Brass Bulletin 19, III / 1977 (page 45–49) · 7 min. de lecture
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L'hygiène des dents

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Une discipline impérative pour les musiciens de cuivres

Dans l’esprit de tout le monde existe l’idée que, en grandissant, en devenant adulte et en vieillissant, la perte graduelle des dents est inévitable. Ceci est faux. On devrait être capable de mastiquer des aliments de toutes formes et sourire de ses propres dents pendant toute sa vie. Ceci demande néanmoins une série de mesures à prendre, de précautions à observer, non seulement de la part du médecin-dentiste, mais aussi de celle du patient.

Le problème principal est souvent dû au fait que la plupart des patients pensent qu’ils font tout ce qui est nécessaire en gardant leurs dents bien brossées et sans caries. En fait, ceci n’est qu’une partie des soins à apporter, car on perd moins de dents par caries que l’on en perd à cause des maladies de la gencive et de l’os alvéolaire. À l’âge de 45 ans, un Américain sur six est édenté et à l’âge de 60 ans, la proportion passe à trois individus sur six. Si l’on consulte les rapports de l’Organisation mondiale de la santé, on peut y lire que la maladie parodontale (des gencives et de l’os sous-jacent) est la maladie la plus répandue au monde. Il n’y a pas d’endroits où cette maladie n’existe pas. Dans plusieurs régions, elle touche déjà la moitié des enfants et pratiquement toute la population adulte. On sait aussi qu’environ 20 % de la population du globe est édentée. Une étude récente, conduite à Malmö, a fait ressortir qu’environ 40 % de la population porte des prothèses partielles, et 17 % est porteur de prothèses totales.

Ces chiffres, qui proviennent de pays à haut standard de vie, démontrent de façon éclatante l’inefficacité des services sanitaires dans la prévention et le contrôle des maladies dentaires. Si l’on se penche sur les causes d’extractions, il apparaît, d’après quatre enquêtes faites aux U.S.A. (1929-1960), que la carie et la maladie parodontale en partagent de façon pratiquement égale la responsabilité. Toutefois, le nombre de ces extractions est distribué de façon différente dans les divers groupes d’âge. La carie, responsable de la perte des dents dans une proportion de 40 %, est sans conteste le facteur le plus important avant l’âge de 30 ans. Entre 30 et 40 ans, on note une augmentation rapide du nombre des extractions dues à la maladie parodontale, la carie continuant ses ravages, et, après 40 ans, la maladie parodontale devient la cause dominante des extractions.

Toutes ces données doivent faire réfléchir. En effet, il y a plus de 30 ans, Sidney Smith écrivait, en abordant le problème de la prévention : 

Afin d’être une aide véritable pour son patient, le médecin-dentiste doit faire plus qu’un nettoyage et un polissage soigneux des dents. Il doit éduquer son patient afin de mettre en valeur ses tissus gingivaux et être sûr qu’il sache comment leur donner les soins qu’il convient... 

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Il est certainement intéressant de regarder ce qui a été dit à ce sujet et citons J. Fox qui écrivait en 1846, dans un livre intitulé « L’Histoire naturelle et les maladies des dents humaines », les phrases suivantes : « Les jeunes gens devraient être poussés à garder leurs dents propres, et l’emploi de la brosse à dents sera, simplement avec de l’eau, dans la plupart des cas amplement suffisant à cet effet. En adjonction à la brosse à dents, on peut retirer de grands avantages par l’emploi de la soie dentaire, comme le recommande le Dr T. S. Parmly. Par ce moyen, les dépôts, qui ne peuvent être atteints par la brosse, sont éloignés des espaces interdentaires, endroits où ils provoquent la carie. S’il était possible de maintenir les dents propres de façon constante, ces dernières ne se carieraient jamais. »

Cette citation a, je le rappelle, plus de 100 ans. Il est peut-être aussi intéressant de savoir que la brosse à dents moderne a été inventée par les Chinois en 1498. Citons encore un autre auteur, J. Greenwood, qui écrivait avant 1800 :

Il existe une opinion idiote, parmi la masse ignorante, qui prétend que le brossage fréquent des dents et des gencives les use et les blesse. Ceci signifie pour ces gens qu’ils ont, un jour, la triste surprise de découvrir que leurs dents sont perdues irrémédiablement, alors qu’ils voulaient éviter de faire ces dégâts en suivant les avertissements qu’on leur avait donnés. Il faut se renseigner à bonne source, il faut garder ses dents et ses gencives propres, de même que sa personne. La propreté est une chose sûre dans la promotion de la santé.

Michel G. Corti

Michel G. Corti

Arnim, dans un article publié en 1967, parlant des développements lents des programmes de prévention dentaire, écrit : 

Il était clair que les membres d’une profession consacrée à l’obturation et au remplacement des dents malades étaient réticents à s’engager dans un programme de prévention soi-disant non pratique... 

Que fait-on chez nous, en Suisse, à ce sujet ? Je ne parle pas ici des mesures prophylactiques entreprises à grande échelle telles que la fluoration du sel ou des eaux et l’introduction, lente il est vrai, des brossages collectifs dans les écoles. J’entends par là : « Que fait-on dans les cabinets dentaires ? » Combien de médecins-dentistes passent le temps suffisant pour informer et expliquer à leurs patients les problèmes auxquels ils sont confrontés ?

En effet, c’est un système très ingénieux qui tient nos dents en place. Les dents ont été créées pour couper, déchirer, écraser, meuler une variété infinie d’aliments. Pour remplir leur rôle sans dommage, il faut qu’elles soient fermes tout en conservant une souplesse relative permettant d’absorber les chocs. Les racines sont bien adaptées à l’os, mais ne font pas corps avec ce dernier. Au contraire, elles sont entourées par une fine couche appelée la membrane parodontale, et elles sont ancrées par des milliers de petites fibres qui relient l’os alvéolaire à la racine de la dent en passant par la membrane parodontale. Les gencives recouvrent et protègent cette fine mécanique, et du même coup maintiennent les dents en place.

Il est très important que les gencives soient très bien adaptées aux dents, de façon à ce que la nourriture ou d’autres corps étrangers ne viennent pas se prendre entre les dents ou entre la gencive et la racine de la dent. Des gencives saines sont fermes au toucher et rose pâle de couleur. S’il y a inflammation, ou gingivite, les gencives deviennent rouges et gonflées et se détachent de la dent. Si les gencives saignent lors du brossage, cela signifie qu’elles sont irritées, qu’elles sont congestionnées de sang, donc ne peuvent plus remplir leur rôle de défense contre la maladie. En s’écartant de la dent, les gencives permettent aux débris alimentaires et aux bactéries de se loger dans les poches ainsi formées. Le résultat inévitable d’une inflammation de la gencive non traitée est la parodontite.

Dans le même temps, les déchets s’accumulent dans la poche et forment une substance dure ressemblant à du ciment que l’on appelle le tartre et qui ne peut pas être ôtée par la brosse à dents. Au fur et à mesure que l’inflammation progresse, tout d’abord la gencive, puis la membrane parodontale sont détruites, et finalement l’os et les racines des dents sont sévèrement endommagés par l’infection. Les dents deviennent mobiles, puis sont perdues.

Le docteur S. Ramfjord, professeur à l’école dentaire de l’Université du Michigan, a remarqué que les premiers signes de maladie de la gencive apparaissent vers la fin de l’enfance ou vers l’adolescence, époque de la vie où l’inflammation de la gencive n’est généralement que très légère. « En général, il n’y a aucune douleur », explique-t-il, « et beaucoup de gens ne savent pas qu’ils souffrent de cette maladie jusqu’au moment où elle a progressé de façon telle qu’elle est difficile à traiter. »

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Que peut-on faire pour garder des gencives saines ?

  1. Très important : consultez votre médecin-dentiste régulièrement, au moins deux fois par an. Demandez-lui d’examiner vos gencives (non seulement vos dents) et collaborez avec lui dans la lutte pour la prévention de la maladie attaquant vos gencives. Demandez-lui également de vous montrer la façon adéquate de vous brosser les dents, tout en massant vos gencives afin de les maintenir en bonne santé. Il vous indiquera alors comment nettoyer les espaces qui n’auront pas été atteints par la brosse à dents. En effet, une étude a montré que, si un brossage adéquat réduisait les maladies de la gencive de 6,6 %, le nettoyage interdentaire amenait une réduction de 23,6 %.
  2. Faites enlever le tartre régulièrement. Si vos gencives sont gonflées, enflammées ou si elles saignent facilement, cela signifie qu’elles sont malades. Même si vous effectuez un brossage correct, il est pratiquement certain qu’avec le temps du tartre va se former au-dessous de la gencive. Si ce dernier n’est pas enlevé régulièrement, jusque dans les endroits les plus cachés, on peut considérer le tartre comme aussi dangereux qu’une écharde laissée dans un doigt. Le dentiste ou l’hygiéniste dentaire pourront déceler ce tartre avant qu’il ait provoqué des dégâts irréversibles. Plus vous attendrez, plus compliqué et plus coûteux sera le traitement visant à restaurer une gencive malade.
  3. Faites corriger au plus vite les autres états provoquant des dégâts à la gencive. Chez certains individus, les dégâts à la gencive peuvent être dus à des travaux de restauration mal adaptés (couronnes, amalgames) ou au manque de travaux de restauration laissant des espaces vides provoquant des déséquilibres au niveau des arcades dentaires. D’autres individus peuvent avoir besoin de chirurgie consistant en des corrections de la forme gingivale et l’élimination des poches formées entre la dent et la gencive.

Enfin, il faut citer la relation pouvant exister entre certaines maladies générales telles que l’insuffisance thyroïdienne ou le diabète et les maladies gingivales. 

La négligence est la cause principale des maladies gingivales », déclare le professeur Glickman, de Boston (U.S.A.), « négligence de la bouche saine permettant à la maladie d’apparaître ; négligence de la maladie à son début permettant la destruction des tissus de support de la dent et négligence de la bouche traitée qui permet à la maladie de récidiver. 

La morale est claire : en prenant les mesures appropriées visant à soigner et entretenir vos gencives et vos dents saines, vous devriez pouvoir garder vos dents toute votre vie.

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