Mais plus intéressante et enrichissante encore était l'occasion que l'on avait de faire tant de nouvelles rencontres, de raviver d'anciennes amitiés et de côtoyer tant de si grands cornistes contemporains. Les « grands » étaient toujours accessibles, serviables et amicaux, et c'était aussi un grand soulagement de découvrir qu'eux aussi étaient des personnes réelles, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs espoirs et leurs rêves propres, pas différents des vôtres.
Je me souviens de Ib Lanzky-Otto expliquant dans un cours magistral un problème particulier qu'il avait avec une certaine technique. Il s'ensuivit, bien sûr, une démonstration sans faille de cette technique. Ah !...
Il faudrait la totalité de cette revue pour relater tout ce qui s'est passé, je me contenterai donc des quelques noms et événements les plus représentatifs.
Peter Damm et Hermann Jeurissen donnèrent des conférences (parues dans The Horn Call) sur les concertos de Mozart. Damm postula que Mozart avait conçu 7 concertos pour cor, en prenant pour preuve les fragments de musique existants.
Jeurissen alla plus loin en expliquant sa reconstitution du premier mouvement du cinquième concerto pour cor de Mozart à partir d'un fragment. On peut discuter certains détails de cette reconstitution, mais une chose est claire : le mouvement sonne tout à fait comme du Mozart, la musique est belle et son exécution par Jeurissen (avec orchestre) était exquise.
Quelqu'un posséderait-il d'autres fragments à confier à ce jeune homme ?
Il y eut une discussion assez animée, où tout le monde était du même côté, sur l'utilisation du cor aigu (ce qui, je suppose, inclut les doubles cors en Si bémol/Fa aigu). Tout le monde fut d'accord pour trouver son utilisation dangereuse en dehors du registre aigu et du style de musique approprié, et pour dire qu'il peut faire perdre confiance lorsqu'on en abuse. Tout le monde admit également en avoir un.
C’est probablement Hermann Baumann qui traita ce sujet le plus judicieusement lors d’une conférence sur le cor naturel. Il dit que tout ce qui sert la musique est légitime. C'est la musique qui compte, non le matériel.
En outre, il est injuste de condamner le cor aigu ou de l'exclure des concours (par exemple les trompettistes utilisent les petites trompettes) de façon arbitraire et préjudiciable. Même les jurys, dit-il, n'évaluent pas votre matériel pièce par pièce. C'est le résultat musical qui compte, non comment on l'obtient.
À la fin de cette même discussion, Michael Höltzel demanda un vote de soutien à une lettre qu’il enverrait à des éditeurs de musique pour leur demander de bien vouloir laisser les parties de cor dans leur tonalité d'origine.
Selon Kurt Janetzky, les éditeurs répondent habituellement que « ce sont les Américains qu’il faut blâmer car ils n'achètent pas de parties dans les tonalités d'origine ». C'était une découverte pour les participants américains qui avaient hâte de rentrer chez eux pour questionner leurs bibliothécaires d'orchestre.
Pour ce qui est des performances de solistes, nous fûmes traités royalement, un vrai régal pour les oreilles. Ou encore, un smorgasbord musical, une grande variété de sons, de styles, d'interprétations avec quelque chose pour chacun.
Pour n'en citer que quelques-uns : Frøydis Ree Wekre prouva de nouveau sa parfaite mémoire et sa maîtrise des matériaux difficiles, alliée à une belle sonorité et à des phrases chantantes.
Sans l'impossibilité chronologique, je serais sûr que l’« appel de Siegfried » a dû être écrit exprès pour Gerd Seifert.
Lorsque Peter Damm eut terminé le Quintette K.V. 407, j'abandonnai l'idée de jamais entendre une meilleure exécution de Mozart.
Je fus impressionné par l'habileté de Ferenc Tarjáni à rendre très belle et agréable une pièce de musique moderne pas particulièrement jolie en soi.
Douglas Hill paraissait à l'aise tandis qu'il faisait preuve d'une étonnante virtuosité dans l'exécution de morceaux de sa propre composition ; ceux-ci me semblent parmi les plus intéressants et agréables des compositions contemporaines pour cor, en partie parce qu'ils ont un contenu et un effet émotionnel que l'on rencontre et que l'on ressent rarement dans de telles musiques.
J'ai envie de dire ce que j’ai sur le cœur, quelques commentaires sur les conditions dans lesquelles les solistes ont souvent dû donner leurs récitals.
Il y avait parfois la gêne des caméras, des éclairages et des équipes de TV ; ou des moissonneuses et des tracteurs au-dehors ; mais les pires distractions vinrent (c'est à peine croyable) du public des participants.
Même après des demandes réitérées du Dr Berg (directeur de la Bundesakademie) et de Michael Höltzel, certains continuèrent à prendre des photos pendant les exécutions.
Un exemple : un jeune homme, au premier rang, se leva juste en face d'un soliste dans les dix dernières secondes du final et crac ! le flash retentissant de son SLR à la dernière note.
Il est vrai que cela n'en arriva pas au même point qu’à Montreux en 1976 où il y avait, en plus des caméras, de fortes conversations et le bruit constant de plus de 200 magnétophones manipulés pendant les exécutions.
Honte ! Honte à tous ces imbéciles, barbares et autres insensibles qui ont préféré des souvenirs au respect des solistes et des auditeurs ! Pensez-y. Et, la prochaine fois, attendez que l'on en soit aux applaudissements avec vos photos !
Le point culminant de la semaine — au sens propre du terme — fut notre voyage au château de Hohenzollern, château fort perché sur une haute colline conique où nous pûmes jouir du même panorama et du même coucher de soleil que la famille royale Hohenzollern.
La musique que nous y avons entendue était aussi digne d'un prince (il est vrai que le prince Louis Ferdinand était présent), avec des performances tout d'abord dans la cour par le groupe de cors de Detmold sous la direction de Michael Höltzel et par Peter Damm au cor des Alpes, puis dans la salle des Comtes par cinq jeunes exécutants âgés de 17 à 23 ans : Jakob Slagter, Matthias Berg, Kerstin Künkele, Radovan Vlatković et Bruno Schneider.
Ils jouèrent magnifiquement, glorieusement, avec facilité et confiance.
Pour terminer le programme, un ensemble d’une douzaine des meilleurs cornistes du monde joua le Coup des Cors de Karl-Heinz Köper (Burleske für 12 Hörner), suivi d'un arrangement encore plus outrageux de l'ouverture d’Egmont pour Un Tas de Cors (Alan Civil).
Ce fut une folie de virtuoses, goûtée pleinement par tous.
Il y eut ensuite un buffet, avec trop peu de sandwichs et trop de vin, je n'en dis pas plus...
Tout compte fait, ce fut une semaine très satisfaisante, bien qu'épuisante.
Bon nombre de choses apprises durant les conférences seront vite oubliées, mais, de toutes façons, ça n'est jamais là le but principal de telles manifestations.
L'essentiel que l’on retire de ces réunions et de tout atelier est le sentiment chaleureux qui demeure d'avoir créé ou renouvelé des liens d'amitié nombreux avec des personnes intéressantes d'un peu partout, solistes aussi bien que participants.
Cette brève semaine de sons, de contacts et de bons moments stimule, renouvelle l'enthousiasme pour l’instrument et sa musique, et son écho se fait entendre encore longtemps après.
J'envie les gens qui peuvent participer à un atelier chaque année.
On a vaguement parlé d'un Symposium à Avignon l'année prochaine, organisé par Daniel Bourgue : « Où est mon livre de grammaire française ? » [sic].