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Pierre Vilhardin de Belleau
Trompettiste de Louis XV
Par Henry Parramon
Pierre Vilhardin de Belleau, Trompettiste de Louis XV
A la suite de recherches personnelles à la Bibliothèque Nationale de Paris et aux Archives départementales, je découvrais l’existence d’un trompettiste du Bourbonnais à la Cour de Louis XV: Pierre Vilhardin de Belleau de la commune de Treteau, élection de Moulins. En me rendant sur le lieu-dit de «Belleau» je me trouvais en présence d’un petit château aux charmes certains, de proportions modestes, mais hélas dans un état déplorable. Ce château semble servir depuis longtemps d’entrepôt à la ferme qui jouxte celui-ci.
Il est permis de penser qu’un jour peut-être, ce château soit un haut lieu de rencontre des cuivres, animé par des concerts, pour sauvegarder le témoignage de cette demeure qui a pu parvenir jusqu’à nous et dont les murs se souviennent encore de ces belles fanfares royales qui ont fait la gloire de la France aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles...
Je reviens maintenant à notre illustre personnage: Pierre Vilhardin de Belleau. Nous ne savons pas où il vit le jour. Peut-être à Belleau C’était en 1674 si l’âge porté sur son acte de décès n’est pas erroné: il aurait eu 69 ans au moment de sa mort survenue à Moulins le 2 mai 1743. Il y avait épousé, le 11 juillet 1701 Anne Peret, fille de Jean Peret sieur de Coudray et de Gilberte Jodard. Il exerçait alors une charge de Conseiller du Roy. C’est en 1719 qu’il acquit sa charge d’officier «Trompette de la Grande Ecurie et la Chambre du Roy».
Issu d’une famille de marchands, son père, Pierre Vilhardin laissa le négoce pour la magistrature et acquit une charge de Conseiller du Roy, lieutenant Criminel en la Châtellenie de Moulins.
Comment notre musicien a-t-il pu recevoir sa formation de trompettiste?
Moulins avait connu un âge d’or à la fin du XVᵉ siècle avec la Régence d’Anne de Beaujeu, épouse de Pierre II de Bourbon et soeur de Charles VIII, qui avait fait de Moulins la capitale de la France pendant quatre ans. Encore deux siècles plus tard, Moulins gardait une notoriété certaine, susceptible d’attirer des notables et des artistes. D’autre part la proximité de l’Auvergne laisse supposer que Vilhardin de Belleau ait pris contact avec les familles Rivet ou Rodde, véritable pépinière de trompettistes officiels depuis 1648. C’est d’un Rivet qu’il obtint la succession de la charge.
Les Charges
De 1661 à 1733, le cadre institutionnel de la musique demeure pratiquement intact: un certain nombre de postes de musiciens a été établi par Louis XIV qui peut en créer de nouveaux, dans le cas (assez rare) où il désire offrir un «Office» à un musicien.
Ces charges donnent le titre d’«Officier du Roi». Pour accéder à ces postes, il faut, d’une part: être de famille honorable (souvent, une enquête a lieu), d’autre part: acquérir la charge désirée et indemniser le musicien partant à la retraite; acquitter le tarif légal fixé par Edit royal (et revenant au trésor public), payer les droits d’enregistrement, et organiser la réception traditionnelle pour les collègues.
En 1718, la charge de Trompette à la Chambre ou à la Grande Ecurie se vend 6000 lt (livres tournoi), tandis que celle de violon, hautbois ou tambour vaut 3000 lt, et encore un peu moins pour les «24 violons de la chambre», ce qui nous paraît extraordinaire de nos jours: les violons n’avaient pas encore la considération dont ils jouissent aujourd’hui.
Sacre de Louis XV: «Le Roy allant à l’Eglise» (De Larmessin).
Pour ces charges de trompette, l’officier ne pouvait servir qu’occasionnellement, pour les grandes fêtes de la Cour, et c’est sans doute le cas de Pierre Vilhardin de Belleau.
Muni de ses lettres, l’Officier du Roy reçoit un brevet et enfin, prête serment: il est alors irrévocable et inamovible.
Il reçoit des gages d’environ 600 lt et des avantages en nature (nourriture et vêtements) chiffrés à environ 500 lt par an. Ces avantages étaient distribués le 1ᵉʳ janvier et le 1ᵉʳ mai où chaque musicien recevait 10 pains, 2 setiers¹ de vin de table, 4 gibiers, 16 livres de veau et mouton et 2 livres de lard.
Pour les fêtes religieuses de Pâques, Pentecôte, Toussaint et Noël: 10 pains, 2 setiers de vin de table, 32 livres de veau et 2 livres de lard.
Pour la Saint-Louis et à la Saint-Martin: 4 pains et 29 quartes² de vin de table. Aux pains bénits: 8 pains.
Brass Bulletin 59, III / 1987 pages 70–81
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