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J'ai formé cet instrument personnellement

J'ai formé cet instrument personnellement

Que de fois n'entend-on cette phrase? Allons-donc!

Une trompette, un cor, un trombone, un tuba sont des aérophones. Le système de production du son est composé d'un morceau de chair (les lèvres) qui émet un certain nombre de vibrations. Ces vibrations sont transmises à une colonne d’air qui leur donne une structure, une couleur sonore. Les lèvres sont commandées par l'homme, les tubes de l'instrument délimitent la colonne d'air. Ces deux éléments ont tendance à équilibrer leurs actions et, dans un cas idéal, on aura une justesse et une richesse de sonorité optimales. Sinon (les lèvres étant le seul élément mobile de l'ensemble) elles devront chercher à forcer l'action de la colonne dans le sens qu'elles veulent lui donner. Les pressions moléculaires de la colonne d'air sont continuellement différentes, de même que les vibrations labiales sont variées: les endroits des nœuds et ventres de vibrations sont différents pour chaque note. Former un instrument reviendrait à faciliter la formation des nœuds de vibrations en créant artificiellement des ventres de pressions à ces endroits. Mais, puisque la frontière de la colonne d'air, le tube, est rigide, il faudrait donc pallier à cette rigidité par un dépôt de matière quelconque. Dans ce cas, seules quelques notes seraient favorisées: celles ayant un ventre de pression (nœud de vibrations) aux endroits des dépôts; par contre les autres notes en seraient considérablement gênées.

Non, l'instrument lui-même, tel que le facteur l'offre sur le marché, ne peut plus être formé, acoustiquement parlant. Tout au plus peut-il être déformé par des bosses. Mais la lèvre, elle, est susceptible de s'adapter, de s'éduquer. Dans le tube maintenu par la presse hydraulique qui lui donnera sa forme, le facteur envoie une pression de 400 atmosphères environ. Quel est le souffle humain qui peut rivaliser avec une telle force? Aucun, mais d'une chiquenaude je peux causer un tort irréparable à une lèvre. Déjà surprenante quand il s'agit d'un instrument, l'idée de formation par le souffle, ou la manière plus ou moins inspirée dont on le propulse, devient aberrante lorsqu'il s'agit d'une embouchure. On ne forme ni l'instrument ni l'embouchure en les travaillant, on s'y adapte.

Mais pourquoi, me direz-vous, m'en prendre à ces orgueilleux qui prétendent améliorer leur instrument? C'est que, en pédagogie musicale, cette notion est dangereuse. Ainsi, tel professeur déconseillera-t-il un bon instrument à un élève débutant, sous prétexte qu’il le déformera par manque d'expérience, par un souffle malhabile. Et l'élève a toutes les chances de devoir s'époumoner sur un instrument de mauvaise facture ou d'occasion, dont les pistons perdent l'air. Très tôt il sera découragé ou déformé par son instrument. De même il sera facile, si sa sonorité sur un bon instrument ne s'améliore pas au fil du temps, de prétendre que l'instrument a été mal formé au début, que l'élève n'y est pour rien et que seul l'achat d'un nouvel instrument pourra y changer quelque chose...

Brass Bulletin 17, I / 1977 pages 28–29

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