risquais d'avoir le trac chaque fois que j'aurais à jouer ce solo. Mon raisonnement fut simple: ou j'acceptais ce poste, avec tous les risques qu'il comportait, et me soumettais à une préparation psychologique et artistique adéquate (se référer au prochain article), ou je renonçais. Inutile de dire que ma décision fut rapidement prise... Il est d'ailleurs fort heureux que j'aie dominé cette angoisse, car Léonard Bernstein qui avait mis cette œuvre en bis — mais ne l'aimait pas — nous assurait avant chaque concert qu'il ne la jouerait pas. Devant le succès obtenu, et vu les demandes pressantes de son entourage, il hésitait quelque peu... et finissait par l'annoncer au public ravi. Ce genre d’aventure est délicat pour le tromboniste, surtout si le concert a été dur et que le musicien s'est donné à fond. Il faut retrouver en quelques instants toute la concentration nécessaire.

Bernstein a une façon d'animer le Boléro qui vous met à l'aise; aucune anxiété ne se lit sur son visage. Bien au contraire, la progression de notre jeu dans le temps semble le libérer, ce qui est très réconfortant pour les instrumentistes. Il crée un Boléro avec l'orchestre. À l'inverse, Paul Paray n'a qu'un seul souci: celui du tempo qu'il impose inexorablement; c'est son boléro à lui seul, et l’orchestre est un instrument entre ses mains.

D'autres chefs, comme Jean Martinon par exemple, adoptent un tempo très confortable, à mi-chemin entre les extrêmes de Dervaux et de Paray. J. Martinon imposait à tout le monde une sorte d’unité rythmique, particulièrement intéressante pour le trombone, celui-ci étant le dernier à intervenir après la petite clarinette, le basson et le saxophone. Une conception centrale est nécessaire pour réaliser la synthèse et l'unité du langage musical. Si le solo de trombone n’intervenait pas à la fin de l’œuvre, le problème ne se poserait probablement pas de la même façon.

La responsabilité d'un trombone-solo est extrêmement importante; si la réussite est là, elle rejaillira sur tout l'orchestre, mais en cas d’échec aussi...

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