Brass Bulletin 21, I / 1978 (page 33–35) · 5 min. de lecture
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Oui ou non? Attention !

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En résultat de l’«explosion du tuba», nous sommes dotés d'un impressionnant répertoire pour soliste.

Il nous reste cependant un problème : comment mettre sur pied un récital musicalement fort, et soutenant l’intérêt. Le matériel pour soliste tiré de l'époque des fanfares américaines offre quelques morceaux charmants, qui peuvent s’inscrire dans un programme de soliste ; à part cela, nous sommes limités à de la musique écrite au cours des vingt dernières années, et à diverses transcriptions.

Jouer des transcriptions ou non ? Faites attention avant de répondre par oui ou par non ! Il faut faire usage de beaucoup de discrimination quant à toute transcription que nous envisageons de donner en concert.

L'essentiel, évidemment, est de savoir si la transcription sonne bien ou non. Souvent, dans notre quête de littérature, nous sommes séduits par des pièces utilisables mais qui ne produisent rien d’autre que de pâles ombres de l’original.

La musique vocale, par exemple, perd quelque chose sans l’apport du texte ; ou même sans la coloration subtile des voyelles et des consonnes, si l’auditeur ne comprend pas la langue.

La plus grande partie de la musique, qu’elle soit vocale ou instrumentale, ne survit pas à une transposition d'une octave — problème particulier au tuba. Inutile de préciser qu’une transposition de deux octaves est un désastre musical certain.

La transposition d’œuvres à une autre tonalité est une possibilité, mais dans un tel cas, il faut acquérir la sensibilité juste.

Il y a beaucoup de musique baroque qui peut sonner très bien au tuba. Une grande partie de la musique instrumentale de cette période était interchangeable, quant à l’instrument. Les six Sonates de Johann Ernst Gaillard, écrites soit pour violoncelle, soit pour basson, sont l’exemple parfait de ce genre de musique.

Même si le tuba n’existait pas à l’époque où ces Sonates furent écrites, on peut presque jouer ces œuvres sans les considérer comme des transcriptions. Ce faisant, l'exécutant doit absolument connaître les habitudes d'ornementation de cette époque.

Ces œuvres se trouvent dans une tessiture élevée, et doivent être jouées sur un tuba en fa ou en mib pour être exécutées sans encombre. Elles ne survivent pas à une transposition d’une octave.

Il est compréhensible que nombre de joueurs de tuba soient attirés par l'exécution des concertos pour cor de Mozart et de Strauss. C'est de la bonne musique, et de la musique pour cuivres ; mais cette habitude est discutable, principalement à cause de la transposition d’une octave.

Par contre, ceux qui ont entendu le trompettiste russe Timofei Dokschitzer jouer les œuvres pour violon solo de Fritz Kreisler savent que la transcription peut être merveilleuse. C’est cependant à l'exécutant qu'appartient la prérogative de faire de tels choix ; et, en tant qu'auditeurs, nous devons nous souvenir que les goûts diffèrent.

Faites attention avant de répondre par oui ou par non !

L'un des avantages que possèdent les instruments riches en répertoire du XIXe siècle, c'est le processus du temps, qui a rejeté une grande partie des œuvres mineures, laissant ainsi un déploiement imposant de véritables chefs-d'œuvre.

Malheureusement, le tuba n'a pas encore passé par ce processus de vieillissement ; et il s'écoulera de nombreuses années avant que nous sachions si certaines œuvres de notre répertoire actuel de soliste survivront à cette épreuve du temps.

À première vue, on pourrait bien considérer cette situation comme la triste vérité de l’état du tuba dans la communauté musicale ; mais il existe un avantage. Le tuba est le dernier instrument traditionnel accepté dans l'orchestre symphonique ; et depuis cette époque — au milieu du XIXe siècle — il a méthodiquement trouvé un accueil dans presque tous les genres de musique traditionnelle, et finalement comme instrument soliste.

Cette nouveauté est la chose même qui fait du tuba un moyen d'expression attrayant pour le compositeur contemporain.

La période néo-classique et sérielle des vingt dernières années, qui nous a laissé une telle masse de littérature pour soliste, a servi tant les joueurs de tuba que les compositeurs, d'une façon bénéfique. C'était notre période d'adolescence, une période au cours de laquelle musiciens et compositeurs pouvaient tous deux s'éprouver pour voir ce qui pouvait être fait, pour voir à quelle hauteur, à quelle profondeur, à quelle vitesse, à quelle force et à quelle douceur le musicien pouvait jouer et, pour le compositeur, quels principes de composition et quels arrangements d’instruments plaçaient le tuba sous son meilleur jour.

Évidemment, ce processus de croissance ne s'est pas subitement arrêté — espérons qu'il ne cessera jamais. Souhaitons cependant que la maladresse inhérente à l'adolescence se passe.

Par hasard, cette «arrivée à l'état adulte» se trouve coïncider avec une période de grands changements dans la composition.

Un nombre toujours plus grand de compositeurs, cherchant à étendre leur vocabulaire acoustique, s'écartent des traditions. Par conséquent, on a recours aux joueurs de tuba pour qu'ils s'écartent, eux aussi, de leur périmètre traditionnel.

Si l'on voulait énumérer, dans un article comme celui-ci, certaines techniques non conventionnelles, certaines d'entre elles seraient déjà jugées traditionnelles au moment de sa publication (multiphonie ?). Il y en aurait d'autres, non encore trouvées au moment de la rédaction (tuba avec synthétiseur électronique — tuba joué avec un souffle d'hélium au lieu d’air ?).

Étrange ? Il y a eu une époque, dans l'histoire des instruments de cuivre, où la sourdine et le Flatterzunge étaient considérés comme étranges.

Ce genre de musique offre au joueur de tuba un véritable défi musical en ce que, davantage que la musique traditionnelle, il requiert l'élément de l'imagination créatrice. À un égard, cette musique est assez traditionnelle, et c'est en ce qui concerne l'impact dramatique et émotionnel.

Avec cette idée présente à l'esprit, l'exécutant peut faire «vivre» ces œuvres.

Bien sûr, il y a à la fois de la bonne et de la mauvaise musique de ce genre, et afin de faire la différence entre l'une et l'autre, le soliste doit s'engager, tant par le jeu que par l'écoute, et s’éloigner des confins de la tradition.

Il est inévitable que les compositeurs à tendances expérimentales se tournent toujours davantage vers la musique électronique, et par ordinateur.

Le grand problème qu'ils rencontrent évidemment avec ce genre de musique, c'est de l'humaniser ; d’aller au-delà du simple développement de ces merveilles de son mécaniques, jusqu'au point où le moyen électronique sert simplement le compositeur comme un instrument d'expression pour le vaste spectre de la dynamique, des passions et des émotions humaines.

L'un des moyens dont ils y parviendront sera par l’utilisation d’une source de son traditionnelle, comme la voix ou un instrument qui pourra être traité électroniquement, de toutes les façons imaginées par le compositeur.

Le tuba est peut-être le plus riche de tous les instruments dans l'énergie de son signal acoustique, et c'est pourquoi il pourra être l'un des plus attirants parmi les sources de son d'origine humaine.

La musique continuera à changer et à se développer. Ceux qui décident d'avancer avec ces changements n'ont pas besoin de renoncer à quelque chose du passé, mais simplement de croître avec l'avenir.

Le tuba, relativement jeune dans l'histoire musicale, peut avoir un avenir tout aussi riche que son passé. Nous verrons.

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