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Le jeu du tuba symphonique

Ces dernières années, j’ai été le témoin d’une évolution du son dans le jeu du tuba symphonique, que je trouve tout à fait regrettable. De plus en plus, c’est le son du tuba solo que j’entends, alors que la texture orchestrale me semblerait exiger une approche plus ancienne, et pourtant encore valable, de la façon de jouer. Je crois que ce qui s’est passé, c’est qu’une nouvelle génération de tubistes est apparue, dont la plupart ont certes plusieurs longueurs d’avance sur les générations précédentes en matière de technique et de conception de l’instrument, mais qui ont été formés à l’école des bons solistes de tuba qui font de la scène. Ces solistes, Hanks, Bobo, Phillips, pour n’en citer que quelques-uns, ont développé un style qui convient extrêmement bien pour le jeu soliste. Et c’est ce style — brillant, souple, virtuose et totalement adapté à son but — qu’a repris la nouvelle génération, sans faire attention au fait que, dans le contexte d’un orchestre, ces mêmes musiciens en utilisent un autre, qui, lui, a été développé par la génération d’avant (Bell, Jacobs et d’autres).

Cette conception du son, plus sombre et plus lourd (Prokofieff parlait du tuba comme d’«un gros scarabée que je peux prendre et déplacer d’une note à l’autre»), capable de soutenir un accord d’orchestre complet sans pourtant devenir envahissant, et capable également de se fondre dans une masse sonore composée par les vents et les cordes graves, se révèle bien plus utile au niveau de l’orchestre que la sonorité soliste. Il faut bien se rappeler que la plupart des passages de la littérature d’orchestre (le plus évident étant peut-être celui de l’Ouverture des Maîtres Chanteurs) sont en réalité des tuttis de sons graves avec les vents et les cordes. De tels passages doivent se jouer de façon à ce que cette couleur soit maintenue; et il faut faire très attention à ce qu’ils ne deviennent pas des solos de tuba.

Le même exemple se retrouve un peu partout dans la littérature. Des orchestrateurs aussi qualifiés que Wagner, Strauss, Ravel et Prokofieff auraient certainement laissé de côté les bassons et les contrebasses, s’ils l’avaient voulu. Ils ne l’ont pas fait. Au contraire, ils ont intentionnellement écrit des passages de tuttis graves: c’est donc l’indication claire qu’ils ont voulu un timbre particulier.

Il est temps que musiciens et professeurs réexaminent la littérature symphonique — et spécialement ces passages indiqués peut-être à tort comme étant des solos — ayant à l’esprit cette idée de remettre le tuba à sa juste place dans le cadre de l’orchestre symphonique.

Lewis Waldeck a vécu toute sa vie dans la région de New York et il joue depuis 20 ans avec le New York City Opera Orchestra. Cet article revêt un intérêt particulier du fait que M. Waldeck non seulement joue du tuba depuis longtemps, mais qu’il a pu observer dans le détail les tendances de cet instrument et de sa pratique dans le cadre d’une des institutions musicales les plus actives et les plus passantes de la planète.

Brass Bulletin 23, III / 1978 pages 45–46

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