Brass Bulletin 34, II / 1981 (page 13–22) · 10 min. de lecture
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La musique dans une communauté frontalière de pionniers américains

Aurora Colony

Partie 1

Par Deborah M. Olsen

Dans une colonie communautaire allemande de l'Oregon pionnier, fanfares, chœurs et compositions originales accompagnaient la vie quotidienne autant que la foi, le travail et l'éducation.
La musique dans une communauté frontalière de pionniers américains

La colonie Aurora, dans l'Oregon, fut une des nombreuses communautés qui apparurent dans le courant du dix-neuvième siècle aux États-Unis. Pendant trois siècles l'Amérique avait été une terre d'asile pour les Européens persécutés pour des motifs politiques ou religieux. Les libertés politiques, la tolérance religieuse et un espace pratiquement illimité engendrèrent des espoirs nouveaux, des idées neuves et toutes sortes d'utopies, sociales, religieuses et économiques.

Les premières communautés américaines s'inspiraient de la Bible: «Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun.» (Actes II: 44-45). Un second grand courant communautaire, désireux d'instaurer l'égalité sociale et économique et de battre en brèche le libéralisme et l'individualisme caractéristiques du dix-neuvième siècle, puisait son inspiration dans les philosophies de Rousseau, Saint-Simon, Fourier, Bentham et Marx.

De ces deux types d'utopies, les premières furent les plus nombreuses et furent aussi, dans l'ensemble, celles qui réussirent le mieux. La colonie Aurora fut une communauté d'inspiration religieuse et, comme tant d'autres, comptait surtout des immigrants allemands de tradition piétiste. La Réforme avait commencé en Allemagne et le sol de ce pays avait été le théâtre de bien des guerres de religion, et il est donc tout naturel qu'une foule d'immigrants allemands aient opté pour l'Amérique dans le désir d'échapper aux édits des princes et à l'intolérance.

Le chef spirituel et temporel d'Aurora, qui s'appelait William Keil, était un Prussien. À peine arrivé aux États-Unis, il renonça à un commerce lucratif pour obéir à sa vocation. Il avait été marchand de modes, puis il devint prédicateur et médecin et fonda en 1844 une communauté à Bethel, dans le Missouri. Cette communauté était composée d'immigrants allemands, dont un certain nombre de personnes ayant fait partie d'une autre communauté, celle d'Economy en Pennsylvanie, et qui en avaient été déçues.

Dr. William Keil, fondateur et dirigeant de la Colonie Aurora

Dr. William Keil, fondateur et dirigeant de la Colonie Aurora

En 1854, elle comptait 775 membres. C'est alors que le Dr Keil, pour ranimer le courage de ses disciples, ressentit le besoin de repartir sur de nouveaux frais. Emmenant de nombreux adeptes, il suivit une troupe de pionniers se rendant dans le Territoire de Washington par le chemin de fer. En 1856, poursuivant ses recherches en vue de trouver un emplacement favorable à l'installation de sa communauté, il arriva à Aurora, dans le Territoire de l'Oregon (qui ne devint un État qu'en 1859), et finalement 550 de ses adeptes s'y établirent.

Keil dirigea la colonie de Bethel, décimée par cet exode, et la colonie d'Aurora jusqu'à la dissolution des deux colonies, survenue après sa mort, en 1877. L'idéal communautaire avait fini par être abandonné, et cela pour deux raisons: d'une part parce que le «communisme» économique était devenu moins nécessaire et moins praticable au fur et à mesure que la communauté prospérait et s'ouvrait au monde extérieur, et d'autre part parce que l'autorité charismatique de Keil ne s'exerçait plus¹.

La musique joua un rôle essentiel tout au long des années de prospérité que connut la colonie et presque tous les historiens ont clamé bien haut leur admiration en abordant ce chapitre. Aurora possédait deux «bands», plusieurs ensembles de musique de chambre et un certain nombre de chorales se produisant à l'occasion de cérémonies de tous genres, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la colonie.

Un historien écrit: «Pour eux, la musique était à la fois une joie et une forme de prière. Il semble qu'à peu d'exceptions près, chacun des membres de la communauté savait jouer d'un instrument. Il est certain qu'ils ont mis sur pied une fanfare et un orchestre qui ont fait l'orgueil des habitants de l'Oregon»².

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