Ronald Bishop jouant du tuba à l’âge de 8 ans
Ronald Bishop avec un sousaphone (11 ans)
Cela m’enthousiasmait de jouer avec la section de trombones. Cela permit à Szell de se rendre compte si je parvenais à m’intégrer d’une manière satisfaisante : mes attaques et mes terminaisons sonnaient-elles comme celles des autres ? Mon intonation était-elle correcte et, lorsqu'un problème se présentait, étais-je capable de m’adapter rapidement ? Possédais-je une bonne dynamique ?
Accompagné par le trombone basse, je jouai des extraits du Roméo et Juliette de Prokofiev, la cinquième symphonie du même compositeur et la Promenade en si bémol majeur tirée des Tableaux d’une exposition de Moussorgsky. Ed Anderson, qui avait organisé cette audition, avait été tromboniste basse à l'Orchestre philharmonique de Buffalo que dirigeait Josef Krips et où j'avais joué moi-même pendant trois saisons avant de rejoindre l'orchestre de San Francisco. C’était un véritable privilège que de jouer des octaves avec lui sur cette scène sonore.
Une nouvelle fois, je me retrouvai seul sur la scène pour jouer les extraits suivants : Métamorphoses symphoniques, deuxième mouvement, Hindemith • Pétrouchka, Le Paysan avec l'ours, Stravinsky • Don Juan, Strauss • Till Eulenspiegel, Strauss • Une Vie de héros, Strauss • Symphonie en ré mineur, Franck • Symphonies 7, 8, Bruckner • Un Américain à Paris, Gershwin • Résonances, Chavez • Ouverture de Benvenuto Cellini, Berlioz.
Je me rappelle que je jouai également un passage de la Neuvième de Bruckner ; quelques années plus tard je devais enregistrer la Huitième avec Szell et l'orchestre de Cleveland.
Louis Lane, l'assistant de Szell à l'époque, me demanda de jouer le solo d’Un Américain à Paris car il était responsable, entre autres, des concerts pop.
Ronald Bishop interprétant le Concerto pour tuba de Vaughan Williams avec le San Francisco Symphony, sous la direction de Josef Krips (1965)
Mr. Lane dirigea également pour moi les Résonances de Chavez et Szell, qui écoutait dans la salle à une certaine distance, me pria de rejouer la section plus fort. Le passage était un motif en triolets de blanches et en rondes, fortissimo et dans un tempo extrêmement lent. La seconde fois je le jouai plus fort et je trouvai que c’était joliment fort dans cette salle résonnante. De nouveau il me demanda de jouer encore plus fort !
J'en fus un peu surpris, étant donné que Szell maintenait toujours les cuivres dans une nuance raisonnable, ce qui, bien entendu, était un bon départ pour obtenir l'équilibre incroyable qui était son image de marque.
J'allais être obligé de devoir « arracher » pour être en mesure de jouer plus fort et je lui expliquai que je devrais interrompre ma phrase et peut-être même respirer au beau milieu d'une ronde à cause de la dynamique et du tempo. Il me répondit qu'il le comprenait fort bien et que j'aurais raison de le faire.
Jamais plus il ne me demanda de jouer si fort. Deux ans environ après mon audition, il déclara un jour que le volume sonore que j'étais capable de produire était étourdissant ! (Bien qu'il ne l'ait jamais utilisé, je suppose qu'il voulait simplement s'assurer que je serais en mesure de le fournir en cas de besoin.)
Ronald Bishop (1979)
Le morceau suivant était Tannhäuser, et comme je venais de participer à un certain nombre de représentations de cet opéra au sein de l'orchestre de l'Opéra de San Francisco, je ne craignais aucune surprise.
J'ignorais à l'époque qu’il existe deux versions de cet ouvrage : celle de Dresde et celle de Paris, et le fa dièse au-dessus de la portée dans la musique du Venusberg me prit un peu au dépourvu.
J'avais l'impression d'avoir réussi cette audition, mais Szell voulut que je joue l’Ouverture de Benvenuto Cellini : c’était la dernière œuvre qui figurait au programme.
Soudain je fis une fausse note. Szell me demanda quelle était la clef de mon tuba. Je lui répondis que c'était la clef d'ut. Puis il me dit que la note que j'avais jouée faux aurait dû être doigtée avec le premier piston — et il avait parfaitement raison !
En retournant à son studio, il me dit que j'avais très bien joué et qu'il se proposait de m'offrir un contrat.
Je lui demandai la permission de téléphoner à ma femme en Californie pour discuter de la chose avec elle et il me donna vingt minutes pour le faire, ajoutant que si je renonçais à ce poste, il y avait un autre candidat sérieux.
Bien entendu, j’acceptai le poste !