Brass Bulletin 21, I / 1978 (page 53–57) · 7 min. de lecture
Tout le contenu est protégé par le droit d’auteur © Brass Bulletin 1978–2026

Une expérience de la chirurgie sur les lèvres

Un musicien prend tous les risques : Jean Douay raconte le cas d’un tromboniste ayant subi une chirurgie des lèvres pour changer son jeu — un débat troublant.

Jusqu'à présent, les exemples d'interventions chirurgicales étaient consécutifs à des accidents. La remise en place des chairs tuméfiées — à la suite de chocs en voiture, de morsures de chien ou de tout autre incident — était confiée au chirurgien et, après de longs mois de patience, il n'était pas certain que le musicien retrouve la plénitude de ses moyens.

Il est rarissime qu’un instrumentiste ait volontairement recours à une opération pour améliorer sa façon de jouer. Pourtant un tromboniste l'a fait. André Féraud est actuellement premier trombone dans l'orchestre d'Aimé Barelli, qui anime les soirées du Sporting de Monte-Carlo. Il est âgé de 48 ans, passionné de jazz et remplit à merveille sa fonction. J'ai beaucoup apprécié ses improvisations.

Sa technique est très personnelle, car il a pratiquement appris le trombone seul; les grands trombonistes de jazz américains sont ses seuls guides. Il a commencé sa carrière à Paris comme trompettiste; c'est un très bon musicien de variétés. Je lui ai demandé de raconter son expérience aux lecteurs de BRASS BULLETIN. Vous pourrez constater que son explication est très complète et son propos, quant à la technique instrumentale, assez étonnant. Son cas m’a passionné et je ne doute pas que nos lecteurs ne réagiront comme moi.

Écoutons André Féraud :

Voyant l'intérêt que vous me portez, je vais essayer de vous expliquer, aussi fidèlement que possible, les raisons qui m'ont poussé, contre l'avis de tous, à modifier ma lèvre au moyen de trois interventions chirurgicales: la première le 20 janvier 1965, la deuxième le 1er octobre 1974 et la troisième le 12 octobre 1976.

La mauvaise position que j'avais à la trompette était due à la forme de ma mâchoire et de ma lèvre supérieure. En effet, j'ai la mâchoire inférieure légèrement en retrait et la lèvre supérieure était très épaisse au milieu (dotée, de plus, d'une excroissance vers le bas) et fine de chaque côté. Il y avait un déséquilibre évident (Fig. 1).

J'avais remarqué que les instrumentistes ayant le menton en retrait devaient, pour rétablir l'équilibre et obtenir le maximum d'efficacité, remonter l'embouchure vers le haut de la lèvre supérieure, en fonction de l'importance de ce retrait (Fig. 2). Ceux qui ont un menton proéminent baissent généralement l'embouchure sur la lèvre inférieure (Fig. 3).

Dans mon cas, l'épaisseur importante de ma lèvre supérieure m'interdisait une telle rectification de position. J'ai donc été forcé de prendre appui sur la muqueuse de la lèvre supérieure (Fig. 4). Au bout de 15 ans, il se produisit une induration occasionnée par la forte pression de la lèvre sur la partie coupante des incisives, ainsi qu'un renflement de la partie inférieure de cette lèvre (Fig. 5).

Lire la suite

Accédez à l’intégralité des archives numérisées de Brass Bulletin • CHF 5.– / mois · sans engagement

Partager cet article

Facebook LinkedIn
Loading…