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Pourquoi faire comme si l'on était Mozart? Réponse à B. Krol

Pourquoi faire comme si l'on était Mozart? Réponse à B. Krol

Les lignes suivantes, écrites par Peter Damm, constituent une réponse à l’article de Bernhard Krol dans Brass Bulletin 12, 1975: «Why pretend to be Mozart?» (légèrement condensé).

Pour autant que je le sache, aucune cadence classique des premiers concertos pour cor ne nous est parvenue. Mais il en existe une du «Concerto concertant pour deux Cors» de Josef Rejcha (1746—1795) que je citerai ici comme exemple (ex. 1). Cette cadence est plutôt vague et a besoin de quelques corrections, que j’ai indiquées au moyen d'une écriture plus petite.

Les compositeurs de la période classique n’avaient pas à redouter «la défiguration de leurs oeuvres d’art» par les artistes exécutants. Les solistes possédaient une solide connaissance du style et savaient créer une cadence en harmonie.

Quant à la question: la cadence devrait-elle être une copie du style de l’oeuvre, oui ou non? j'aimerais préciser tout d'abord qu’une cadence est soumise à certaines lois et certaines règles qui doivent être respectées dans la mesure du possible. H.-P. Schmitz écrit au sujet de la cadence (dans son livre de 1958 sur les cadences écrites pour flûte au cours de la période baroque): «La cadence est le miroir fidèle de l'attitude de l’instrumentiste de l’époque ...». Qu’elles paraîtraient étranges, les cadences de telles oeuvres, si elles étaient composées dans le style et avec les moyens de l’époque actuelle!

B. Krol donne un exemple de combinaison de styles en architecture. Mais dans ce domaine également, les opinions ont grandement changé: de nos jours, personne ne songerait à placer un toit moderne sur la tour d'une église gothique! Si une oeuvre d’art doit être restaurée, les parties manquantes seront construites, non en style moderne, mais en style original. Evidemment, il est toujours difficile de comparer, mais n’est-il pas vrai qu’une cadence fait tout autant partie d’un concerto que le toit fait partie de la tour?

Le but de la cadence consiste à décorer et à embellir le point d’orgue précédant les mesures finales. Elles ont évidemment toujours été improvisées: «une composition impromptue» comme le disait C. Ph. E. Bach. Daniel G. Türk, qui vécut de 1750 à 1813, et dont la Méthode a été citée par P. Badura-Skoda dans «Mozart-Interpretation» (Edit. Wancura, Vienne 1957), s'élève contre la coutume du 18e siècle consistant à prolonger interminablement les cadences, et à ajouter des ornements déplacés et une extrême virtuosité qui ne sont plus en harmonie avec l'esprit du concerto.

Au sujet de la construction de la cadence, Türk dit (op. cit.) qu'elle doit représenter — sous une forme très condensée — l'idée fondamentale de l’oeuvre. «Par conséquent, elle doit être intimement rattachée à l’oeuvre exécutée, ou, en d’autres termes: elle doit tirer son inspiration principale de l'oeuvre elle-même.»

Peter Damm, corniste, est né à Meiningen, Allemagne fédérale, en 1937. Il a étudié le cor avec Karl Biehlig à Weimar de...
Peter Damm, corniste, est né à Meiningen, Allemagne fédérale, en 1937. Il a étudié le cor avec Karl Biehlig à Weimar de 1951 à 1957, puis pendant deux ans à Gera. Pendant dix ans, il a fait partie de l'Orchestre Gewandhaus de Leipzig, RDA, et, depuis 1969, il est premier cor du Staatskapelle de Dresden, RDA, tout en se produisant comme soliste. Peter Damm: «La musique n’est pas une profession mais un passe-temps favori.»

Les mesures d'introduction de la cadence se sont éteintes — et maintenant? Pour souligner le caractère impromptu de la cadence, il est judicieux de reprendre le dernier motif de l'orchestre, et de s'en servir comme introduction. Ensuite, le thème principal devrait suivre, alors que la partie centrale devra amener le deuxième thème, ou l’un de ses motifs, qui pourra être traité en séquence. Des accords brisés et un trille amèneront la cadence à son terme.

Il serait peut-être bon de se souvenir de temps à autres du schéma harmonique de la cadence. Au sujet des évasions, ou modulations temporaires, Türk écrit (op. cit.): «Il ne faut jamais moduler dans des tonalités que le compositeur lui-même n’a jamais utilisées en tant que telles. Cette règle est basée sur la Loi de l’Unité d’une Oeuvre d’Art.» Dans ces évasions, j’inclus également les modulations dans des tonalités qui étaient presque impossibles à jouer sur les premiers cors, même si elles ne présentent aucune difficulté à l’heure actuelle.

Dans mes essais de cadence — que je suis loin de considérer comme parfaits — j’ai par exemple traité, dans le concerto KV 447, la matière harmonique des mesures 104, 109—111 dans la partie centrale de la cadence (ex. 2). La substance harmonique de la cadence du Rondo KV 371, toutefois, est différente (ex. 3): Mozart lui-même a modulé dans cette oeuvre du mi bémol majeur au do bémol majeur, utilisant ainsi le timbre moelleux provoqué par la technique du bouché-main sur le cor d’invention (mesures 86—98). Je termine ma cadence, après la cadence rompue, par une entrée dans la mesure 201 (ex. 4). Je me référerai ultérieurement à ces entrées.

Une fois de plus, je dois laisser parler Türk (op. cit.), cette fois au sujet de l'extrême virtuosité, particulièrement lorsqu'elle est utilisée dans des cadences de mouvements lents: «La cadence — comme n’importe quel autre ornement — ne doit pas être composée de difficultés extrêmes, mais doit, dans ses thèmes et son caractère, être en harmonie avec l’oeuvre pour laquelle elle a été faite.»

L’exécution technique de la cadence doit elle aussi être en accord avec le style du concerto, même si, sur ce sujet, il faut se préparer à des compromis. Par exemple, on ne trouvera ni ré ni fa dans les concertos de Mozart — et pourtant on aura peine à prévoir une cadence sans ces notes. (Le fa du Rondo, KV 371, mesure 187, pourrait être une erreur — ou un complément — dans l’exemplaire utilisé par Rudorff pour son «Alte Mozart Ausgabe»).

La technique des gammes et des accords est abondante dans les oeuvres classiques. Il est possible de s’en servir librement dans la cadence, tout en restant en accord avec l'esprit du concerto.

Au sujet de l'interprétation de la cadence, Türk déclare (op. cit.): «De plus, chaque cadence — même celle qui est préparée à l'avance — doit être exécutée de telle façon qu’elle donne l'impression d’une Fantaisie inventée sur l’inspiration du moment.»

Finalement, j'aimerais me référer aux entrées mentionnées plus haut. Il ne s’agit pas de cadences, mais de brèves introductions, utilisées particulièrement dans les Rondos, par exemple comme passage de transition jusqu’à la Reprise. Une autre différence est que les entrées ne changent pas de tonalité, mais se jouent dans la dominante du ton suivant. Leur mission est de rattacher deux «parties radicalement séparées d’un mouvement par un bref solo» (Türk, op. cit.). Les entrées n'ont généralement pas de relation avec le matériel thématique, mais se composent d’accords brisés et de gammes. Elles ont un caractère transitoire.

Les entrées de certains concertos classiques ont été écrites récemment par les éditeurs, alors que nombre des concertos post-classiques les comprennent entièrement composées. Comme exemple, j'aimerais mentionner le Rondo du second concerto pour cor de Strauss. Nous y trouvons des entrées après la fig. 39 (mesures 6–8½) et 8 mesures avant, jusqu’à 2 mesures après la fig. 47 (cette dernière conduisant du cor à l'orchestre).

Je viens d'évoquer en grand détail la cadence classique et — alors que je ne suis pas le moins du monde opposé au style nouveau et contemporain — je me suis fait l'avocat de la cadence dans le style de l’oeuvre, citant également des «témoins à charge». Pourtant, loin de moi l’idée de «prétendre être Mozart». Pour trouver la bonne solution d’une cadence, il faut beaucoup d’intuition et de sensibilité, aussi bien qu’une connaissance des bons exemples (également de pianistes, de violonistes, etc.).

L’expression d'idées personnelles sur le papier «c'est sans doute s'exposer à la critique de plusieurs personnes dont l’opinion diffère sur la manière de le jouer [le cor] ...» comme l’écrivait Duvernoy dans la préface de sa «Méthode pour cor». Je pense que les mêmes termes pourraient s’appliquer dans le cas de «Exercice de copie ou chance réelle?»

Exemples 1-3
Exemples 1-3
Exemples 4-5
Exemples 4-5

B. Krol à P. Damm, 17 janvier 1976:

Cher Peter, merci de m’avoir envoyé ta réponse critique à mon article sur la cadence (BB 12/75). Je dois dire que je suis plein d'admiration pour ton travail approfondi. — La seule chose que j'aimerais ajouter est celle-ci: ton témoin à charge, Türk, ne connaissait sûrement pas mon témoin à charge, c’est-à-dire la cadence de Beethoven pour le concerto pour piano en ré mineur de Mozart (KV 466) lorsqu’il écrivit ses règles pour la cadence. Tu la connais certainement, et devras admettre qu'elle n'a rien à voir avec le style de Mozart. La cadence est écrite dans le style très personnel de Beethoven, style puissant et délibéré ... Beethoven ne prétendait certes pas être Mozart.

Brass Bulletin 14, II / 1976 pages 13–15

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