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Johann Ernst Altenburg (1736-1801)
Dernier représentant de l’art héroïque de la trompette et des timbales
Par Arno Werner
Johann Ernst Altenburg, «juriste, trompettiste, compositeur et écrivain spécialisé dans la musique»¹, est, comme chacun sait, l’auteur de l’œuvre célèbre intitulée «Versuch einer Anleitung zur heroisch-musikalischen Trompeter- und Paukerkunst», publiée à Halle en 1795. C’est un livre surprenant et que l’on peut lire utilement encore aujourd’hui². Nous reproduisons ici, légèrement abrégé et avec des illustrations fournies par nous, la biographie d’Altenburg (1736-1801) écrite par Arno Werner³. Elle se base probablement sur l’autobiographie écrite par Altenburg en 1769⁴. Werner fit alors des recherches sur le reste de la vie de ce musicien et écrivain de talent⁵ et publia finalement la biographie complète dans la «Zeitschrift für Musikwissenschaft» (Breitkopf und Härtel, Leipzig) en 1933. Werner retrace de manière frappante la dimension et la tragédie de la vie d’un génie sans toutefois, selon moi, faire justice à sa grandeur, lorsqu’on considère que Eichborn a écrit de lui: «Un homme éduqué, érudit et respecté de tous, juriste, écrivain, compositeur et maître de la trompette...»⁶ Werner nous dit peu de tout cela.
Emilie Mende
Maison paternelle, jeunesse
Johann Ernst, fils du trompettiste de cour et de concert Kaspar Altenburg, vit le jour à Weissenfels (à présent en Allemagne de l’Est) le 15 juin 1736. Son père voulait à tout prix faire quelque chose de ce fils tardif, le seul de son second mariage. Pourtant, son éducation ne fut pas convenablement programmée et les nombreux essais et projets ratés produisirent une personnalité qui, si elle causa des difficultés à bien des gens, le rendit lui-même bien malheureux. «Ses premières années d’étude se déroulèrent en partie à l’école locale et en partie avec différents maîtres qui lui apprirent à lire et à calculer et lui donnèrent, jusqu’à ses quinze ans, les rudiments de la musique et du français. Il reçut ses premières leçons de piano, auxquelles ses parents l’envoyèrent très tôt, de Schwalbe, alors organiste de la ville. En 1751, il entra au Gymnasium Academicum où il étudia plusieurs années.» Le maître d’Altenburg (Schwalbe), juriste à Wittemberg et plus tard organiste de Weissenfels, écrivit ceci sur l’une de ses compositions écrite avec passion: «Interrompu, misérable salaire d’organiste à Weissenfels.» Il était colérique, querelleur, ce qui lui attira mépris et pauvreté. Les attaques que, plus tard, Altenburg lança contre ses supérieurs et les autorités dénotèrent la même excessive passion et conduisirent aux mêmes résultats désastreux.
Six semaines après sa naissance, le 1er août 1736, quatorze trompettes de cour et militaires se réunirent sur l’ordre de son père et, dans une lettre de contrat d’apprentissage, donnèrent leur accord solennel pour que Johann Ernst Altenburg serve son père comme apprenti dans l’art vénérable de la trompette. Il devait continuer à étudier jusqu’à l’âge de seize ans et n’être libéré de son contrat qu’à cette époque. Cette démarche du père, engageant son fils dans une profession alors qu’il était encore bébé, indique qu’il était parfaitement satisfait en tout point de son poste et que, selon lui, la trompette avait un bel avenir devant elle.
Mais les temps commençaient à changer. Le nombre des cours princières, comme la splendeur de celles qui restaient, étaient sur le déclin. Seuls quelques-uns des trompettistes de cour d’autrefois conservaient un emploi. La bourgeoisie montante prenait à son compte le patronage de la musique jusque-là réservé aux nobles, et les droits autrefois accordés par chartes royales et impériales et âprement défendus par les compagnons de l’art des timbales et de la trompette, se perdaient progressivement. Ainsi, les musiciens de la ville, les Stadtpfeifer, et les musiciens indépendants utilisaient à présent librement la trompette et les timbales, ce que, d’après les anciennes lois, l’on ne pouvait faire que devant les empereurs, les rois, les comtes et les seigneurs. En outre, les cordes s’étaient assurées une place dominante dans l’orchestre et avaient mis de côté les instruments à vent. Il était clair pour tous que cela signifiait la mort d’un art qui avait fleuri pendant deux cents ans et avait créé ses propres lois, dont l’organisation particulière était fermée à tous ceux qui ne faisaient pas partie de la corporation. Aucun de ceux qui étaient encore en formation à l’époque n’avait de perspective d’avenir; ces gens furent brutalement mis à la rue. Ce fut la situation peu enviable dans laquelle se retrouva Altenburg lorsque, le 14 avril 1752, à peine âgé de seize ans, il passa brillamment l’examen de trompette qui demandait généralement un minimum de six ou sept ans d’apprentissage. En ces quelques années de transition, son père vieillissant, tout comme ses collègues de la corporation, avait vu disparaître un monde glorieux.
Brass Bulletin 46, II / 1984 pages 63–77
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