Brass Bulletin 18, II / 1977 (page 9–11) · 2 min. de lecture
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Fragments d'idées et souvenirs concernant «Passages» pour trompette et cordes

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Le passage d'une situation à une autre m'a toujours fasciné, probablement parce qu'on ne sait jamais quand ou comment il se produira, et pourtant on l'attend à tout instant...

Au cours d'un séjour à Bath (Angleterre), j'ai été frappé par les signaux acoustiques des lumières de la circulation. Lorsqu’elles passaient au rouge pour la circulation, une sonorité relativement haute et pénétrante, rapidement répétée, disait au conducteur «d'attendre» et, jointe à la lumière verte, invitait les piétons à «se dépêcher de traverser».

Il y a tant d’expériences dans la vie qui nous rappellent l’antagonisme du «rouge contre vert» des feux de circulation...

Le fait d'attendre le vert et de respecter la lumière rouge doit être appris, pour le bienfait de notre propre sécurité et dans notre intérêt...

Un passage arrive... parfois de façon surprenante, abrupte, inattendue, submergeante... puis à nouveau, comme un héraut du changement, attendu et préparé...

Un pont est un passage... ordinaire... important...

Une allée, une ruelle sont aussi des passages... matériellement parlant... et pourtant elles représentent aussi des passages mystiques...

Victor Fenigstein, Passages pour trompette et cordes

Victor Fenigstein, Passages pour trompette et cordes

Écoutant un concert de l'Orchestre symphonique de Radio-Télé-Luxembourg, je dressai l’oreille lorsque le premier trompette solo commença à jouer: un maître sensible sur son instrument. Il s'appelle Gérard Minière, c'est un jeune homme modeste qui s'intéresse à tout ce qui concerne la trompette et les autres instruments de cuivre, et qui est parfaitement ouvert à toute tentative sérieuse de nouveaux modes d'expression musicale.

J'ai décidé d'écrire quelque chose pour lui. C’est pourquoi les «Passages» lui ont été dédiés. La partie du soliste n'est pas censée représenter le «grand héros» comme cela a souvent été le cas dans le répertoire passé...

L'orchestre n'est pas censé représenter «le brillant accompagnateur au service du grand héros»...

De temps à autre, on frappe sur les instruments à cordes, mais également sur la trompette; certainement pas au moyen d'un «lourd marteau», mais avec une pointe de doigt sensible (je dis cela pour calmer l'esprit du musicien traditionnel). Et cela ne se fait pas dans un désir ordinaire d'effet, mais pour élargir la palette des sons en utilisant toutes les possibilités offertes par les instruments...

Évidemment, certains d’entre vous protesteront: «Je n'ai certainement pas passé des années de ma vie à apprendre à jouer du violon pour devoir taper dessus avec mes doigts.» Et les mêmes artistes mépriseront les indications «con legno» d'une partition moderne (qui sont plus faciles à mépriser qu’à jouer, d'ailleurs)...

Je les entends déjà dire: «Parties ad libitum sans tempo indiqué? tempo a piacere... molto libero... environ 1’45» comme seule spécification de temps? Certainement le compositeur ne sait pas ce qu'il veut — ou alors il ouvre tout grand la porte au chaos, à la véritable propagande anarchiste... nous refusons d'y souscrire!» Ces artistes préfèrent donc ne pas jouer du tout. Jamais ils n'auraient l'idée d'essayer par eux-mêmes ou avec d'autres, de quelle façon le passage sonne le mieux — ils risqueraient de découvrir qu'il y a plusieurs possibilités différentes de donner la «bonne» interprétation! Ou pire: cet essai-pour-trouver-la-bonne-chose pourrait subitement devenir un plaisir en soi...

Allez-y maintenant et essayez — et bonne chance pour les 13 minutes environ de «Passages» pour trompette et cordes!

Victor Fenigstein

Victor Fenigstein

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