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Magazine international des cuivres

Brass Bulletin 30, II / 1980 (page 57–60) · 4 min. de lecture
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De la sensibilité des instruments de cuivre

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De la sensibilité des instruments de cuivre

Il est paru dans Brass Bulletin d'intéressants articles concernant ce problème. C'est l'opinion d'un luthier, facteur et réparateur d’instruments, que je viens vous apporter.

En ce qui concerne le rôle du matériau dans la qualité d'un instrument à vent, on peut avancer l'hypothèse que les parois qui constituent le tube sont soumises constamment et à des points précis à une alternance de pression et de dépression qui constitue un facteur de vibration du tube.

L'intensité de cette vibration est fonction de l'amplitude de l'onde, elle est également fonction de la nature du métal, de son élasticité, de sa densité et de son épaisseur.

En fait le tube est soumis à deux sortes de vibrations :

— une vibration transversale (le tube augmente et diminue de diamètre) ;

— une vibration longitudinale (le tube ondule dans sa longueur).

C’est la combinaison de ces deux vibrations qui détermine l'influence sur le son du matériau constituant l'instrument.

Cette influence est d'une part qualitative (timbre) et d'autre part quantitative (intensité du son). Elle peut être favorable, neutre ou défavorable au résultat final recherché.

L'importance de la place des entre-deux apparaît donc clairement.

C'est l'énergie absorbée par le frottement de l'air sur les parois, plus ou moins rugueuses, qui rend l'instrument neuf plus difficile d'émission.

Il se forme par la suite à l'intérieur des tubes un léger dépôt visqueux qui diminue cette perte d'énergie par frottement et l'émission devient plus libre, plus facile ; par ailleurs l'instrument s'assouplit progressivement aux endroits des ventres de pression.

Il est indéniable que le musicien confère à son instrument « l'empreinte » de sa sonorité. Dans ma longue carrière, j'ai eu l'occasion de vérifier ce phénomène sur des centaines d’instruments différents. Lorsque, après réparation, j'essaie l'instrument, je suis immédiatement informé de la sonorité personnelle du client, cette observation se vérifie quand celui-ci vient chercher son instrument et le joue.

Le timbre particulier d'un musicien se caractérise par la présence d'un « formant » c'est-à-dire l'émergence préférentielle d'un groupe d'harmoniques.

Il est donc probable que l'instrument se « brise », s'assouplit d’une manière déterminée par l'échelle des fréquences du formant.

L'acquis de cette flexibilité particulière du corps sonore se manifeste lorsqu'un autre musicien utilise l'instrument imposant son jeu propre, tout au moins pendant un certain temps.

Je me souviens que, lorsque je faisais du métier comme corniste, j'avais horreur de prêter mon instrument même pour quelques minutes, ayant le sentiment de ne plus retrouver ni sonorité ni sûreté d'attaque.

Parlant de la trompe de chasse, M. Jacques Poncet a raison : « l'écrouissage » donne du timbre et le « recuit » en enlève, mais c'est la présence d'une « guirlande » sertie et non soudée qui empêche le pavillon de trompe de vibrer à sa fréquence propre.

Le rôle de la trompe est de signaler aux participants dispersés les circonstances de la chasse à courre.

Considérant l’énorme amortissement acoustique des arbres de la forêt, elle est sonnée avec un timbre « saturé » d'une très grande intensité sonore.

La nuance fff s'obtenant par addition d'harmoniques élevés, la nuance pp par soustraction de ces mêmes harmoniques, l’intensité des harmoniques de faible rang restant dans les deux cas sensiblement la même, c'est pourquoi sur tous les instruments, le timbre n'est pas le même dans le pp, le mf ou le ff.

Pour aborder un autre problème, je dois dire que la lecture de l'article de M. Thomas Stevens « La trompette aux USA » traitant des modifications que les artistes américains font faire à leurs trompettes m'a vivement intéressé.

C'est sans doute l'esprit cartésien du Français, mais je pense que la mise au point d'un instrument doit être quelque chose de raisonné, sinon, on attend tout du hasard.

Par exemple, on peut essayer des branches d'embouchure à perpétuité sans atteindre de résultat si le défaut incriminé se loge dans les tubes cylindriques, une potence, une coquille de pistons ou si un ventre de pression se trouve juste sur le diamètre du piston.

Soit dit en passant, lorsqu'on parle de « noeuds et ventre de vibrations » il convient toujours de préciser « noeuds ou ventre de vitesse » ou « noeuds ou ventre de pression ».

Dans le domaine de la justesse, les corrections que l'on fait sur un ventre de vitesse sont d'une autre nature que celles faites sur un ventre de pression pour un même résultat.

L'emplacement sur le corps de l'instrument de ces noeuds et ventre de vitesse ou de pression se détermine par le calcul et se vérifie expérimentalement.

À la formule de base, il convient d'apporter de multiples corrections : impédance de l'embouchure, diamètre de la perce, rapport des cônes, rayons des tubes cintrés et des potences (un tube cintré n'a pas la même impédance qu'un tube droit de même diamètre), répartition de la température, etc.

La branche d'embouchure étant toujours plus chaude que le reste de l’instrument, l'onde sonore s'y déplace évidemment plus vite.

On néglige souvent les problèmes de températures. Pourtant entre 10°C et 40°C l’écart est d'un 1/2 ton !

La viscosité de l'air n'est pas la même à toutes les températures et le son se propage plus vite dans un air chaud.

Cette vitesse de propagation est également variable avec le degré hygrométrique et la teneur en CO2.

La mise au point au stroboscope doit donc se faire à température constante, sinon on perd son temps.

Il y a beaucoup à dire sur la facture instrumentale et sur l'acoustique des instruments et, à en juger par les questions qu'ils me posent journellement, les jeunes musiciens semblent très ouverts à ces questions et il m'arrive, sous forme de conférences, de leur faire partager la passion que j'ai pour mon métier.

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