Non, l'instrument lui-même, tel que le facteur l'offre sur le marché, ne peut plus être formé, acoustiquement parlant. Tout au plus peut-il être déformé par des bosses. Mais la lèvre, elle, est susceptible de s'adapter, de s'éduquer. Dans le tube maintenu par la presse hydraulique qui lui donnera sa forme, le facteur envoie une pression de 400 atmosphères environ. Quel est le souffle humain qui peut rivaliser avec une telle force? Aucun, mais d'une chiquenaude je peux causer un tort irréparable à une lèvre. Déjà surprenante quand il s'agit d'un instrument, l'idée de formation par le souffle, ou la manière plus ou moins inspirée dont on le propulse, devient aberrante lorsqu'il s'agit d'une embouchure. On ne forme ni l'instrument ni l'embouchure en les travaillant, on s'y adapte.
Mais pourquoi, me direz-vous, m'en prendre à ces orgueilleux qui prétendent améliorer leur instrument? C'est que, en pédagogie musicale, cette notion est dangereuse. Ainsi, tel professeur déconseillera-t-il un bon instrument à un élève débutant, sous prétexte qu’il le déformera par manque d'expérience, par un souffle malhabile. Et l'élève a toutes les chances de devoir s'époumoner sur un instrument de mauvaise facture ou d'occasion, dont les pistons perdent l'air. Très tôt il sera découragé ou déformé par son instrument. De même il sera facile, si sa sonorité sur un bon instrument ne s'améliore pas au fil du temps, de prétendre que l'instrument a été mal formé au début, que l'élève n'y est pour rien et que seul l'achat d'un nouvel instrument pourra y changer quelque chose...