Emory Brace Remington
Lorsque l'étudiant était plus avancé, la difficulté du matériel croissait à un rythme exigeant, mais non accablant. Le nombre de pages à préparer par l'étudiant n'était pas imposé, et, s'il restait raisonnable, pouvait varier au gré de l'individu.
Le principal système d'enseignement de Remington consistait à chanter virtuellement chaque note de chaque leçon.
Là encore, ses propres termes sont les plus descriptifs: «Si j'ai eu une caractéristique particulière, c'est que j’ai essayé de faire chanter le trombone avec une qualité humaine. Autrefois, personne ne posait de questions fondamentales, comme le placement de la langue, la maîtrise de la respiration, etc. Je jouais simplement comme cela me semblait juste. Il y avait alors très peu de matière traitant de la ligne vocale. On trouvait des marches, boum, boum, dah, dah, beaucoup d'école allemande, très floue sur la coulisse. L'ancienne école voulait qu'on crache ça. J'insistais sur l'articulation, dans la bouche, comme un chanteur. Je ne soufflais pas dans l'instrument, je chantais dedans, avec aussi peu de résistance que possible. J'ai toujours traité l'instrument exactement comme une voix supplémentaire.»
Il possédait une voix de baryton de qualité inégale, mais savait faire passer le phrasé, l'articulation et la qualité du son d'une façon remarquable. Il estimait qu’il chantait de six à sept heures par jour. Si l'étudiant écoutait avec soin, les divers aspects du jeu pouvaient être déduits de cette vocalisation continue.
Le seul moment où il ne chantait pas était lorsqu'il s’agissait de jouer un solo, juste avant l’exécution, ou pour la phrase d'ouverture d'une étude, à l'occasion.
Après quelques mesures, il disait généralement: «Attendez ! Pas comme ça; plutôt comme ça», et il se lançait dans le chant. Alors élève et professeur recommençaient ensemble.
À de rares occasions, lorsque l’élève saisissait la qualité exacte de la première phrase, «le Chef» entrait avec la seconde. C'était la forme de louange la plus élevée, et cela valait davantage que n'importe lequel de ses encouragements parlés.
Les explications techniques étaient complètement absentes. Certains pourront avoir de la peine à le comprendre pleinement, mais telle était l'essence de son style d'enseignement par «osmose».
Chaque élève était libre d’apprendre autant ou aussi peu qu'il le désirait. Il traitait tous ses élèves sur le même pied. Il n'y avait pas de système de vedettes.
Les élèves doués pouvaient développer leurs talents au rythme rapide qui leur convenait. Les musiciens moyens étaient gentiment «poussés» à de plus hauts niveaux d'accomplissement. Les exécutants à problèmes étaient généralement dirigés, sans qu'ils s’en rendent compte, vers des domaines de la profession n'exigeant pas de production en public.
Si la méthode de Remington avait un point faible, et cela est discutable, c'était son hésitation à apporter des suggestions techniques à ses élèves.
Alors même que certains de ses anciens élèves furent aidés par d'autres professeurs plus adeptes des aspects techniques de l'enseignement, cette façon de travailler avec les gens était étrangère à sa nature humaniste.
Il se rendait compte (comme ce devrait être le cas pour les professeurs d'aujourd'hui) que seuls quelques-uns gagneraient leur vie en tant qu'exécutants, et que de faux encouragements et de longues et douloureuses périodes d'adaptation conduiraient généralement à la frustration et aux déceptions.
Comme le disait de façon si éloquente Howard Hanson, ancien directeur de l’École Eastman:
Remington n'enseignait pas le trombone, il enseignait des gens.