C'est en « transposant » ces voyages de la pensée sur notre sensibilité musicale que celle-ci pourra prendre sa véritable dimension et qu'elle révélera peut-être cette identité profonde que nous cherchons tous. Certains d'entre nous sont mieux armés pour affronter les grandes audiences mais finalement c’est notre cheminement individuel et intime vers un achèvement reconnu par notre conscience qui compte le plus.
Qui n'a pas été un jour ou l'autre fasciné par les gestes précis, rapides et justes des artisans (vanniers, bouchers, tailleurs ou autres) ? Une pratique répétitive quotidienne durant de nombreuses heures a profondément transformé leurs aptitudes physiologiques courantes en une spécialisation virtuose d'où est banni tout mouvement inutile.
Ce qui différencie l'artisan de l'artiste, c'est que ce « palier du geste libéré » n'est que l'antichambre de l'art. Ce que le musicien cherche et doit constamment chercher plus « haut », plus « loin », plus « profond », plus « près », c'est l'expression sans cesse renouvelée de sa vérité vécue. Pour cela il est indispensable d'oser plonger son regard dans l'œil d'un fauve, d'isoler son écoute sur le grignotement d'un ver à bois, de pénétrer le message d'une main tendue. Ces rencontres précieuses nous permettent de nous situer, oh bien timidement et bien faiblement, dans l'immensité vertigineuse de notre milieu vital.
À travers Brass Bulletin je ressens depuis bientôt dix ans* la complicité exaltante d'un nombre sans cesse croissant de musiciens qui, par le fait même de leur fidélité, témoignent d'une démarche déterminée vers un achèvement satisfaisant. Puissions-nous être encore plus nombreux dans les années à venir afin que l'exemple de nos préoccupations musicales serve la Paix dans le monde.
Pour l'An nouveau qui s'annonce, je vous souhaite tout le bonheur musical possible.
* Brass Bulletin en 1981 fêtera le dixième anniversaire de sa création.