Brass Bulletin 9, III / 1974 (page 19–32) · 2 min. de lecture
Tout le contenu est protégé par le droit d’auteur © Brass Bulletin 1974–2026

Les drôleries dans la représentation médiévale de sujets musicaux

Recherche dans cet article

Les textes et les images de cet article sont extraits d’une publication du Prof. Dr Franzgeorg von Glasenapp, éditée par la Joachim-Jungius-Gesellschaft der Wissenschaften de Hambourg: Varia / Rara / Curiosa (Éditions Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 1971). Cette publication est elle-même une partie d’un ouvrage à paraître plus tard.

La période gothique fut la grande époque des « drôleries ». Les peintures et les sculptures médiévales, c’est-à-dire du XIIe au XVe siècles, étaient truffées de sous-entendus caustiques et railleurs. Dans le temps, on les appelait des « caricatures » ou des « satires », mais de nos jours, on emploie le terme de « drôleries », afin de mieux dégager l’aspect plaisantin et enjoué. L’artiste travaille avec de joyeuses pensées et trouve les motifs d'inspiration de ses drôleries dans toutes sortes de sujets: la vie et les objets quotidiens sont mêlés avec humour à des créations fantaisistes et imaginaires. Les drôleries exprimèrent aussi les croyances et les superstitions, ou servirent à critiquer des contemporains, le clergé et, bien entendu, les « joueurs » (ménestrels) et les jongleurs.

Les joueurs, de par leur adresse et la diversité de leurs connaissances, étaient pratiquement en mesure d’influencer chaque domaine de la vie, qu'il soit culturel, scientifique, politique ou social. Ces musiciens sont les « polyvalents » du Moyen Âge, personnages indispensables à la société. Ils sont les véritables précurseurs des insaisissables et habiles Figaros. L'Église se montra longtemps méfiante à l’égard des ménestrels. Elle les considérait comme des suppôts de Satan, ou même comme l'incarnation du diable en personne. Pourtant, peu à peu, les artistes s’acquirent les faveurs du clergé, du moins ceux qui observaient les règles de moralité et qui mettaient leur art au service des hauts dignitaires et de l’Église.

Il est intéressant de relever que bien des ménestrels et des jongleurs figurent sur les décorations des églises gothiques, mais il est difficile d’en connaître la raison véritable.

Il est possible que le « joueur », symbole de la vanité frivole, servit de mise en garde, ou encore, à l’inverse, peut-on supposer qu’ils étaient ainsi admis dans la Maison de Dieu comme partie intégrante du cosmos? En tout cas, l'esprit de la drôlerie se manifestait également dans l’illustration des « joueurs » (ill. 2).

Les illustrations des ménestrels transmettent un message relativement clair dans ses grandes lignes. Plus on analyse les images du Moyen Age, plus se renforce la conviction que les artistes de cette époque connaissaient très bien les détails des instruments et les reproduisaient avec notre conception de l’exactitude (lorsque telle était leur intention!). On rencontre malgré tout assez souvent des instruments stylisés (ill. 3). Il est possible que ces instruments aient été saisis comme attributs des musiciens (par exemple, les anges du Jugement Dernier) ou alors, il s’agit de drôleries (ill. 7–10).

Les instruments de cuivre sont généralement faciles à reconnaître sur les peintures et sur les sculptures du Moyen Age (à l'encontre des instruments à vent en matière différente), même lorsqu'il s'agit de « curiosités ». En contemplant les illustrations, il faut tenir compte de la règle suivante: un instrument de petite perce et cylindrique (sur environ 2/3 de la longueur totale) appartient à la famille des trompettes, alors que les formes coniques rejoignent la famille des cors.

Un corniste, église Saint-Pierre à Aulnay (Charente marit.), XIIe siècle.
Un corniste, église Saint-Pierre à Aulnay (Charente marit.), XIIe siècle.
2. Ménestrel avec deux acrobates. L’instrument à vent, au centre de l'image, est détruit, excepté l'embouchure. Les deux...
2. Ménestrel avec deux acrobates. L’instrument à vent, au centre de l'image, est détruit, excepté l'embouchure. Les deux acrobates se plient en arrière: celui de droite est vu de l’arrière, l’autre de côté. Première moitié du XIIe siècle. Foussais (Vendée), église extérieure, façade ouest, portail. Première moitié du XIIe siècle.
3. Dressage d'animaux. Les lèvres du musicien sont visibles sur l’embouchure de l’instrument. La fonction des mains est...
3. Dressage d'animaux. Les lèvres du musicien sont visibles sur l’embouchure de l’instrument. La fonction des mains est indéfinie. XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. lat. 8846, fol. 50, psautier (manuscrit).
4. Personnage fabuleux à casque ailé, jouant d’un instrument à vent et d’une percussion. Environ 1280. Rouen (Seine-Mari...
4. Personnage fabuleux à casque ailé, jouant d’un instrument à vent et d’une percussion. Environ 1280. Rouen (Seine-Maritime), cathédrale, portail des Libraires. Drôlerie.
5. Centaure jouant d'une trompette droite. Environ 1470. Darmstadt, LB, Hs. 1968; livre d'heures, Bruges, fol. 13, bordu...
5. Centaure jouant d'une trompette droite. Environ 1470. Darmstadt, LB, Hs. 1968; livre d'heures, Bruges, fol. 13, bordure.
6. Deux diables avec une trompette droite et de petites timbales, battues avec de petites massues. — Extrait du « Jugeme...
6. Deux diables avec une trompette droite et de petites timbales, battues avec de petites massues. — Extrait du « Jugement du Monde » de Stefan Lochner (1410–1451). Cologne, Musée Wallraf-Richartz.
7. Un bouffon avec une trompette droite, montant un éléphant. Fin du XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. fr. 95, antho...
7. Un bouffon avec une trompette droite, montant un éléphant. Fin du XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. fr. 95, anthologie ms. de romans français. Fin du XIIIe siècle.
8. Dessin d'un monstre humain à deux profils, jouant de deux trompettes à la fois. À gauche, un petit personnage fabuleu...
8. Dessin d'un monstre humain à deux profils, jouant de deux trompettes à la fois. À gauche, un petit personnage fabuleux. Fin du XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. fr. 95, anthologie ms. de romans français, fol. 261r.
9. Deux créatures de fable se faisant face; ils sont d'apparence humaine, à l’exception des pieds. Tous deux tiennent un...
9. Deux créatures de fable se faisant face; ils sont d'apparence humaine, à l’exception des pieds. Tous deux tiennent une trompette droite et une cloche. Le pavillon de la trompette et le bord de la cloche sont malicieusement (?) déformés. Fin du XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. fr. 95, fol. 52v.
10. Petit personnage (singe?) à lunettes tenant une trompette avec deux anneaux contre son oreille, comme s’il s’agissai...
10. Petit personnage (singe?) à lunettes tenant une trompette avec deux anneaux contre son oreille, comme s’il s’agissait d’un cornet acoustique. Moitié ou fin du XIIIe siècle. Paris, Bibl. nat., Cod. lat. 10435. Psautier de la Picardie, fol. 137.

Partager cet article

Facebook LinkedIn
Loading…