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20e Concours international de musique, Munich 1971

Commentaire sur le concours de trompette

Après 7 ans d’interruption, les trompettistes du monde entier pouvaient à nouveau se mesurer à Munich. Pour être admis à se présenter, il fallait donner les précisions suivantes : niveau d’étude, nom du ou des professeurs, etc. En outre, les candidats devaient être nés entre 1941 et 1952. Personne ne pouvait ignorer les difficultés du concours. On exige une véritable maîtrise de la scène et les prix ne sont prévus que pour des performances exceptionnelles. Il était donc intéressant de suivre le concours 1971 afin de voir si l’un ou l’autre des concurrents serait à même de réaliser un exploit comparable à celui de Maurice André (1963).

Le jury était composé de 8 membres, parmi lesquels les trompettistes Willi Bauer (Munich), Georgiy Orvid (Moscou) et Maurice André (Paris).

L’échelle d’appréciation officielle permettait d’évaluer : la technique, la musicalité et la personnalité artistique. Il y avait 8 points à obtenir pour chaque sujet. Pour accéder au 2e tour, il fallait au moins 13 points.

Sur 40 inscriptions, 33 candidats se présentèrent aux éliminatoires : 7 Américains, 7 Français, 3 Belges, 3 Bulgares, 2 Russes, 2 Polonais, 2 Allemands de l’Ouest, 1 Roumain, 1 Tchèque, 1 Yougoslave, 1 Hollandais, 1 Danois, 1 Suisse et 1 Luxembourgeois.

Au premier tour, chaque candidat devait présenter le Concerto de Haydn et, au choix, la Sonate de Hindemith, l’Intrada de Honegger, l’Impromptu d’Ibert ou la Sonatine de Martinů. En tout 3–4 mouvements, ou 20 minutes de scène.

Les 3 premiers tours eurent lieu dans le Studio II de la Radio bavaroise. Les candidats étaient accompagnés au piano.

Ces premières joutes furent décevantes. Peu de candidats remplissaient les conditions requises. En plus, la plupart furent nerveux et peu sûrs. L’acoustique très sèche du studio rendait la situation encore plus pénible. Bien des candidats durent se battre contre des difficultés élémentaires. Les verres d’eau mis à disposition ne soulagèrent guère les désespérés qui y cherchèrent le secours…

Les morceaux au choix les plus entendus : la Sonate de Hindemith et l’Intrada d’Arthur Honegger.

Pour le Concerto de Haydn, la plupart jouèrent une trompette en mi bémol, en majorité Selmer. Les représentants des pays de l’Est, qui déçurent énormément, jouèrent sur des trompettes en si bémol (beaucoup de Selmer également).

Malgré les performances médiocres, le jury laissa passer 17 concurrents pour le 2e tour. Moins nerveux, ils réalisèrent de bien meilleurs passages. Toutefois, le jury appliqua un jugement plus sévère et le Concerto de Tomasi (imposé) ne permit l’accès au tour suivant qu’à 6 concurrents.

Morceaux imposés : 1er et 2e mouvements du Concerto de Telemann, plus un concerto au choix du jury. Les 6 candidats utilisèrent tous une Selmer piccolo si bémol à 4 pistons, accordée en la (Telemann). Malgré cela, le premier mouvement fut ardu pour tous. Il apparut également que le retour sur la trompette normale provoqua des difficultés. Deux candidats échouèrent dans ce tour, les 4 autres furent admis au concours avec orchestre, dans le Herkulessaal.

Pour ceux qui avaient suivi les passages de Janis Coffmann, une jolie Texane de 21 ans (élève de Louis Davidson), ce fut un régal de la retrouver dans le Concerto de Haydn qu’elle joua souverainement et avec beaucoup de tempérament. Elle utilisa une trompette Schilke (E.-U.) en mi bémol. La trompettiste, issue d’une famille de musiciens de cuivres, fit preuve de beaucoup de musicalité. Sa sonorité claire est pleine dans les fortissimos comme dans les pianissimos. Presque rien n’a laissé à désirer.

Guy Touvron, 21 ans aussi, succéda à Janis Coffmann. Depuis l’âge de 16 ans, il travaille avec Maurice André. Il est actuellement première trompette à l’Orchestre de l’Opéra de Lyon. Sans avoir l’élégance et la sûreté du style de Maurice André, on sent évidemment l’influence prépondérante du maître dans sa façon de jouer. Il joua fort bien et semble même prendre une option pour un prix.

Les deux autres candidats, Luc Capouillez (Belgique) et James Darling (E.-U.) — ce dernier ayant réalisé une des meilleures interprétations du Concerto de Tomasi — ne réussirent pas à convaincre la majorité lors de ce tour final. Le soir, le jury communiqua son verdict : Guy Touvron et Janis Coffmann reçurent chacun un deuxième prix.

Personnellement, j’estime que Touvron a légèrement été avantagé, car il n’a pas été aussi convaincant que sa rivale américaine lors des tours préliminaires. En plus, son maître Maurice André l’encouragea et le conseilla par gestes, depuis son siège (crescendo, raccourcissement de tenues, entre autres), presque comme un chef d’orchestre !

Lors du concert final, sous la direction de Dean Dixon, les deux lauréats témoignèrent d’un goût musical fort divergent !

Touvron joua le Concerto de Haydn de façon très cultivée, très sensible, avec toutefois une légère réserve dans l’aisance.

Janis Coffmann, après une interprétation pleine de bravoure des 2e et 3e mouvements du Concerto de Hummel, fut applaudie à tout rompre. Pour avoir conquis un domaine réservé aux hommes, elle a conquis la sympathie générale.

En conclusion du concours : beaucoup de talents, toutefois, hélas… pas de nouveau Maurice André !

NdlR. — Les appréciations personnelles de l’auteur de cet article n’engagent que lui-même.

Brass Bulletin 2, I / 1972 pages 10–15

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