Il est compréhensible que nombre de joueurs de tuba soient attirés par l'exécution des concertos pour cor de Mozart et de Strauss. C'est de la bonne musique, et de la musique pour cuivres ; mais cette habitude est discutable, principalement à cause de la transposition d’une octave.
Par contre, ceux qui ont entendu le trompettiste russe Timofei Dokschitzer jouer les œuvres pour violon solo de Fritz Kreisler savent que la transcription peut être merveilleuse. C’est cependant à l'exécutant qu'appartient la prérogative de faire de tels choix ; et, en tant qu'auditeurs, nous devons nous souvenir que les goûts diffèrent.
Faites attention avant de répondre par oui ou par non !
L'un des avantages que possèdent les instruments riches en répertoire du XIXe siècle, c'est le processus du temps, qui a rejeté une grande partie des œuvres mineures, laissant ainsi un déploiement imposant de véritables chefs-d'œuvre.
Malheureusement, le tuba n'a pas encore passé par ce processus de vieillissement ; et il s'écoulera de nombreuses années avant que nous sachions si certaines œuvres de notre répertoire actuel de soliste survivront à cette épreuve du temps.
À première vue, on pourrait bien considérer cette situation comme la triste vérité de l’état du tuba dans la communauté musicale ; mais il existe un avantage. Le tuba est le dernier instrument traditionnel accepté dans l'orchestre symphonique ; et depuis cette époque — au milieu du XIXe siècle — il a méthodiquement trouvé un accueil dans presque tous les genres de musique traditionnelle, et finalement comme instrument soliste.
Cette nouveauté est la chose même qui fait du tuba un moyen d'expression attrayant pour le compositeur contemporain.
La période néo-classique et sérielle des vingt dernières années, qui nous a laissé une telle masse de littérature pour soliste, a servi tant les joueurs de tuba que les compositeurs, d'une façon bénéfique. C'était notre période d'adolescence, une période au cours de laquelle musiciens et compositeurs pouvaient tous deux s'éprouver pour voir ce qui pouvait être fait, pour voir à quelle hauteur, à quelle profondeur, à quelle vitesse, à quelle force et à quelle douceur le musicien pouvait jouer et, pour le compositeur, quels principes de composition et quels arrangements d’instruments plaçaient le tuba sous son meilleur jour.
Évidemment, ce processus de croissance ne s'est pas subitement arrêté — espérons qu'il ne cessera jamais. Souhaitons cependant que la maladresse inhérente à l'adolescence se passe.
Par hasard, cette «arrivée à l'état adulte» se trouve coïncider avec une période de grands changements dans la composition.
Un nombre toujours plus grand de compositeurs, cherchant à étendre leur vocabulaire acoustique, s'écartent des traditions. Par conséquent, on a recours aux joueurs de tuba pour qu'ils s'écartent, eux aussi, de leur périmètre traditionnel.
Si l'on voulait énumérer, dans un article comme celui-ci, certaines techniques non conventionnelles, certaines d'entre elles seraient déjà jugées traditionnelles au moment de sa publication (multiphonie ?). Il y en aurait d'autres, non encore trouvées au moment de la rédaction (tuba avec synthétiseur électronique — tuba joué avec un souffle d'hélium au lieu d’air ?).
Étrange ? Il y a eu une époque, dans l'histoire des instruments de cuivre, où la sourdine et le Flatterzunge étaient considérés comme étranges.
Ce genre de musique offre au joueur de tuba un véritable défi musical en ce que, davantage que la musique traditionnelle, il requiert l'élément de l'imagination créatrice. À un égard, cette musique est assez traditionnelle, et c'est en ce qui concerne l'impact dramatique et émotionnel.
Avec cette idée présente à l'esprit, l'exécutant peut faire «vivre» ces œuvres.
Bien sûr, il y a à la fois de la bonne et de la mauvaise musique de ce genre, et afin de faire la différence entre l'une et l'autre, le soliste doit s'engager, tant par le jeu que par l'écoute, et s’éloigner des confins de la tradition.
Il est inévitable que les compositeurs à tendances expérimentales se tournent toujours davantage vers la musique électronique, et par ordinateur.
Le grand problème qu'ils rencontrent évidemment avec ce genre de musique, c'est de l'humaniser ; d’aller au-delà du simple développement de ces merveilles de son mécaniques, jusqu'au point où le moyen électronique sert simplement le compositeur comme un instrument d'expression pour le vaste spectre de la dynamique, des passions et des émotions humaines.
L'un des moyens dont ils y parviendront sera par l’utilisation d’une source de son traditionnelle, comme la voix ou un instrument qui pourra être traité électroniquement, de toutes les façons imaginées par le compositeur.
Le tuba est peut-être le plus riche de tous les instruments dans l'énergie de son signal acoustique, et c'est pourquoi il pourra être l'un des plus attirants parmi les sources de son d'origine humaine.
La musique continuera à changer et à se développer. Ceux qui décident d'avancer avec ces changements n'ont pas besoin de renoncer à quelque chose du passé, mais simplement de croître avec l'avenir.
Le tuba, relativement jeune dans l'histoire musicale, peut avoir un avenir tout aussi riche que son passé. Nous verrons.