Brass Bulletin 26, II / 1979 (page 83–88) · 6 min. de lecture
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Musique de cuivre hongroise contemporaine

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Musique de cuivre hongroise contemporaine

Frigyes Varasdy (*1930) a fait ses études avec Imre Lubik à la «Ferenc Liszt Musikhochschule» de Budapest où il obtint son diplôme de trompettiste et d’enseignant. Il est actuellement professeur dans cette même institution, membre de l’orchestre de l’Opéra hongrois et l’un des fondateurs du Quatuor de cuivres hongrois.

Les instruments de cuivre jouissent en Hongrie d’une tradition vieille de deux mille ans. Les écrits et les œuvres d’art en donnent la preuve. Les trompettistes royaux et les sonneurs des villes étaient réputés dans toute l’Europe. Dès le XVIe siècle, l’histoire tumultueuse de la Hongrie n’a pourtant pas apporté grand-chose au développement de la culture musicale.

L’apparition des cuivres chromatiques au début du siècle dernier provoqua un regain de faveur considérable pour cette famille d’instruments. Les cuivres hongrois ne suivirent pas cette évolution et leur art en subit peu à peu les conséquences. Cet état de choses se prolongea même jusqu’au début de notre siècle, tandis que de nombreux cornettistes virtuoses atteignaient la célébrité dans d’autres pays. Les professeurs de cuivres hongrois passèrent à côté de cette évolution sans la voir, prenant ainsi un retard d’environ 50 ans sur l’état des choses que l’on pouvait observer dans les autres pays.

Durant ces dernières 20 années, on a heureusement pu observer d’appréciables progrès dans ce secteur. L’introduction de méthodes modernes et les découvertes résultant des recherches scientifiques sont également effectives chez nous depuis une vingtaine d’années. Ceci a été le fait de trois professeurs de l’Académie de musique de Budapest (Dr. László Ujfalusi, trombone; Zoltán Lubik, cor; et l’auteur de cet article, trompette) qui ont adapté les choses à la situation hongroise.

Illustration 1

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Le talent des musiciens fut confirmé par le fait que des résultats probants furent enregistrés en très peu de temps. Ainsi György Zilcz présenta et enregistra le Concerto pour trombone d’Albrechtsberger sur disque. Ferenc Tarjáni, artiste corniste, récolta de grands succès en Europe et aux États-Unis ces dernières années. Imre Magyari, corniste de 22 ans, s’octroya les premiers prix aux concours internationaux de Pabjanica (Pologne) et Markneukirchen (DDR). Les trompettistes István Palotai (22 ans) et Pál Petz (25 ans) obtinrent le premier prix aux concours internationaux de Vercelli (Italie — 1977). La saison dernière, Pál Petz interpréta avec beaucoup de succès le Concerto de J. Haydn et le 2e Concerto brandebourgeois de J. S. Bach.

La maison d’édition Musica de Budapest participa activement au développement de la culture musicale des cuivres en Hongrie en commanditant, puis en publiant des méthodes instrumentales pour cuivres débutants. Le développement des facultés musicales des élèves est stimulé par de nombreux recueils, par exemple celui intitulé «Musiques de trompette pour débutants» (Illustration 1), qui offrent chacun un large aperçu de chaque époque de l’histoire de la musique, de la Renaissance à nos jours.

Les duos publiés par cette maison pour cor, trompette et trombone présentent ce même éventail historique, stimulent la pratique du jeu d’ensemble et en favorisent l’épanouissement. La pratique de la musique de chambre est obligatoire à tous les niveaux de l’étude dans toutes les écoles de musique. L’enseignement dans ce domaine peut également avoir recours à des publications appropriées, par exemple l’«Introduction à la pratique du jeu d’ensemble», un assemblage réalisé collectivement par les auteurs Máriássy-Varasdy-Zilcz, ou les madrigaux et danses pré-classiques édités par Imre Lubik ou encore les danses de la Renaissance de Gervaise réalisées par Frigyes Varasdy.

Les compositeurs hongrois contemporains ont composé environ 40 œuvres de musique de chambre pour cuivres. Dans ce qui suit, je voudrais simplement présenter quelques-unes de ces œuvres sans vouloir en faire un classement.

István Láng
La «Cassazione» d’István Láng a été composée en 1971 pour trois trompettes, deux trombones et tuba. La forme de cette pièce en cinq mouvements est différente de ce qui se fait d’habitude: les deux premiers mouvements sont rapides, le second plus vif même que le premier, les troisième et quatrième lents et le cinquième à nouveau vif. Le premier mouvement est une version moderne de l’intrada classique. Au début du 2e mouvement, on trouvera un canon à l’intérieur d’une composition libre (Illustration 2).

La couleur sonore des deux mouvements lents est fondamentalement différenciée: le 3e est un air dans lequel la mélodie jouée par le tuba est soutenue «frullato» par les trompettes et les trombones bouchés; le 4e est moins mélodique. Il s’agit plutôt d’une fresque sonore formée d’effets juxtaposés. Les glissandi en souplesse sur les partiels que jouent ensemble les trompettes et les trombones créent un effet de virtuosité très intéressant (Illustration 3). Dans cette œuvre, le compositeur a utilisé de nombreuses techniques de composition instrumentales modernes en exploitant au maximum les ressources spécifiques des instruments.

Illustration 2, 3
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István Bogár
C’est en 1972 qu’István Bogár a composé ses «Trois mouvements pour quatuor de cuivres» (2 trompettes, trombone et tuba). Sa façon d’écrire est plus traditionnelle que celle de Láng. J’aimerais ici attirer l’attention sur le 2e mouvement, constitué par un thème et neuf variations de caractère. Plusieurs de ces variations ne sont guère caractéristiques pour des instruments de cuivre, mais leur élaboration et leur perfectionnement contribuent au développement des ensembles de cuivres. Ainsi par exemple la 8e variation dans laquelle les deux trompettes, bouchées, accompagnent à la manière d’une harpe la mélodie jouée par le trombone (Illustration 4).

Dans la 3e variation, il est indispensable de porter l’attention sur le relais délicat des différentes voix. Certaines variations s’inspirent du pouvoir caricatural des instruments, par exemple la 4e variation, qui recrée l’atmosphère d’un ensemble de cuivre populaire.

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Miklós Kocsár
Le «Trio pour cuivres» (deux trompettes et trombone) a été composé alors que Miklós Kocsár était encore à l’Académie. L’œuvre suit le principe formel classique: le premier mouvement est une sonate, le second une forme tripartite et le troisième un rondo. La substance musicale est polyphonique et destinée à des musiciens rompus à la musique de chambre.

Les trois instruments ont une partie d’un niveau technique et musical égal. Le compositeur est parfaitement maître des ressources de chaque instrument, ayant lui-même étudié le trombone de nombreuses années durant. Cela se remarque tout particulièrement dans le premier mouvement où le thème principal, composé de sonneries fanfaresques, se réfère directement aux particularités de l’instrument, alors que le doux thème secondaire qui suit s’inspire très bien du caractère du trombone. À la reprise, la mélodie du trombone est imitée par la trompette. Cet effet relève particulièrement la fin de ce mouvement.

Le second mouvement est de caractère lyrique, une sorte de cantilène formée d’éléments mélodiques brisés avec des harmonies nouvelles et particulières. Le dernier mouvement est un morceau de bravoure. Ce trio est une des œuvres les plus jouées en musique de chambre pour cuivres, très certainement parce que les particularités des instruments sont prises en compte et que la partie de trompette n’est pas trop aiguë, permettant ainsi aux élèves de le jouer aussi. De plus, la qualité musicale de ce trio et la virtuosité des premier et dernier mouvements en font une œuvre de concert jouable sur n’importe quelle scène.

András Szőllősy
András Szőllősy a composé sa «Musiche per Ottoni» pour trois trompettes, deux trombones et tuba en 1975. Il s’agit de vingt séquences plus ou moins longues, dans des formations variant du duo au sextuor. L’auteur a surtout pensé à en faire des «Études de musique de chambre», mais l’œuvre est parfaitement présentable avec succès en concert, sous forme de suite librement constituée.

Les mouvements sont en partie traditionnels (par exemple, choral, canon, organum), en partie d’un caractère plus déroutant (vibrato, operetta, glissando). Le tout est toutefois réalisé avec des moyens d’expression musicale très modernes. On pourrait penser par exemple que le premier mouvement est archaïque (intrada), mais en réalité la complexité rythmique et le monde harmonique qu’il porte en lui créent plutôt un genre de pointillisme.

Le mouvement «Riflesso» emploie la rétroversion des techniques dodécaphoniques. Dans d’autres mouvements, on trouve des références à la musique aléatoire ou des effets spéciaux (diverses sourdines, glissandi, trilles, répétitions particulières, etc.). Ce cycle pourrait servir de pont dans l’enseignement supérieur entre les techniques de jeu traditionnelles et celles de l’avant-garde (Exemple musical 5).

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Les cuivres hongrois ont — en plus des œuvres citées — bien d’autres œuvres de valeur à leur disposition. Il faut dire encore que les compositeurs aiment à créer de nouvelles œuvres pour les artistes qui s’illustrent aujourd’hui chez nous. Par l’intermédiaire de solistes étrangers, certaines de ces œuvres trouvent une diffusion mondiale.

Nous avons l’espoir que ces lignes éveilleront l’intérêt des musiciens de cuivres dans d’autres pays et qu’ils trouveront aussi du plaisir à jouer ces œuvres contemporaines.

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