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Yvelise Girard, une femme au trombone

Les femmes et les cuivres

Yvelise Girard, une femme au trombone

L’un des volets de la rubrique «Les femmes et les cuivres» est ici consacré à une tromboniste professionnelle. C'est la première femme, en France, à avoir obtenu un poste officiel par voie de concours, et il m'a paru intéressant de la présenter aux lecteurs du Brass Bulletin.

Yvelise Girard, 22 ans, est née dans une famille où tout le monde pratique la musique. À 8 ans, elle assiste par hasard à un concert donné par une musique militaire américaine et c'est alors qu’elle découvre le trombone. Fascinée, elle décide aussitôt d'apprendre cet instrument, et on lui confie un trombone à pistons.

Bien qu'étonnés par son choix, ses parents l’inscrivent au cours de M. Launay, professeur au Conservatoire du Mans. C’est un homme d'une très grande gentillesse, et qui va considérer cette petite fille comme la sienne.

L'entrée d'Yvelise dans un groupe jusqu'alors exclusivement masculin n'a apparemment posé aucun problème: en effet, elle garde le souvenir d'une ambiance agréable et décontractée.

M. Ferran, successeur de M. Launay, l’encourage à se présenter au Conservatoire de Paris:

«J’avais 17 ans à l'époque et j'étais la seconde fille à faire partie de la classe de trombone; le succès de curiosité a donc été moins vif. Il se peut qu'au tout début ma présence ait étonné mes camarades, mais, très rapidement, nous avons formé une très bonne équipe, car nous nous trouvions confrontés aux mêmes problèmes.»

Deux ans plus tard, Yvelise obtient son premier prix. C'est à ce moment qu'elle commence vraiment à découvrir la musique: elle va au concert, écoute des disques, et désormais son travail s'axera davantage sur la musicalité.

La classe de musique de chambre (où elle obtiendra également un premier prix) l'aidera efficacement dans cette voie.

Après avoir fait le tour des grandes formations symphoniques de Paris, elle effectue quelques remplacements dans les orchestres de Nantes et de Limoges. Il est clair qu'elle ne passe pas inaperçue. Il en résulte des avantages et des inconvénients, comme lorsqu'il s'agit des concours.

Le principal avantage, c'est qu'elle sera écoutée très attentivement, et que si elle a bien joué, on retiendra plus volontiers son nom dans la masse des candidatures. En revanche, sa prestation sera minutieusement détaillée, critiquée, décortiquée.

Yvelise apprend un jour que la Musique de la police nationale met au concours deux postes de tromboniste. Ce concours étant ouvert aux femmes, elle pose sa candidature, qui est accueillie favorablement par M. Bigot, chef de cette musique.

Celui-ci entreprend toutes les démarches nécessaires auprès des différents ministères. Malgré les réticences de certains musiciens, Yvelise est engagée.

Mais les premiers mois sont très difficiles. Vêtue d'un coquet uniforme, coiffée d'un ravissant chapeau et chaussée d'élégants mocassins, elle s'astreint à jouer dans les concerts et les défilés en refusant tout traitement de faveur.

Un jour qu'il fait très froid, elle a un malaise au cours d'une cérémonie en plein air, mais n'accepte d'être réconfortée que lorsqu'elle apprend que deux de ses collègues ont déjà reçu des soins (son honneur étant sauf).

Pour les musiciennes qui viendront par la suite, les choses seront certainement plus faciles, mais Yvelise est la première tromboniste à jouer dans une musique de la police et son chemin est semé d'embûches.

Pendant les déplacements, M. Bigot lui réserve une chambre dans un hôtel, ce qui la dispense de «résider» à la caserne.

Dernièrement, Yvelise a passé un autre concours à la Musique de la police parisienne, mais elle hésite beaucoup à accepter cette place, car elle se trouverait au même pupitre que son trombone-basse d'époux.

Elle pense avec raison qu’il est parfois préférable, pour la paix des ménages, de dissocier la vie professionnelle et la vie privée.

Elle a constaté que, dans le métier, les hommes sont plus susceptibles: une remarque peut être «pertinente» si elle émane de Monsieur, et «désobligeante» si c’est Madame qui la prononce...

Comme elle est encore très jeune dans le métier, Yvelise est hérissée par le manque d'honnêteté de certains musiciens envers «la» tromboniste; son isolement au sein d'un orchestre composé exclusivement d'éléments masculins lui pèse malgré tout et elle a hâte de voir arriver une consœur.

En attendant, elle travaille énormément pour prouver sa valeur: elle se présente à tous les concours internationaux, notamment à celui de Prague où elle ira jusqu'en demi-finale.

Ce qui la console, c'est que les critiques les plus acerbes émanent toujours de musiciens plutôt médiocres. (Avec l'expérience, je pense qu'elle se rendra compte que la jalousie et la médisance sont distillées sans aucune considération de sexe...)

En se mesurant avec des garçons, Yvelise s’est aperçue qu'elle avait sur eux l'avantage de la souplesse et de la musicalité; par contre, elle doit se faire violence pour résoudre le problème de la puissance (peur inconsciente de paraître vulgaire?...).

Yvelise rêve d'entrer dans un grand orchestre symphonique parisien; elle souhaite aussi avoir un bébé. Cela nous vaudra une jolie histoire, qui commencera par ces mots: «le trombone-alto dont les parents trombone-ténor et trombone-basse...»

Yvelise va probablement donner une orientation nouvelle à sa carrière, en se tournant vers l'enseignement: ainsi elle n'aura plus besoin de suivre la Musique de la police nationale dans ses nombreux déplacements et pourra de ce fait s'occuper davantage de son foyer tout en continuant à jouer du trombone.

Par l'intermédiaire du Brass Bulletin, elle aimerait beaucoup entrer en contact avec d'autres «cuivres au féminin» afin d'échanger une correspondance et d'organiser d'éventuelles rencontres.

L'appel est lancé... Je suis sûr qu'il sera entendu.

Brass Bulletin 29, I / 1980 pages 49–52

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