BrassBulletin

Magazine international des cuivres

Brass Bulletin 32, IV / 1980 (page 43–51) · 14 min. de lecture
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Henri Renart (1887-1979)

Entretien

Henri Renart revient sur un remarquable parcours de musicien, des harmonies du Nord aux plus grands orchestres parisiens, au service de chefs prestigieux et témoin de plusieurs décennies d’évolution de la vie musicale, du disque et de l’enseignement.
Henri Renart (1887-1979)

M. Henri Renart et son épouse vivaient depuis 1960 à Cannes, où ils jouissaient d'une retraite paisible, après que M. Renart ait fait une carrière musicale bien remplie. Il est né le 16 août 1887 à Roubaix (nord de la France) et cet entretien retrace toute sa vie, mise au service de la musique.

Malheureusement M. Renart est décédé en décembre 1979, brutalement, et j'avais encore beaucoup de choses à lui demander.

Robert Coutet: Comment avez-vous fait de la musique, M. Renart?

Henri Renart: Le plus simplement du monde, avec une harmonie de Roubaix, car, à l'époque, il y avait beaucoup d'harmonies: rien qu'à Roubaix, il y en avait trois, et chacune d'elles avait un effectif de 80 à 100 musiciens.

Avant 1900 il y avait peu de distraction dans le Nord de la France, où se concentrait une main-d'œuvre importante, à cause des filatures et des exploitations minières. Alors, pour se distraire, on faisait de la musique, et pendant l'été nous nous produisions dans les villes environnantes: pour nous, c'était une excellente façon de passer nos moments de détente.

Je jouais le baryton en si♭ (euphonium) à 3 pistons, alors que j’étais âgé de 10 ans. Mon frère, qui était de 9 ans mon aîné, jouait le saxhorn-basse en si♭ à 5 pistons. Il suivait les cours de l'Académie de musique de Roubaix, où une classe de tuba existait déjà: en 1898, il obtenait un premier prix. Puis ce fut à moi de prendre la relève avec cet instrument qui m’étonnait par son étendue (pratiquement 4 octaves).

Je travaillais avec la méthode Clodomir, et j’ai obtenu un premier prix de saxhorn-basse en 1905: ceci grâce à un professeur extraordinaire qui avait obtenu cette place par concours vers 1900-1901, et nous étions 12 élèves. Le nom de ce professeur, attendez... voilà, ça me revient, Victor Topp, ancien tuba de la Garde Républicaine de Paris.

Pendant la période de 1902 à 1905, je suis allé souvent à Paris, et c'est à ce moment que j'ai décidé de faire de la musique très sérieusement. Mon travail journalier dans une filature me laissait assez de temps pour travailler le petit tuba français, la contrebasse à cordes et le trombone.

J'avais 18 ans lorsqu'on m'a proposé un poste de chef d’une chorale d'amateurs, que j'ai naturellement accepté.

En 1908 je suis affecté dans la musique du 104ᵉ Régiment à Paris, en qualité de basse solo, exactement ce que je désirais. Les libertés de service me permettaient de travailler avec des orchestres champêtres, mais aussi à la Musique Duffayel, la Musique du Bon Marché, la Musique du Petit Parisien, la Musique du Métro.

J'ai pu travailler le tuba avec des professionnels, et surtout les écouter, car les cours au Conservatoire de Paris n'existaient pas encore.

Les concerts que nous donnions étaient très importants, avec des transcriptions d'œuvres symphoniques. J'ai d'ailleurs de nombreux cahiers de traits difficiles.

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