Brass Bulletin 38, II / 1982 (page 25–30) · 9 min. de lecture
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Opinions des facteurs sur les instruments de cuivre

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Opinions des facteurs sur les instruments de cuivre

Au cours d'un programme de recherche poursuivi à l'University of Surrey sur les caractéristiques des instruments de cuivre, on a rassemblé toutes les déclarations des facteurs sur les qualités musicales de leurs instruments liées au matériau utilisé.

Les facteurs publient des catalogues expliquant à l'instrumentiste ce qui fait qu'un instrument est bon et pourquoi il doit choisir un instrument particulier en décrivant ses propriétés: situation qui conduit à un grand mélange de faits, de folklore, de renommée, de mythe et de mystique. Malgré l'incertitude générale quant au rôle joué par le matériau dans les caractéristiques musicales d'un instrument, bon nombre de facteurs sont pleins d'assurance dans leurs affirmations sur ce sujet (dans leurs catalogues et autres publications).

Dans les paragraphes suivants, toutes les expressions entre guillemets sont extraites de catalogues de vente et de documents d'information (en anglais) fournis par les facteurs d'instruments de cuivre Bach, Miraphone, Yamaha, Schilke, Paxman, Martin, Holton, Reynolds, Olds, King, Getzen et Conn. Aucun effort particulier n'a été fait pour modifier l'emphase de certains d'entre eux, cependant, bon nombre de citations ont été abrégées afin de supprimer les éléments peu importants ou non pertinents et pour assurer la continuité du texte.

Dans la préface de son catalogue, Bach affirme que «théoriquement, c'est la forme et non le matériau d'un instrument qui en détermine le timbre. Pourtant, les instrumentistes sensibles insistent sur le fait que les alliages utilisés pour les instruments de cuivre sont aussi différents en sonorité qu'en apparence», puis, il va encore plus loin en soutenant que «... les pavillons en laiton... produisent des notes vivantes, brillantes».

Miraphone peut vous fournir un instrument construit avec un «pavillon en laiton d'une formule spéciale donnant une note ample et pourtant bien centrée». Yamaha soutient Bach en «adoptant un pavillon en laiton au son éclatant...» et ajoute qu'«il confère à l'instrument une grande résonance et une superbe sonorité»; pourtant il peut vous vendre pour un peu plus cher un instrument «... de belle résonance, facile à forcer et au timbre éclatant grâce à son pavillon de laiton martelé en deux parties».

Toutefois, Schilke contredit ceci en affirmant «... qu'avec le laiton, il est nécessaire, une fois que le pavillon est formé, de le détremper en deux différents points... faute de quoi on trouverait que la qualité du son est devenue très sombre». De son côté, Paxman dit que «... le laiton assure une sonorité chaude...».

De nombreux facteurs désignent un matériau (habituellement celui du pavillon) dans leurs spécifications commerciales: Martin indique «laiton naturel» («natural yellow brass»), Holton «laiton ordinaire» («regular [yellow] brass»), Yamaha parle généralement de ses «alliages Yamaha spéciaux» («special Yamaha alloys»), puis spécifie un alliage pour le pavillon des trompettes, des cornets, des bugles et des trombones, mais pas pour les cors, les euphoniums et les basses (?).

À propos du cor, Reynolds dit que «l'emploi du laiton, plutôt que du maillechort donne à l'instrument une sonorité un peu plus brillante et plus franche» et Conn approuve en disant que «l'emploi du laiton plutôt que du maillechort pour le pavillon donne à cet instrument une sonorité légèrement plus brillante». L'explication est donnée par Reynolds lorsqu'il révèle que «le maillechort massif produit un son à la résonance sombre», mais Paxman jette le doute en affirmant qu'«une quantité de son considérablement 'assombrie' a été attribuée (à tort selon nous) à l'alliage plutôt qu'à un profil de pavillon radicalement différent... le maillechort avive et... condense la note dans une clarté éclatante».

Un trombone de chez Reynolds est «nickelé pour avoir un aspect et une sonorité modernes», quant à Conn, il dit au tubiste qu'«un solide nickelage sur l'évasement du pavillon lui donne une meilleure résonance». D'autre part, Schilke soutient que «... le plaquage n'affecte pas les qualités musicales des instruments de cuivre», ce qui n'empêche pas Olds de louer sa gamme Superstar dont «la finition argent brillant assure une qualité de son qui se remarque et se classe en tête». King produit un cornet avec un «pavillon en argent massif... projetant le son plus loin avec moins d'effort».

Bien que le laiton ait tendance à devenir le matériau standard, de nombreux modèles de haut de gamme comportent des parties en «cuivre-or» (ou rouge) en standard ou au choix. Selon Conn, Bach, Olds, Paxman et Miraphone, ce matériau rend la sonorité sombre, voilée, veloutée, timbrée, rebondissante, compacte, ronde, pleine, délicieuse et riche et lui donne une plus grande portée. Bien que leurs arguments soient encore douteux, ces affirmations sont raisonnablement cohérentes par rapport à celles concernant les instruments faits d'autres matériaux et selon d'autres procédés. Holton, Yamaha, Getzen et Reynolds spécifient tous le «cuivre-or» (ou rouge) pour certains de leurs instruments, bien qu'ils ne disent pratiquement rien de plus à ce propos.

Divers autres matériaux sont aussi utilisés: Conn fabrique des pavillons en Coprion, formés par galvanoplastie sur cuivre, ce qui donne à la trompette un «son plus sombre et plus riche». Conn fabrique aussi un pavillon Electro-D formé par galvanoplastie à partir d'un alliage non spécifié, mais il est indiqué que ce pavillon Electro-D ajoute «une stabilité et une précision du répondant». Reynolds produit un trombone dont «l'évasement du pavillon en Bronze-O-Lite centre et libère le son» et un autre dont «le pavillon en alliage de bronze donne... un son plus sombre et plus riche et une excellente projection».

Schilke a découvert que «si l'on frappait un coup sur le pavillon en acier, il émettait un son très vibrant. Cependant, quand nous jouions de cet instrument, la qualité du son était tout à fait morte... quant à l'évasement du pavillon, lorsqu'on le frappait légèrement, il émettait un son tout à fait mort comme si l'on frappait une pièce de bois. Le son qui en émanait lorsqu'on en jouait était toutefois extrêmement brillant». Ces découvertes amenèrent Schilke à utiliser son «bronze-béryllium» dont il dit: «ce matériau particulier a un merveilleux effet acoustique en ce sens qu'il a une portée remarquable. Il projette le son de manière tout à fait phénoménale».

Miraphone utilise «une formule de laiton secrète. D'autant plus sonore qu'il est sans imperfection, ce laiton de formule secrète produit le son symphonique qui distingue les instruments Miraphone de tous les autres cuivres».

Dans de nombreux cas, ce n'est pas seulement à l'alliage que l'on attribue des propriétés spécifiques, mais aussi à son épaisseur et à son état mécanique. Nous avons déjà rencontré des pavillons détrempés et des pavillons martelés, mais Conn soutient que «le formage par galvanoplastie permet de contrôler la forme, la structure du grain et l'épaisseur du métal... les pavillons produits selon cette méthode ont des qualités sonores remarquables à travers une vaste palette dynamique». Dans les ateliers Yamaha, on préfère «marteler le pavillon, ce qui améliore grandement son répondant et lui confère une beauté sonore unique».

Olds explique le principe de ses «pavillons ultrasoniques» qui sont sans soudure «parce que les soudures se remarquent réellement dans le son. Les coutures de soudures, acoustiquement mortes, cassent les vibrations naturelles ou les ondes sonores de l'instrument... tout comme une jetée construite pour arrêter le cours naturel des vagues de la mer».

Le même point de vue est défendu par King dont «la dernière partie du pavillon sans soudure est inerte et uniforme en ce qui concerne la structure du grain et l'épaisseur du métal» et Yamaha dont «le pavillon assemblé sans soudure, non gravé, formé avec des épaisseurs de parois différentes, procure une superbe qualité sonore, une intonation précise et un égal répondant dans tous les registres».

Olds, qui produit déjà ses «pavillons ultrasoniques», fait campagne pour un trombone muni «d'une couronne au pavillon qui donne le timbre requis dans la musique contemporaine» et Yamaha mentionne que «la couronne spécialement plombée du pavillon met en valeur la bonne réponse de l'instrument et sa sonorité bien centrée».

Certaines personnes évaluent un instrument en donnant un petit coup sur le pavillon: le trombone Urbie Green de Martin fait «ding au lieu de dunk. Cet instrument vibre quand on en joue... on peut vraiment sentir la note... elle est vivante». Reynolds produit une trompette avec un «...pavillon vivant...» et la trompette Eterna de Getzen a un «pavillon avec des propriétés acoustiques et une résonance spéciale que l'on peut sentir aussi bien qu'entendre».

Par ailleurs, Schilke dit que «en ce qui concerne l'instrument dans son ensemble, plus il résiste aux vibrations, mieux cela vaut. Cependant, l'épaisseur du métal et sa trempe à la branche d'embouchure, dans la coulisse d'accord et au pavillon affectent grandement la qualité du son produit par l'instrument» et aussi que «si le métal a une trempe trop forte, il a trop de vibrations propres».

L'épaisseur des parois est une qualité souvent mentionnée. Bach dit que «pour avoir le maximum de résonance, les pavillons d'une seule pièce ont une épaisseur de paroi qui varie progressivement selon une formule secrète» et fabrique un instrument «ayant un pavillon mince, ce qui lui donne du brillant et une résistance minime». Chez Yamaha, on pratique «un formage de précision pour les pavillons, avec contrôle automatique de l'épaisseur... testée au micromètre pour obtenir une solidité et une réponse sonore infaillibles», mais on ne semble pas très sûr de ce que devrait être cette épaisseur; cette maison fabrique des instruments avec un «pavillon qui a été formé et façonné pour avoir une épaisseur uniforme, afin de produire une qualité de son supérieure» et d'autres «ayant un pavillon dont la paroi varie légèrement en épaisseur, ce qui a une influence déterminante sur la sonorité de l'instrument».

Schilke, en parlant de «l'épaisseur d'un pavillon de laiton ordinaire» dit ceci: «J'aime que les zones critiques aient... entre 0,3 et 0,35 mm..., mais, avec le bronze-béryllium, j'ai la possibilité de fabriquer des pavillons avec des zones critiques n'ayant que 0,15 à 0,18 mm d'épaisseur», ce qui contredit ce qu'il a dit sur le fait que les instruments devraient être aussi inertes que possible.

Il est généralement admis que le vernis utilisé sur les violons peut avoir une influence déterminante sur les propriétés de l'instrument. Certains pensent la même chose pour les cuivres. Conn utilise une finition appelée Lustre-Conn dont «une très fine couche suffit, ce qui préserve la beauté naturelle de la sonorité de l'instrument». Yamaha affirme que «les progrès de la chimie ont permis d'obtenir des finitions conférant au son le maximum de clarté, de nuance et de réalisme», mais Schilke dit que son «instrument laqué avait une qualité sonore très altérée et une justesse générale modifiée» et ajoute que cela est dû au fait que la laque a une épaisseur de 0,18 mm, tandis qu'une finition argent par exemple n'a que 0,013 mm (ce qui, d'après ce fabricant, n'affecte pas l'instrument).

Toutes les informations ci-dessus concernent exclusivement le pavillon de l'instrument, mis à part ce que dit Schilke sur l'épaisseur de la paroi de la branche d'embouchure et de la coulisse d'accord. En plus du pavillon en argent massif des cornets de King, il existe une «branche d'embouchure en argent massif...» qui «...utilise les propriétés uniques de l'argent produisant un son sombre, mais très résonant» et Yamaha fabrique un trombone dont «la partie extérieure de la coulisse en laiton d'une seule pièce étirée... contribue à la bonne résonance».

Comme on le voit, on a beaucoup écrit sur les propriétés mécaniques et physiques des matériaux et des finitions utilisées pour les cuivres. Les facteurs semblent assez sûrs que les matériaux jouent un rôle essentiel sur la qualité acoustique d'un instrument et pourtant ils se contredisent lorsqu'ils en viennent à déterminer ce rôle. Schilke est le seul à offrir une certaine preuve pour étayer ses affirmations, mais ses expériences sont loin d'être rigoureuses et ses explications d'être scientifiques.

Qui a tort et qui a raison? J'espère que l'apparente désinvolture de cet article ne fera pas oublier la nécessité qui apparaît d'expérimenter ces propriétés de manière rationnelle, scientifique et probante, afin de résoudre les différences d'opinions que nous venons de souligner.

Le problème vient en partie du fait qu'il y a trop de différences en jeu, en particulier les tolérances de fabrication; quel constructeur peut se vanter que les instruments sortant d'une ligne de production jouent tous de façon identique? Ces différences aléatoires sont peut-être plus grandes que les subtilités attribuées au matériau utilisé.

Trop de gens ont essayé de résoudre tous les problèmes d'un seul coup et ont obtenu des résultats qui, à ce jour, ne semblent pas prouver l'existence de mécanismes significatifs liant le matériau utilisé à la qualité sonore. J'espère que cette situation ne durera pas trop longtemps encore!

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